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Tuesday, September 29, 2009

Le dernier pour la route, de Philippe Godeau

Hervé, patron d'une agence de presse, s'habille sans bruit, regarde sa femme, qui fait semblant de dormir, prend son sac et va au bistro. Un premier verre, puis un deuxième, avalés d'un trait. A la gare, il patiente devant un nouveau verre de vin, et passe le voyage dans le wagon-bar... Alcoolique, il a décidé de suivre une cure, et se retrouve isolé du monde, dans une clinique au milieu de la campagne, à devoir se coltiner un groupe d'autres alcooliques 24h/24 et leur parler. Son histoire est celle d'une rédemption, entrecoupée de flash-backs qui exposent l'enfer qu'il fuit.



Le scénario est tiré du livre autobiographique d'Hervé Chabanel, directeur de l'agence Capa et ancien journaliste grand reporter du Nouvel Observateur. Venant d'une histoire vraie, le film ne tombe jamais (trop) dans le pathos, ne ressemble jamais non plus à un sermon. On n'oublie pas non plus de se moquer légèrement des thérapies - Hervé dit se trouver dans une secte -, de l'ambiance de colonie de vacances dans laquelle ces grands adultes dépendants se retrouvent. François Cluzet interprète à merveille ce père de famille qui n'a plus le contrôle de sa vie, dont le départ fait du bien à sa femme, et dont le fils s'éloigne au fur et à mesure qu'il boit. L'acteur a parfois cet étrange débit de paroles, un peu haché, sans sentiment; il voit sa vie de l'extérieur, s'observe sans oser y prendre part, de peur, peut-être, d'en perdre à nouveau le contrôle.


Mélanie Thierry a également un rôle d'importance, celui d'une toute jeune fille qui fout sa vie en l'air, qui est attirée par la force un peu distante d'Hervé. Mais leur relation gardera une certaine pudeur, ne succombe jamais à la facilité d'un amour naissant, et reste dans une vérité à laquelle on peut croire, sans fantaisie et sans exagération. L'image, comme le scénario, est légèrement sur le fil, proche d'une ambiance de télévision, tout en restant du côté cinématographique. L'environnement campagnard, l'atmosphère de colonie de vacances pourraient faire pencher du mauvais côté de la balance. Mais la caméra n'est jamais lourdaude, le rythme reste le bon.


On pourrait faire un reportage du thème et de son scénario; mais Le dernier pour la route est réellement un vrai film de cinéma, qui enchante et transporte, et fait partager des sentiments.



Le dernier pour la route
de Philippe Godeau
avec Philippe Cluzet, Mélanie Thierry, Michel Vuillermoz,...
sortie française: 23 septembre 2009

Monday, September 28, 2009

La rentrée des séries #3

Pour cette fournée, deux nouvelles séries, et une deuxième saison. Malheureusement dans cette sélection pas grand chose à retenir, et une grosse déception; mais le début prometteur d'une série que les célèbres SCUDS ont évoqué dans l'une de leurs émissions rattrape tout le reste.




On commence avec Dollhouse, dont la première saison, redoutablement efficace, se finissait en beauté sur un épitaphe prometteur, déçoit avec le début de la deuxième saison. Dollhouse est le nom d'une organisation secrète qui permet à ceux qui peuvent en payer le prix de leur fournir un rendez-vous idéal, avec un être dont la personnalité a été fabriquée de toutes pièces et qui croit dur comme fer à son scénario. L'épisode 13, non diffusé, lançait l'idée d'une deuxième saison orientée vers la science-fiction, et dans un futur proche où l'ordre du monde aurait été radicalement bousculé par cette nouvelle technologie mise au point par Dollhouse. La deuxième saison semble revenir en arrière par rapport à cette excellente ouverture, et toute tentative de science-fiction anéantie. On retrouve notre principale "doll" reprenant son rôle et répondant à un rendez-vous commandé par un riche trafiquant d'armes. La seule variante par rapport à la première saison réside en des éléments mineurs déjà mis en place auparavant: Echo n'est pas systèmatiquement "remise à zéro" entre deux rendez-vous et souhaite retrouver sa réelle personnalité. Il est regrettable que la série abandonne l'idée d'un saut dans le futur, varie aussi peu dans sa deuxième saison, et se base sur un scénario qui peut paraître banal par rapport à l'épitaphe.


