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Monday, March 23, 2009

The chaser, de Na Hong-Jin

Joong-ho, proxénète, s'inquiète de voir "ses filles" disparaître. Sans nul doute, elles empochent l'argent qu'il leur avance et fuient avec. Mettant ses qualités d'ancien flic au service de cette enquête, il s'aperçoit que les fugueuses se sont toutes fait la malle après avoir vu un client identifié par les 4 derniers chiffres de son numéro de portable; client auprès duquel il vient juste d'envoyer un de ses employées les plus rentables, Mi-Jin. Malade, cette dernière a même été tirée du lit où elle se reposait, malade, et a laissé sa petite fille de 7 ans seule chez elle. Le fameux ..4885 s'avère être un tueur sadique et sexuellement impuissant. Rattrapé, presque par hasard, par Joong-Ho, il avoue à la police qui le recueille avoir assassiné 12 filles. Tandis que les autorités se démènent pour rassembler des preuves afin d'obtenir un mandat d'arrêt en règle, Joong-Ho, toujours persuadé que l'homme a revendu ses filles, continue à sillonner les rues pour trouver la maison du tueur et retrouver son argent. Seule la fille de Min-Jin, qu'il a récupéré en chemin, pressent réellement qu'il est arrivé quelque chose de grave à sa mère...
Le cinéma coréen se fait beaucoup connaître pour sa violence maîtrisée et son suspens angoissant. Le premier film du réalisateur Na Hong-Jin ne fait pas exception à cette règle. Le film montre parallèlement les courses-poursuites vaines de Joong-Ho, l'air inutilement brassé de la police et la peur de Min-Jin, blessée et ligotée dans la salle des tortures de son bourreau. Les courses-poursuites, il est nécessaire de le noter, ne sont pas après l'assassin la plupart du temps; ce dernier est démasqué, et arrêté, au début du film. Joong-Ho court donc après son argent, après ses employées, il court pour trouver au plus vite la cache de ..4885, car peut-être Min-Jin n'est-elle pas encore morte.

Les "cuts" sont brefs et intenses, les images chocs osent montrer le sang et la saleté. Mais Na Hong-Jin ne choisit pas la facilité des os qui craquent et des corps qui se brisent. La violence qu'il montre n'est peut-être pas tant ragoutante que poignante surtout. En effet, le spectateur n'est jamais confronté à l'image brute d'un crâne écrasé, ni au son stressant d'une ossature désarticulée par la force des coups. Les moments les plus violents sont plus subtiles, moins frontaux, adoucis par une musique classique et par des ralentis élaborés. De même, lorsque la petite fille comprend que sa mère risque de mourir pour de bon, ses pleurs déchirants, ainsi que le silence peiné de Joong-Ho, sont vus depuis l'extérieur de la voiture où les personnages se trouvent; l'oreille ne perçoit alors que la pluie qui frappe la carrosserie.

La bestialité du film, compensée par cette recherche dans l'image, l'est également par les moments d'absurdité du propos. On rit, malgré la douleur. La critique de la police est souvent facile, mais n'est pas ici radicalement peinte en noir ou blanc; le réalisateur nuance de gris, montrant le réel dilemme qui torture les policiers face à la paperasse; ils tentent tout pour coincer ce tueur, et se heurtent avec peine à leur propre administration. On rit, mais on rit jaune aussi parfois, face à cette absurdité; ainsi, lorsque Min-Jin, enfin, parvient à fuir, et appelle la police depuis une petite épicerie, elle retombe entre les griffes de l'assassin, relâché par la police, et qui se trouve en manque de cigarettes sur le chemin du retour. Il est alors même filé par une jeune policière, qui surveille de loin ses pas dans l'espoir qu'ils les mènent au lieu où tous espèrent encore retrouver Min-Jin vivante. La jeune femme attend à l'extérieur de la boutique que son suspect ressorte, alors qu'il est chaudement accueilli par l'épicière, rassurée par sa présence alors qu'un fou rôde et qu'une femme en sang s'est réfugiée chez elle.

