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Thursday, November 26, 2009

Rapt, de Lucas Belvaux

Rapt s'inspire de l'enlèvement du Baron Empain, patron belge, en 1978, en transposant néanmoins l'affaire aujourd'hui, et à Paris. De toute manière, un kidnapping d'un homme d'affaire pourrait ressembler à une autre. Stanislas Graff est violemment sorti de sa voiture et emmené par un groupe d'hommes cagoulés dans une cave d'où il ne sortira que pour être enfermé ailleurs, sans jamais voir la lumière du jour. Il attend, tandis qu'à l'air libre, sa femme, ses filles, voient s'étaler sa vie cachée dans les journaux, ses maîtresses, ses pertes au poker. Payer, faire intervenir la police, la femme de Stanislas Graff est pressée d'agir.


Stanislas Graff accepte tout, se soumet et laisse sa dignité de côté, dans les sous-sols où on le jette, où on l'enchaîne. Cet homme arrogant, habitué au pouvoir et à l'argent, connaît une déchéance physique et morale, subit les cris et les insultes, supporte de porter quasiment en permanence un masque sur ses yeux, pour ne jamais risquer de distinguer les traits de ses bourreaux. Il sortira finalement de sa captivité, et reprend rapidement ses grands airs. Mais sa vie n'est plus la même, car tout son entourage a découvert, probablement exagéré de mille fois, ses excès et sa suffisance.


Cette partie du film, du retour à la vie "normale", mise en avant dans les nombreux résumés et les critiques de Rapt, n'est pas l'essentielle. Le film semble osciller entre les deux idées, celle d'une captivité impitoyable, et celle d'une réappropriation de son entourage social, familial, et géographique, sans jamais réussir à décrire l'une d'entre elles avec assez de force. Yvan Attal sauve le film par une performance d'acteur subtile, réussissant l'exploit de montrer en peu de plans ce qu'il se passe à l'intérieur même du cerveau de son personnage. Après son retour, c'est un homme qui reprend rapidement ses forces que voient d'un œil suspicieux les autres. C'est un homme seul, brisé, se dissimulant derrières des apparences, qu'Yvan Attal interprète.


Le reste des personnages, comme des acteurs, n'arrive pas à sa cheville. La volonté du réalisateur sans doute, de ne pas faire dans la surenchère, de larmes et de souffrance, enlève toute chaleur à sa mise en scène et à sa direction d'acteurs. Les phrases sont débitées froidement, les cadres sont formels, et la gué-guerre qui oppose les forces de la police à l'avocat de la famille, les premiers voulant intervenir, le second répondre au souhait de la famille de payer sans discuter, n'a pas la force qu'il faudrait. Tout ce qui éloigne le spectateur du milieu de l'incarcération de Stanislas Graff semble superflu et fade.


Yvan Attal est bluffant dans ce film, qui n'a néanmoins d'autre intérêt que son acteur principal.


Rapt
de Lucas Belvaux
avec: Yvan Attal, Anne Consigny, André Marcon,...
sortie française: 18 novembre 2009

Wednesday, November 25, 2009

In the loop, d'Armando Iannucci

L'invasion de l'Irak, la coalition anglo-américaine dans ce conflit? Tout serait parti d'une interview de Simon Foster, Secrétaire d'Etat britannique au développement international, au cours de laquelle l'emploi malheureux du terme "imprévisible" aurait provoqué la panique en Angleterre et aux Etats-Unis, avant un vote décisif de l'ONU. C'est le jour suivant cette interviw que Toby débarque dans les bureaux de Simon Foster, pour être son nouveau conseiller en communication. Il est directement confronté à Peter Capaldi, Directeur de la communication et de la stratégie.


Deux camps s'empoignent, pacifistes et pro-guerres, dans cette comédie anglaise adaptée d'une série de la BBC - The thick of it - pour le grand écran. L'humour réside dans les quiproquos, les maladresses et l'ambition affichée de chacun, marchant sur les plates-bandes de son voisin pour se faire bien voir ou pour être dans les réunions d'importance. Effarant et cruel jeu des politiques, devinant, fouinant, créant des alliances pour les défaire ensuite, par lâcheté ou par ambition. Le plus absurde est sans doute l'emballement des médias et des acteurs importants de la vie politique à un niveau mondial à partir d'une erreur, d'une bévue commise par un homme qui n'a pas le courage de revenir sur ses propos. Sans cesse, ces gaffes annoncent un peu plus une véritable guerre, à laquelle ceux qui la provoquent n'auront pas à participer.