La suite avec Cougar Town, qui marque le retour sur les écrans de Courteney Cox. Elle y interprète une femme encore jeune, divorcée, qui vit avec son jeune fils de dix-sept ans. Elle désespère de voir les hommes de son âge se taper des jeunettes (notamment son voisin sexy, qu'elle finira probablement par se taper) et tente néanmoins de les imiter, aidée en cela par ses copines. Ces dernières sont comme elles des clichés bien cadrés, de la jeune femme sympathique mais célibataire à la quadragénaire coincée avec son mari bouseux à la maison. Courteney Cox est désastreuse à conserver ses mimiques de jeune pucelle, et n'est aidée en rien par les dialogues sans humour qui se veulent toucher juste sans y parvenir, ni par le montage "dynamique" qui transforme les trente minutes de l'épisode en longue bande-annonce.


La bonne nouvelle vient de Flash forward, qui plaira aux geeks scudeurs sans nul doute. La série se base sur l'idée suivante: fin 2009, un blackout de deux minutes et dix-sept secondes touche tous les habitants du monde. A la même seconde, la planète s'écroule, et voit pendant ce court coma son futur six mois plus tard. Un agent du F.B.I. se découvre en train de travailler, voire peut-être de résoudre ce mystère; sa femme se voit le tromper; son collègue ne voit rien, et projette sa mort dans moins de six mois. Un jeune homme, sur le point de se suicider lorsque le blackout survient, apprend que la vie est plus forte; un alcoolique repentant doute de sa capacité à résister à sa dépendance; un autre doute de la véritable mort de sa fille en Afghanistan. Tous ces gens ont leurs visions ou leurs vies liées. Une immense enquête, menée parle F.B.I. se met en place, recoupant tous les témoignages. Avec en plus le questionnement "voit-on le futur pour avoir une chance de le changer, ou est-il immuable?", l'aspect psychologique s'ajoute au mystère, et voici une excellente série, au rythme impeccable, qui débute.


Il y a encore quelques pépites, ou pas, qu'il me tarde de découvrir ces prochains jours, en attendant on peut ajouter aux séries déjà en cours, ou découvertes en ce début d'automne, la prometteuse Flash forward.




Dollhouse
avec Eliza Dushku, Harry J. Lennix, Fran Kranz,...
2ème saison depuis le 25 septembre 2009 sur FOX

Cougar Town
avec Courteney Cox, Christa Miller Lawrence, Brian Van Holt,...
1ère saison depuis le 23 septembre 2009 sur ABC

Flash forward
avec Joseph Fiennes, John Cho, Sonya Walger,...
1ère saison depuis le 24 septembre sur ABC

Sunday, September 27, 2009

The september issue, de R.J. Cutler

Le sujet peut paraître futile, mais un documentaire sur la rédaction d'un numéro du magazine Vogue montre la puissance d'une seule personne sur le monde financièrement démesuré de la haute couture. R.J. Cutler s'immisce dans les coulisses de la création d'un numéro plein d'enjeux de Vogue, et aussi et surtout, suit les pas d'Anna Wintour et tente de capter quelques confidences d'une femme qui apparaît froide et dure.



Sur une rédaction et sur le journalisme, il faut avouer qu'on n'apprend pas grand chose. Personne ne sortira enrichi d'un nouveau savoir sur le fonctionnement réel d'un magazine de mode de la séance. La plupart des réunions de toute l'équipe sont oubliées, et le réalisateur se penche plutôt sur les séquences qui montrent Anna Wintour traiter individuellement ses collaborateurs. L'accent est alors mis sur ses décisions, tranchées, radicales, et son manque total d'explications. Elle désigne sèchement une silhouette, qui est alors évincée, elle coupe d'un mot les propositions qu'on lui fait. Les séances d'interview qui ponctuent parfois le film la montrent toute autre, souriante et un peu déçue par le manque de reconnaissance de sa famille, et on voit se dessiner une enfance qui a marquée la femme qu'elle est devenue.