Enfin, il y a le personnage de Joong-Ho, dont on apprend par bribes savamment distillées l'histoire. Ancien flic, renvoyé pour proxénétisme, alors que son collègue et complice dans l'affaire conserve sa place, il se reconvertit entièrement dans le trafic de filles. Joong-Ho apparaît d'abord comme un homme plein de rancoeur, un homme amer, qui n'hésite pas à harceler verbalement ses "employées", les tirant de leur lit pour aller satisfaire le client, traitant comme un sous-fifre le garçon qui l'aide dans son commerce. Il a des méthodes abruptes, il est antipathique; persuadé que ses filles ont fuguées sans rembourser leurs dettes, puis que ..4885 les a revendues, sa seule motivation pour attraper celui qui s'avèrera être un tueur est l'argent. Il évolue doucement aucours du film, notamment au contact de la petite fille de Min-Jin; et sa motivation alors pour retrouver la mère de cette dernière devient plus sentimentale.

The Chaser, qui était en compétition l'an dernier dans la sélection officielle, est donc un excellent film à tous niveaux, rappelant étrangement par certaines scènes Old Boy, de Park Chan-wook (une référence, dans la scène où Joong-Ho, au-dessus du tueur, reste immobile un instant, le marteau à la main, avant de frapper?); certains citent également Memories of murder, de Joon-ho Bong, ou A bittersweet life, de Kim Jee-Woon... Les Américains l'ont bien remarqué, et réussiront sans doute à le bousiller, comme ils ont pu le faire avec Infernal affairs, d'Andrew Lau et Alan Mak par exemple, dans un remake où Leonardo di Caprio est pressenti pour le premier rôle...


The Chaser
de Na Hong-Jin
avec Kim Yoon-seok, Ha Jeong-woo, Yeong-hie Seo,...
sortie française: 18 mars 2009

Wednesday, March 18, 2009

In treatment

Paul Watson est psychothérapeute; il reçoit dans son cabinet, pièce attenante à la maison dans laquelle il vit avec sa femme et ses trois enfants, ses patients. Chaque jour, à la même heure, il écoute Laura, dont le principal problème est d'être amoureuse de lui, Alex, un pilote de chasse qui refuse d'accepter le fait d'avoir été traumatisé par une de ses missions, Sophie, un jeune espoir olympique de gymnastique suicidaire, ou le couple formé par Jake et Amy. Chaque épisode est une session d'analyse avec l'un de ses patients. Le huis-clos est feutré, intime, cloisonné entre les murs du bureau, et entre les échanges entre le thérapeute et son patient. Quarante-trois épisodes composent la 1ère saison; quarante-trois épisodes dans une seule pièce, dans des face-à-face, cela fait peur à première vue.



La réalisation sobre, tout comme le jeu des acteurs, notamment celui de Gabriel Byrne, qui a reçu un Golden Globe pour son interprétation de Paul, rendent cette série absolument fantastique, et sûrement pas ennuyeuse un seul moment. Les patients qui se racontent dévoilent aussi peu à peu l'intimité de Paul, qui se préserve en tant qu'analyste. Certaines incursions de sa femme, de ses enfants dans son bureau, soulèvent un peu plus le voile sur les problèmes que le médecin rencontre. Paul termine lui-même par aller voir sa propre thérapeute, Gina, pour tenter de sauver son couple. Une autre conversation s'ouvre alors, en forme de duel, entre Paul et ses démons.


Betipul, une série israélienne, a inspiré les scripts. Une série intelligente, parfaitement réalisée et interprétée, au propos sensible; In treatment est à part dans tout ce que propose la télévision aujourd'hui. La 2ème saison débute le 05 avril 2009 sur HBO.