Si l'histoire est romancée, notamment alors que l'on suit le jeune Toby, novice débarquant directement dans une crise intense, et tentant de s'en sortir en faisant plus d'erreurs encore, la base est bien réelle. Le réalisateur sait où il pose sa caméra, et l'image instable ressemble plus à un documentaire qu'à une fiction. La mise en scène est dynamique, le rythme soutenu et bavard, et les dialogues aiguisés, regorgeant d'insultes bien senties.


Parfaitement grinçant, informé, In the loop montre un échantillon de la politique dans un humour féroce.


In the loop
d'Armando Iannucci
avec James Gandolfini, Peter Capaldi, Steve Coogan,...
sortie française: 18 novembre 2009

Monday, November 23, 2009

Away we go, de Sam Mendès

Away we go débute d'une manière original, et qui montre en une seule et première scène l'amour et la complicité qui unissent Burt et Verona. Verona est enceinte et la présence des parents de Burt, qui habitent tout près, rassure le couple. Mais, au dîner qui devait célébrer cette belle nouvelle, une autre annonce inattendue tombe: les parents de Burt déménagent pour s'installer en Belgique, à quelques 5000 kilomètres de là. Plus rien ne les retenant dans leur petite province, Burt et Verona partent rendre visite à leurs amis et aux autres membres de leur famille, pour chercher l'endroit idéal où élever leurs enfants. Le road-trip qui démarre les emmènera aux Etats-Unis et au Canada, et leurs étapes sont autant d'anecdotes dans lesquelles des personnages détonants les entraînent.

 
Le film se présente sous la forme de scènettes; dans chacune d'entre elle, c'est un nouveau couple que découvrent Burt et Verona. Pleins d'optimisme, ils espèrent systématiquement avoir le coup de cœur pour les gens qu'ils apprennent à connaître, estimant que l'environnement futur de leur bébé dépend des gens qui le peuplent. Sam Mendès, le réalisateur, en profite pour dresser un portrait hilarant des différentes réactions du couple à la venue d'un enfant dans leur quotidien. Il y a les clichés faciles qui prêtent à rire, comme ce couple qui vit sans amour l'un pour l'autre ni pour leurs deux enfants, ou celui qui en montrent trop, comme ces illuminés qui prônent le contact physique permanent et bannissent la poussette comme un objet du diable... Il y a ceux, plus classiques, entourés d'enfants adoptés, un idéal affiché mais qui dissimule une blessure; ceux, séparés, qui voient s'effondrer leur famille.


Des rires et des thèmes plus sérieux s'intercalent, ponctués des réflexions de Verona et de Burt, qui se demandent bien à qui ils voudraient ressembler. Le ton est toujours léger même quand il est grave, et Sam Mendès a l'art de parler avec délicatesse des propres conflits familiaux de ses héros, de leur passé douloureux. Ses personnages principaux, malgré leur décalage total d'avec la société qui les entourent, leurs maladresses, leur côté adulescents qui apprennent à grandir, sont justes et pertinents; Burt notamment, malgré son air aérien et ses balourdises, réussit la performance de rester attachant et non lourdaud; Vera quant à elle, est l'équilibre entre la femme-enfant et l'adulte qui prend ses responsabilités.


Away we go est un de ces films impossible à qualifier d'un mot, un de ceux que je rangerais près de Eternal sunshine of the spotless mind, de Michel Gondry ou de  Garden State, de Zach Braff. Peuplés de personnages qui possèdent un brin de folie, une douce amertume compose la toile de fond, et un optimisme léger vient souffler sa bonne humeur derrière une musique joliment rock'n'roll indépendant.


Away we go
de Sam Mendès
avec John Krasinski, Maya Rudolph, Maggue Gyllenhaal,...
sortie française: 04 novembre 2009

Wednesday, November 18, 2009

Fellini, la grande parade

Une exposition au Jeu de Paume: Fellini, la grande parade, regorge d'images qui ont inspiré le réalisateur. En parallèle, évidemment, l'œuvre de Frederico Fellini répond à ces images, par des photos de tournage, des extraits de ses films, des interviews,... L'exposition s'organise sur deux étages, et on a besoin de deux grandes heures pour la parcourir en entier, s'arrêter devant chaque chose. Des projections viennent compléter cette galerie, ponctuant la lente progression du visiteur des éclats de rire d'Anita Ekberg.



Cette image est extraite du Livre des rêves tenu par Fellini. Il y notait, consciencieusement, les pensées étranges qui surgissaient de son sommeil, et les illustrait. On y retrouve beaucoup de femmes au seins proéminents, de couleurs primaires, et lui, de dos, le plus souvent, qui se dessinait comme s'il avait perpétuellement vingt ans.


