Friday, March 6, 2009

Harvey Milk, de Gus Van Sant

Harvey Milk vit à New York, bosse à Wall Street, aura quarante ans dans quelques heures, et n'a jamais rien réalisé d'extraordinaire dans sa vie; il drague Scott dans le métro, et l'emmène chez lui... Avec son nouvel amant, il part s'installer à San Francisco, dans le petit quartier de Scorso, où ils ouvrent une boutique pour amateurs de photographie. Vivant leur amour au grand jour, ils se sentent menacés par le voisinage commercial hostile; c'est de là que démarre l'investissement de Harvey pour faire accepter les gays dans la société. Commençant à moindre échelle, dans sa rue, dans son quartier, puis dans toute la ville, il réunit autour de lui les laissés-pour-compte, les minorités noires, âgées, chinoises, etc etc, pour les faire intégrer. Harvey Milk déplace les foules, mais ne réussit pas tout de suite son pari de se faire élire superviseur. Alors, Scott, amoureux mais las, le quitte. Harvey Milk n'a pas d'autre choix que de continuer, car, à présent, des milliers de gens comptent sur lui. Il sera assassiné par un ex-collègue, Dan White, qui élimine auparavant le maire Georges Moscone, en 1978, après 11 mois de carrière.


Gus Van Sant signe un film très classique dans sa forme. On aurait pu s'attendre à un peu plus d'extravagance de sa part; mais sa retenue n'en est que plus élégante. Il a souhaité réaliser son film dans la lignée des biopics sur les héros américains; Harvey Milk est donc un héros ordinaire, un homme des plus banals; sa différence sexuelle cependant est notoire. De même, la mise en scène de Gus Van Sant est simple, efficace: Harvey Milk, conscient du risque qu'il prenait d'être assassiné, enregistre son dernier discours sur un petit magnétophone. Le film bascule entre voix off, images du personnage en train de s'enregistrer, sobrement, narration chronologique tout en flash-back (puisque le présent se situe au temps de l'enregistrement), et images d'archives. La grandeur du film est elle aussi détectable, dans la subtilité que possède le réalisateur de mêler ces images sans que notre oeil en soit choqué (Gus Van Sant déclarait même avoir voulu tourner en 16mm, pour éviter le décalage entre du 35mm habituel et les images d'archives) et dans sa construction parfaite. Evidemment, le film repose également sur une performance d'acteurs.

Sean Penn évidemment, méritant son Oscar du meilleur acteur, est frappant de ressemblance, physique et dans sa gestuelle. Harvey Milk est ouvertement gay; Sean Penn réussit à l'interpréter de manière plausible et néanmoins explicite, au quotidien et sur la scène politique, dans les scènes d'amour (élégantes et prudes) et dans les grand discours. La galerie de personnages qui l'entoure est également parfaite; le casting ressemble aux personnages d'époque, et leur engagement vis-à-vis de leur mentor donne à ce dernier la vérité nécessaire à son rôle. Dan White, futur assassin, est surprenant; il finira par accomplir un acte bien plus répréhensible que la peine qu'il a reçu (huit années de prison) mais son personnage reste touchant, sans doute influencé par des personnes extérieures qui le manipulent. Tenté de rejoindre la cause d'Harvey Milk, attiré par lui et par ses idées, il se renfermera néanmoins de plus en plus jusqu'à devenir extrêmement conservatiste. Scott également, par son ascendance sur Harvey Milk, possède un rôle très fort.

Décrivant le milieu politicien et ses petites magouilles (soutiens moi sur ce vote, et je te rendrais la monnaie de ta pièce), le film ne sombre pas dans la caricature politisée. Certes, le message de paix et et de respect de l'autre est présent; mais ce discours est en priorité celui d'Harvey Milk durant sa carrière. Sean Penn est aussi convaincant que l'homme a pu l'être à l'époque, et Gus Van Sant n'en a pas besoin de plus pour nous faire pencher de son côté de la balance. Intelligent et intéressant, Harvey Milk n'a peut-être rien d'un très grand film, mais le très grand homme qu'il décrit vaut la peine d'être connu.


Harvey Milk
de Gus Van Sant
avec Sean Penn, Josh Brolin, Emile Hirsch
sortie française: 04 mars 2009

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