In treatment
saison 2: le 05 avril sur HBO

Wednesday, March 11, 2009

Boy A, de John Crowley

Terry, éducateur social, offre une nouvelle vie à Eric, qui sort à peine d'une longue peine de prison où il a passé toute son adolescence, depuis l'âge de 11 ans. Eric s'appelle à présent Jack et se fait de nouveaux amis dans une petite ville anglaise où il travaille dans une entreprise de transports. Jack tombe amoureux; Jack sauve une fillette d'un accident de voiture et se fait acclamer par la presse locale; mais Jack est aussi étouffé par l'anonymat d'Eric, par le secret de son ancienne vie. Le jour où son secret est dévoilé, personne ne lui fait plus confiance; la presse nationale frappe à sa porte; Eric fuit.


Le scénario, adapté du roman Jeux d'enfants écrit par Jonathan Trigell, est un excellent point de départ. A la fois traitant d'un sujet social, sur la ré-insertion de jeunes ex-prisonniers ayant purgé leur peine et d'un thème humain, sur un garçon apprenant à vivre en société, à découvrir tout ce qu'il n'a pas pu découvrir en prison, à changer de vie. Sa timidité est touchante, polie, son envie de s'intégrer est maladroite et sincère.


Mis en scène de manière très classique, simple, le film est construit autour de flash-backs qui montrent le jeune Eric, enfant chahuté par ses camarades de classe, qui ne trouve pas de réconfort ni auprès de son père, absent, ni de sa mère, atteinte d'un cancer et en permanence dans son lit. On découvre son amitié grandissante avec un autre enfant, violé par son frère, qui lui fait découvrir le sang et la violence. Les deux jeunes garçons ont 11 ans lorsqu'ils tuent une de leur camarades de classe. Le procès les condamnera à la peine maximale, et leur entourage ne leur pardonnera jamais. Jack, parfaitement interprété par Andrew Garfield, revivant ces images en permanence, torturé par elles, vivant avec peine le fait de devoir mentir à son entourage, est un personnage des plus émouvant. Cependant, si l'émotion surgit, le bouleversement ne vient jamais.


Est-ce à cause de la réalisation, trop classique, un peu plate, un peu lente? Je ne suis pas particulièrement fanatique des rythmes insoutenables, des cuts à outrance; mais un minimum de tentatives d'innovation aurait été plus souhaitable. La scène d'amour notamment, qui aurait pu être d'une grande intensité, si l'on se base sur le fait que Jack découvre le sexe pour la première fois. Les nombreux flous, les focales volontairement pudiques, font plutôt ressembler ce grand moment à une vidéo porno amateur.


Est-ce à cause du point de départ, trop pardonnable? En effet, les nombreux flash-backs dévoilent un jeune Eric influençable, isolé, sans modèle parentale ni amical, tandis que son ami Philip est celui qui l'entraînera haineusement vers le meurtre et la prison. Il est du coup difficile de croire à l'emprisonnement d'un si jeune garçon, qui a de multiples raisons de recevoir une peine moins lourde. Et comment croire à cette animosité tenace de gens rêvant de se venger d'un petit garçon, des années plus tard?


Est-ce la faute à ce retournement de situation, incongru? En effet, tout bascule lorsque la vérité sur Eric est dévoilée par le fils de Terry. Revenu de nulle part chez son père, on assiste à quelques conversations entre Terry et lui; ces échanges ne témoignent pas d'une grande tendresse entre le père et le fils, qui ressemblent plus à deux bons amis. Terry dans son sommeil, murmure une seule fois que la ré-insertion d'Eric/Jack est sa plus belle réussite, et cela suffit à mettre son fils dans une rage folle. Ce qui s'ensuit est plus absurde encore; la fille qui l'aimait tant, censée être amoureuse et intelligente, refuse purement et simplement de répondre à ses coups de fil. Jack s'enfuit alors, et le film se conclue de manière trop aisée, sur la promesse d'un suicide, image qui est restée en suspens tout le temps dans la pensée de Jack, se souvenant du sort de son ami Philip.