Fellini, la grande parade
jusqu'au 17 janvier 2010

Sunday, November 15, 2009

Le ruban blanc, de Michael Haneke

Le Ruban blanc est à la fois un signe de pénitence et de pureté; deux enfants le portent, noué autour du bras ou dans les cheveux, punition imposée par leur père et qu'il garderont une bonne partie du film. Durant une année, le quotidien d'un village du nord de l'Allemagne est ponctué d'étranges phénomènes, une chute, qui aurait pu être mortelle, du médecin, la mort accidentelle d'une femme au travail, le fils arriéré de l'assistante du médecin battu, tout comme le petit garçon de la famille bourgeoise du patelin... Dans ce climat étrange, sans coupable, l'instituteur observe les évènements, ainsi que les enfants qui l'entourent chaque jour, et qui, malgré leur innocence apparente, sont toujours au plus près des drames.


Palme d'or au Festival de Cannes 2009, Le Ruban blanc vit sa récompense un peu controversé. Les choix extrêmes du réalisateur ne sont pas étrangers à la polémique. Il a tourné en noir et blanc cette histoire qui se déroule juste avant la Première Guerre Mondiale. L'austérité du sujet, de son cadre campagnard, est compensée par une caméra mobile et cependant discrète, effacée derrière ses personnages. La voix off du narrateur, qui est l'instituteur du village, participe à une narration chronologique et elliptique des évènements, liant deux drames entre eux tandis que le scénario efface les semaines de calme. Le film peut ainsi paraître difficile d'accès; il n'en est rien, car les personnages réussissent à toucher les spectateurs.


Il y a les enfants, évidemment, au visage pur et doux, à l'innocence renforcée par des costumes sages, des nœuds dans les cheveux, des taches de rousseurs et des oreilles décollées. Le malaise qu'ils font naître ne grandit que plus vite. Fonctionnant en groupe, emmenés par un leader, ils font régner leur justice en étant convaincus de leur bon droit. Leur cruauté ne serait rien sans les adultes, dont l'éducation rigoureuse les élèvent vers la barbarie. Les histoires intimes de ces grandes personnes, qui prêchent la vertu tout en trompant leurs femmes, et en battant ou humiliant leurs enfants pour les aider à grandir dans la droiture, sont également ironiquement contradictoires.


A la fois sobre et simple dans sa mise en scène, Le Ruban blanc expose avec maîtrise la lente dérive vers un absolutisme né de la répression.


Le Ruban blanc
de Michael Haneke
avec Christian Friedel, Ernst Jacobi, Leonie Benesch,...
sortie française: 21 octobre 2009

Tuesday, November 10, 2009

Les herbes folles, d'Alain Resnais

Un portefeuille trouvé par terre, et voilà Georges qui s'imagine la vie et le caractère d'une inconnue. Hanté par elle, sans la connaître, il tente de l'appeler et finit, paranoïaque, par déposer l'objet au poste de police. Marguerite, bien évidemment, appellera la bonne âme qui lui a permis de retrouver tous ses papiers. Et c'est le début d'un chassé-croisé incessant; lui désire la rencontrer, elle n'en voit pas l'intérêt; il s'obstine, elle s'en veut de ne pas lui répondre, mais a tout de même peur de ce harcèlement. Ils finissent par se voir, et c'est elle qui vient vers lui alors, qui tient à le découvrir vraiment. Une histoire d'amour, ou d'attirance un peu tordue, jamais réciproque au même moment, les lie.


Le scénario est tiré d'un livre de Christian Gailly, et Edouard Baer tient le rôle du narrateur, suivant l'histoire d'un oeil omniprésent; mais ses interventions, brillament interprétées, ne sont jamais pesantes, et sa voix off est un perpétuel délice. La voix off est par ailleurs utlisée tout au long du film, par les personnages eux-mêmes. Rares sont les fois où on les voit en direct se répondre l'un à l'autre. Leurs pensées sont exprimées, apparaissant par un procédé désuet dans une bulle à côté d'eux, et expliquées à voix haute, comme s'ils réfléchissaient tout haut. Le téléphone, premier moyen de contact entre nos deux héros, offre aussi la possibilité d'entendre une voix sans que l'on expose celui qui s'exprime, en mettant l'accent sur le destinataire des paroles et ses réactions. Dans une scène réunissant la famille de Georges, ce procédé est également utilisé; la caméra balaye la table, et le temps qui s'écoule est ponctué de phrases banales, offrant un panorama significatif des liens qui unissent les personnages.


