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Friday, August 19, 2016

The strangers, de Na Hong-jin

Dans un petit village de Corée, le meurtre d'une famille marque le début d'une période sanguinolente. Jong-gu, un policier maladroit, réunit sans le vouloir des coïncidences qui l'impliquent de plus en plus, sur le chemin du coupable, mais aussi en compromettant sa famille.


Lorsqu'au début du film, Jong-gu se fait tirer du sommeil par un coup de fil alarmant, requérant sa présence sur le lieu d'un premier meurtre, sous une pluie battante, et alors qu'il est retardé par sa famille, et un indispensable petit-déjeuner, sont déjà établies les règles : cette pluie brusque et orageuse baignera à chaque fois l'étrangeté des évènements. Toute l'eau du ciel, incongrue, irréaliste par son volume, ne peut pas, pour de vrai, tomber systématiquement sur Jong-gu. De même, la violence déferlante ne peut pas être naturelle.

Le film est un mélange habile de grand guignol et de sang, la première qualification permettant à la seconde de s'exprimer pleinement. Le policier, peu impliqué dans l'affaire plus qu'avec un simple intérêt de curieux, se retrouve au cœur même de l'action, sans l'avoir vraiment décidé. Il n'est pas chargé de l'enquête ; il n'est pas particulièrement soucieux de son rôle. Il est finalement un personnage lambda, comme chacun, il parle, il imagine, il se laisse influencer par les rumeurs. Et ces dernières prennent des proportions gigantesques.

Les ragots influençant la réalité, Jong-gu finit par tomber sur une piste ; ou croit-il en tenir une. La vérité dépendra en fait de ce qu'il croira, de qui il croira : un ami toujours enchanté d'avoir une audience ; un chaman ; un diacre catholique ? L'ami croit à ses fantaisies, le chaman aux fantômes et aux esprits, le diacre au Diable. Jong-gu saute de réponse en réponse, change de direction mais toujours s'enfonce plus dans ses propres croyances.

Les contes et les cauchemars de chacun s'ajoutent les uns aux autres et justifient du coup pleinement l'atrocité des meurtres, ainsi que la noirceur des assassins potentiels. Il faut avoir cependant l'estomac sacrément accroché, pour vivre pendant 2h30 les délires de plus en plus sombres de Jong-gu.

Il n'y aura pas de vraie réponse aux meurtres, les pistes demeureront toutes ouvertes. Au tour du spectateur de choisir, de croire ou pas à un psychopathe, un fantôme ou au Diable.


The strangers
 de Na Hong-jin
avec : Kwak Do-Won, Hwang Jeong-min, Chun Woo-hee,...
sortie le : 6 juillets 2016

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