Boy A était un film prometteur, et s'est révélé être plus que décevant.




Boy A
de John Crowley
avec Andrew Garfield, Peter Mullan, Katie Lyons,...
sortie française: 25 février 2009

Tuesday, March 10, 2009

Watchmen, de Zack Snyder

Les super-héros 1ère génération, hommes et femmes ordinaires qui ont décidé de singer les masques des voleurs pour pouvoir faire régner l'ordre en outrepassant cependant la justice et les lois, sont vieux et las; la seconde génération de justiciers en costumes a été forcée de prendre sa retraite après une interdiction formelle du gouvernement d'intervenir dans la société. Seul Rorschach ne relâche pas sa vigilance; lorsque que le Comédien est assassiné, il tient à enquêter et à prévenir ses ex-collègues qu'un danger semble les menacer tous. En effet, l'année 1985 voit la 3ème guerre mondiale approcher, à l'issue d'une guerre froide entre les Américains et les Russes, se menaçant mutuellement d'une attaque nucléaire.


Le scénario, malgré sa complexité (inspiré de celui d'Alan Moore), réussit le tour de force d'être limpide. En quelques images d'un générique inspiré, sont résumés la naissance et la mise au rebut des super-héros; la réalité alternative de 1985, où Nixon entame un 5ème mandat; une guerre du Vietnam gagnée par les USA, durant laquelle tout s'est joué grâce au Dr Manhattan, seul super-héros doté de super pouvoirs. Le détail de chacune des histoires personnelles des justiciers sera en temps voulu exposé par des flash-backs. Le réalisateur du film, Zack Snyder sait prendre son temps pour exposer toutes leurs situations; le film pourra alors paraître long, lent, voire, ennuyeux. Cependant, il était indispensable de ne pas bâcler la mise en situation, d'autant que les personnages sont nombreux et que leur passé est lourd. Enfin un blockbuster intelligent qui a plus à offrir qu'un étalage d'effet spéciaux et de combats rapprochés. La psychologie des personnages a son importance (plus encore dans la BD que dans le film, mais ce dernier durant déjà plus de 2h, il aurait été difficile de faire plus); les fanas d'effets spéciaux, de sang et de sexe auront également leur part de gâteau.


La narration du film suit de manière très proche celle de la BD. Si le film s'ouvre de manière plus graphique (la mise en scène du meurtre du Comédien, un combat tout en ralentis et accélérés façon Matrix, mais à mains nues), les grandes lignes de la BD sont reprises. On entend notamment les lignes du journal que tient Rorschach en voix off, tout comme on suit ses pérégrinations par écrit dans la BD. Pour en revenir à la partie violente et/ou grandiose du fil, le réalisateur n'a donc pas occulté cet aspect déjà présent dans la BD. Il en a conservé le kitsch (costumes de lycra pas trop ré-actualisés, vaisseau qui crache du feu lors de l'orgasme de ses occupants fornicateurs,...) et la force visuelle par les couleurs et l'intensité des coups portés. Il a également su transposer avec brio les mêmes éléments graphiques de la BD, notamment le Palais du Dr Manhattan sur Mars, tout en images numériques et en transparences, ou le Dr Manhattan lui-même. Néanmoins, Zack Snyder sait oublier les cadrages de la BD pour offrir une véritable adaptation cinématographique, et non un vulgaire copier/coller de cases dessinées.