Le couple maintes fois porté à l'écran par Alain Resnais montre ainsi son étrangeté. Chacun des personnages possède cette vie, simple, bien rangée, pleine d'habitudes, qu'un évènement banal, mais inattendu, vient bouleverser dans des proportions surdimensionnées. Apparaissent alors leurs failles, immenses, cachées auparavant derrière une apparence bien sage. Qu'est-ce qui hante ainsi l'esprit de Georges, pour qu'il se change d'un bon père de famille en un psychopathe extravagant? Que peut imaginer Marguerite pour répondre aux appels de cet homme qui lui fait peur, et la fascine également?


La galerie de personnages qui les entoure possède comme eux ce mélange d'ordinaire et de douce folie. Les dialogues se répondent sans s'entendre, s'enchaînent et sont entrecoupés de silences, dans lesquels les regards remplacent les mots. Le titre original du livre, L'incident, ne plaisait pas à Alain Resnais. Il décide de faire de chaque personnalité une herbe folle, comme celles qui interviennent par moment en gros plan dans le film, ces plantes innocentes et qui pourtant, s'obstinent à sortir du bitume et à grandir où elle ne sont pourtant pas autorisées à pousser.



C'est un carcan dont se dégagent les personnages, tout en poésie, que montre Alain Resnais, une graine de folie à laquelle il donne la permission de s'épanouir.


Les herbes folles
d'Alain Resnais
avec Sabine Azéma, André Dussolier, Emmanuelle Devos,...
sortie française: 04 novembre 2009


ps: et l'affiche du film, n'est-elle pas juste merveilleuse?

Sunday, November 8, 2009

Carnet de voyage - Mali

En octobre 2009, j'ai passé dix jours au Mali, profitant d'avoir un point d'attache à Bamako, où un ami travaille. J'ai bourlingué pendant une bonne semaine, avant de passer du temps dans la capitale, et de voir un peu plus Nicolas! Les premières vacances de ma vie de grande; depuis que je travaille, je n'ai pas réellement pris plus que quelques jours pour partir en escapade, en France et dans des lieux déjà connus. Auparavant, les voyages à l'étranger, c'était avec les parents, dans des hôtels plutôt sympa. Autant dire que deux toutes petites semaines, seule ou presque, avec un sac à dos et deux t-shirts dedans, dans un univers qui diffère en tout de ma vie parisienne, c'était une première mémorable. Cliquez ici pour voir les photos et lire mon carnet de voyage.

Saturday, November 7, 2009

La rentrée des séries #5

V était la dernière série, remake d'une production devenue classique parmi les classique, dont j'attendais la sortie avec une certaine impatience. N'ayant pas vu le premier jet datant de 1984 - ce sera corrigé bientôt -, je ne pourrai évidemment pas faire la comparaison avec cette nouvelle production. L'épisode pilote de cette dernière montre des vaisseaux extra-terrestres prenant place au-dessus des principales capitales mondiales terriennes. La population, évidemment, s'affole, mais un visage féminin d'une grande beauté, se présentant comme le grand chef extra-terrestre, rassure la Terre avec un discours pacifiste, exprimant la nécessité d'un simple ravitaillement en carburant et le bonheur de rencontrer les humains. Evidemment, il y a anguille sous roche, et ces Visiteurs de l'espace ne sont pas vraiment ce qu'ils semblent être.



La série se déroule à New York, et suit plusieurs personnages, représentant les différentes réactions à l'égard de cette intrusion. Erica Evans, membre du FBI, doute de la pureté des intentions des visiteurs; elle trouve un écho à ses pensées en la personne du Père Jack Lowery. Le fils d'Erica, lui, se montre fasciné par la beauté et la technologie que proposent de mettre à disposition les V. Un journaliste ambitieux, qui a tapé dans l'œil d'Anna, la chef V, tente d'en profiter pour booster sa carrière. Ryan, un homme d'affaire amoureux fou, se voit obligé de prendre ses distances avec celle qu'il veut demander en mariage, pour ne pas révéler sa véritable identité.


Le schéma est donc classique, les personnages se croisent et leurs points de vues divergents offrent une perspective assez large des Visiteurs. Le rythme des révélations et des découvertes est une machine bien huilée, le découpage habituel et dynamique, sautant d'un personnage à l'autre à une cadence régulière. Côté scénario, rien de nouveau dans la science-fiction. Les extra-terrestres débarquent avec une merveilleuse technologie, des pommes qui volent et des traitements pour vivre presque éternellement. Rien de plus geek que cela, pas d'explication quant au point de départ des Visiteurs, ni leurs noms ni leurs coutumes, calquées sur les mœurs terriennes. Bien entendu, les beaux Visiteurs sont quand même des extra-terrestres, identifiables par leur couleur verte sous leur déguisement humain.