Anna Wintour reste un mystère, comme son magazine. Un mystère que le réalisateur enrobe dans un déluge fascinant de créations magnifiques, de séances photos au coût exorbitant, de défilés éblouissants, d'une présence et d'une demande angoissée de couturiers qui se plient aux remarques acérées d'une icône, d'une reine. Le film se penche en particulier sur les derniers jours avant le bouclage du magazine, où une série mode mettant en scène Sienna Miller s'avère décevante et bouscule alors tout l'équilibre du numéro de septembre. On insiste également sur la taille du magazine, qui finit par ressembler à un bottin téléphonique par son épaisseur, et quelques mots sont lâchés sur les sommes que Vogue brasse.


La véritable héroïne du film est Grace Coddington, creative director du magazine. Véritable artiste, pas uniquement amoureuse de mode, mais aussi d'images, de couleurs, de lumières et de lieux, elle s'enthousiasme pour une série de photos, souffre amèrement de les voir écartées de la publication, regrette qu'il soit nécessaire de mettre en avant des célébrités. Tour à tour pleine de chaleur et de joie en prévision d'une nouvelle séance photo, d'un voyage, puis aigre et déçue, seule dans son bureau, à cause d'une décision qui ne va pas en sa faveur, elle ressemble à un vieil oiseau qui volette d'une fleur éclose à une fleur fanée, sans se soucier de la vente du magazine.


Malgré les clichés véhiculés, le film plaira forcément aux fans de mode, quitte à déplaire aux passionnés de journalisme.





The september issue
de R.J. Cutler

avec Anna Wintour, Grace Coddington, Jean-Paul Gaultier,...

sortie française: 16 septembre 2009

Saturday, September 26, 2009

Fish Tank, d'Andrea Arnold

Dans sa banlieue, Mia, quatorze ans, respire mal. Ses amies la laissent tomber, sa mère ne sait s'occuper que d'elle-même, et Mia n'a aucune perspective d'avenir. Elle se retrouve peut-être un peu dans ce vieux cheval attaché à une corde, gardé par trois frères un peu gitans, qu'elle tente de délivrer vainement, au risque de se faire bousculer violemment par les garçons. Quand Connor, le nouveau petit ami de sa mère s'installe chez elles, elle voit en lui un bonheur fragile, qui ré-équilibre sa famille. Mais c'est sans compter pour son attirance pour lui, ni sur sa véritable vie à lui, dont il dissimule tout à sa famille de passage.



Mia danse, quelques pas de hip-hop maladroits mais plein de passion, dans un appartement délaissé en haut d'une tour de son quartier. C'est son défouloir, et sa seule réelle ambition. Par ces mouvements désordonnés passe toute sa fragilité, difficilement visible sous ses grands mots vulgaires quand elle répond à sa mère, sous son maquillage un peu lourd qui la vieillit, ses joggings amples qui cachent sa féminité, et sous sa brusquerie qui est la réponse à toute tentative d'approche. Par ce personnage sensible, la tradition d'un cinéma social anglais tombe à nouveau juste. Mia véhicule tous les malaises d'une adolescente typique, un peu paumée sans être extrême, fâchée mais pas totalement dépourvue d'espoir. L'entourent ses amies, fillettes dénudées qui jouent aux femmes fatales, sa mère, jeune femme qui refuse d'admettre ses responsabilités, son copain gitan, sans le sou mais pris d'une réelle affection pour elle; tous ces personnages secondaires forment le monde au sein duquel Mia se sent enfermée, dans lequel elle se voit s'enliser.


Et Connor, beau parti, amant efficace, simulacre de père qui pourrait sembler idéal, bouscule quelques données infimes dans cet univers. Le semblant de famille qui s'organise autour de lui durant un peu de temps a des airs de perfection, avec une mère plus heureuse et plus douce, une petite sœur toujours exubérante mais soumise à une domination masculine qui lui manquait. Quant à Mia, elle est irrésistiblement attirée par ce qu'il représente de l'homme idéal. Fatalement, elle revient à la réalité, au mensonge dans lequel elle grandit depuis toujours. Cependant, même si Connor détruit lui-même l'image de perfection qu'il a créé, il a aussi donné à Mia la force de s'échapper.


Fish Tank possède comme son personnage principal la fragilité d'un film ancré dans la culture d'un cinéma social à l'anglaise; mais sa construction impeccable et la justesse de ses interprètes font qu'il ne sombre jamais vers la caricature et Andrea Arnold s'en sort haut la main.





Fish tank
d'Andrea Arnold
avec Katie Jarvis, Kierston Wareing, Michael Fassbender,...
sortie française: 16 septembre 2009