Saturday, January 21, 2012

Trust, de David Schwimmer

Annie, 14 ans, et choyée par sa famille unie, tchatte sur internet avec Charlie. Il a les mêmes passions qu'elle, le volley-ball notamment, et elle sent qu'elle peut tout lui raconter, ses problèmes au collège avec les filles les plus cool, le départ de son frère pour la fac, les pitreries de sa petite sœur, et aussi ses premiers soutien-gorges. Lorsque ses parents partent juste une journée pour accompagner leur fils aîné à la fac, loin du cocon familial, Charlie propose à Annie de la rencontrer. Il s'avère que Charlie n'a pas 16, mais 35 ans au bas mot. Il charme Annie, la complimente, et, sa confiance regagnée, l'amène dans une chambre d'hôtel où il la viole. Annie se renferme et devient désagréable; son comportement inquiète sa meilleure amie qui prévient le collège. Et le secret d'Annie se révèle. Le FBI prend l'affaire en main; Annie protège Charlie; et le père d'Annie, Will, prend la responsabilité du viol de sa fille et développe une obsession pour les délinquants sexuels.


Première grosse surprise au générique, c'est David Schwimmer qui réalise! Oui, Ross, le type un peu débile de Friends, trop gentil, trop bon, trop con... David Schwimmer réussit sa reconversion, après avoir réalisé des épisodes de la série qui l'a rendu célèbre, quelques autres épisodes de séries, et deux longs-métrages passés inaperçus. Récompensé à Deauville en 2011, Trust fait oublier son personnage de Friends et révèle David Schwimmer. Sa réalisation est somme toute très basique, sans grande originalité mais avec beaucoup d'intensité dans ses choix. J'aurais pu m'attendre, si j'avais su le nom du réalisateur avant d'aller voir le film, à un sur-découpage, à un rythme plus soutenu. En télévision, on reste effectivement moins longtemps sur les plans, et on préfère enchaîner les raccords plutôt que de laisser jouer les acteurs devant la caméra. David Schwimmer a parfaitement compris que son sujet avait besoin d'attention, et il laisse patiemment se développer son intrigue.


Engagé depuis des années auprès Rape Foundation, une association qui vient en aide aux victimes de viol, le réalisateur réussit formidablement à parler de son thème sans non plus verser ni dans la larme facile, ni dans le glauque de la chair brisée; mais on ne passe pas à côté pour autant. Intelligemment écrit, le scénario contourne délicatement la scène de viol et le sujet, trop frontal, du corps meurtri et de la sexualité perverse, en abordant une relation père/fille qui se dégrade. La jeune Annie reporte sa colère sur son père, protégeant le violeur et se cachant à elle-même sa douleur. Will, le père d'Annie, se rend coupable de tout, justifiant par là les reproches de sa fille. Il en oublie de s'exprimer et d'entendre les mots d'Annie, et se jette à corps perdu dans la traque de délinquants sexuels, peu importe qu'ils soient ou non Charlie.


Cette délicatesse du scénario fait encore mieux passer la violence du pédophile et la destruction de la vie d'une famille. Trust introduit en plus de cela des personnages secondaires - la psychologue, la mère, le fils aîné, et même la petite sœur d'Annie - qui interviennent pile au bon moment, sans que la ligne directrice du film ne s'écarte de son but. Quant à Clive Owen et à Liane Liberato, dans les rôles principaux, ils soutiennent ce double jeu à merveille, entre non-dits et douleur toute rentrée, sans être dramatiques.


Ce couple exceptionnel sublime le long-métrage de David Schwimmer, grande révélation en tant que réalisateur pour moi.


Trust
de David Schwimmer
avec: Clive Owen, Liane Liberato, Catherine Keener,...
sortie française: 18 janvier 2012

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