La première série de 1984 a connu un large succès par sa représentation d'un régime fasciste et d'une guerre de résistance qui se mit en place pour le contrer. Les références sont moins évidentes dans ce premier épisode de la nouvelle série. L'univers des V, avec leur technologie avancée, est représentée de manière assez banale. Flash Forward, dans le genre SF et construction qui entrecroise les personnages et leurs vécus différents vis-à-vis de la même situation, se présente comparativement comme une bien meilleure série pour le moment.


V
avec Elizabeth Mitchell, Scott Wolf, Morris Chestnut,...
saison 1 depuis le 03 novembre 2009 sur ABC

Sunday, November 1, 2009

Micmacs à tire-larigot, de Jean-Pierre Jeunet

Je l'attendais depuis plusieurs mois... Et le voilà, le nouveau Jean-Pierre Jeunet. Dany Boon en est l'acteur principal, et interprète Bazil, un jeune homme qui a perdu son père, emporté par une mine provenant d'une grande fabrique française d'armes, et qui, des années plus tard, a lui-même reçu une balle perdue du fabricant adverse en plein dans le front. Depuis cette dernière aventure, il a perdu son boulot, son logement, et se retrouve à la rue. Bazil est récupéré par une bande de nus-pieds qui récupèrent et réparent tout ce dont les gens se débarrassent. Ainsi entouré, il fomente sa vengeance contre les deux PDG des entreprises qui l'ont l'une rendu orphelin et l'autre mis à la rue.



Le scénario attaque les fabricants d'armes et les ridiculise, avec légèreté et véhémence néanmoins. Alors, Jean-Pierre Jeunet aurait-il retrouvé son cynisme, si plaisant dans Delicatessen et La cité des enfants perdus? Ce n'est pas le cas, mais cependant, le réalisateur semble entamer un virage et virer de la ligne droite qu'il traçait depuis Le fabuleux destin d'Amélie Poulain. L'équilibre entre l'humour potache, la légèreté du ton, l'image usée et la pertinence du propos semble en voie d'être trouvée.


En voie seulement, car l'interprétation laisse à désirer; les dialogues sont certainement écrits avec brio, mais le ton sur lequel ils sont joués abuse d'innocence et s'appuie énormément sur la candeur un peu débile de la fine équipe entourant Bazil et Bazil lui-même. L'histoire d'amour qui se noue entre le héros et la femme-caoutchouc notamment tente de s'appuyer sur l'innocence et la pureté des personnages, et fait de cette intrigue secondaire un élément lourdaud qui vient entraver la compréhension globale de l'histoire.

L'image est reconnaissable entre mille, usée, jaunie, extrême dans ses cadrages au ras du sol ou en contre-plongée totale. Une douceur y est cependant décelable, elle apparait moins verdâtre, moins travaillée que dans les précédents films de Jean-Pierre Jeunet. L'histoire se déroule cette fois à une  époque contemporaine, et il semble inutile d'user d'un vieillissement inutile de l'image. La patine est moins extrême, moins écœurante, et correspond mieux au propos.


On sourit bien souvent, malgré qu'on ne soit pas totalement emportés par la verve intense qui caractérisait le duo Jeunet/Caro. Un pas est fait dans la bonne direction, celui de la critique acerbe, de la dénonciation sur un ton désinvolte.


Une dernière chose; Jean-Pierre Jeunet déclare en avoir assez de filmer Paris; mais il faut bien que j'avoue adorer reconnaître dans ses films tous les coins magnifiques de ma ville. Micmacs à tire-larigots regorge de coins astucieusement filmés, ces endroits où l'on passe en regardant ses pieds et qu'on manque souvent, à ne pas assez relever la tête et regarder devant soi. Je me demande souvent si Jean-Pierre Jeunet n'a pas fréquenté les mêmes quartiers que moi, tant je sais dès la première seconde l'endroit précis et l'heure auxquels il a placé sa caméra. C'est un bonheur de voir une ville si chérie.


Micmacs à tire-larigot
de Jean-Pierre Jeunet
avec Dany Boon, André Dussolier, Nicolas Marié,...
sortie française: 28 octobre 2009


Bonus: c'est quoi, notre problème, en France??