Bien entendu, les différences avec la BD sont aussi présentes, et notamment la fin du film. Sujette à controverse, je la trouve tout à fait personnellement intelligente et plausible. De plus, la morale reste la même que dans la BD: les hommes et la Terre sont sauvés d'un danger venu de l'extérieur, et qu'ils ne maîtrisent absolument pas, contre leur volonté et pour leur bien. Quant à l'attaque finale, qui se joue dans plusieurs capitales du monde plutôt que seulement à New York comme l'avait écrit Alan Moore, si elle n'apporte ainsi rien de plus, elle ne dénature pas non plus le scénario original. Certains se plaignent également de la perte d'une histoire parallèle, un film dans le film, qui est originellement une BD dans la BD; cette histoire sera présente sous la forme d'un film animé dans le DVD. Ce dernier contiendra également un faux documentaire sur l'origine des différents personnages. C'est dire si 2h30 ne suffisent pas à retranscrire l'intégralité de la BD.


On ne saurait conclure sans aborder l'utilisation de la musique dans le film. Décriée par certains, adorée par d'autres, elle est certainement présente et extrêmement contemporaine. Encore une fois, totalement subjectivement, il est évident que Zack Snyder a réussi (de peu, avouons-le) à éviter le clip, prestation dont semblent se contenter un certain nombre de réalisateurs et de scénaristes, croyant sans doute cacher en-dessous la misère insipide qu'ils produisent. Ici, la musique aide souvent à la mise en scène, en liant notamment les séquences de flash-back, difficiles à intégrer graphiquement.


L'oeuvre d'Alan Moore et de Dave Gibbons est absolument culte, de part sa grande complexité, son développement extrêmement précis de la psychologie des personnages, sa portée politique, et de son ancrage profond dans une réalité alternative; le film de Zack Snyder ressemble fort à ce qui est une adaptation idéale en un seul film de la célèbre BD.



Watchmen
de Zack Snyder
avec Jackie Earle Haley, Patrick Wilson, Malin Akerman
sortie française: 04 mars 2009

Friday, March 6, 2009

Harvey Milk, de Gus Van Sant

Harvey Milk vit à New York, bosse à Wall Street, aura quarante ans dans quelques heures, et n'a jamais rien réalisé d'extraordinaire dans sa vie; il drague Scott dans le métro, et l'emmène chez lui... Avec son nouvel amant, il part s'installer à San Francisco, dans le petit quartier de Scorso, où ils ouvrent une boutique pour amateurs de photographie. Vivant leur amour au grand jour, ils se sentent menacés par le voisinage commercial hostile; c'est de là que démarre l'investissement de Harvey pour faire accepter les gays dans la société. Commençant à moindre échelle, dans sa rue, dans son quartier, puis dans toute la ville, il réunit autour de lui les laissés-pour-compte, les minorités noires, âgées, chinoises, etc etc, pour les faire intégrer. Harvey Milk déplace les foules, mais ne réussit pas tout de suite son pari de se faire élire superviseur. Alors, Scott, amoureux mais las, le quitte. Harvey Milk n'a pas d'autre choix que de continuer, car, à présent, des milliers de gens comptent sur lui. Il sera assassiné par un ex-collègue, Dan White, qui élimine auparavant le maire Georges Moscone, en 1978, après 11 mois de carrière.


Gus Van Sant signe un film très classique dans sa forme. On aurait pu s'attendre à un peu plus d'extravagance de sa part; mais sa retenue n'en est que plus élégante. Il a souhaité réaliser son film dans la lignée des biopics sur les héros américains; Harvey Milk est donc un héros ordinaire, un homme des plus banals; sa différence sexuelle cependant est notoire. De même, la mise en scène de Gus Van Sant est simple, efficace: Harvey Milk, conscient du risque qu'il prenait d'être assassiné, enregistre son dernier discours sur un petit magnétophone. Le film bascule entre voix off, images du personnage en train de s'enregistrer, sobrement, narration chronologique tout en flash-back (puisque le présent se situe au temps de l'enregistrement), et images d'archives. La grandeur du film est elle aussi détectable, dans la subtilité que possède le réalisateur de mêler ces images sans que notre oeil en soit choqué (Gus Van Sant déclarait même avoir voulu tourner en 16mm, pour éviter le décalage entre du 35mm habituel et les images d'archives) et dans sa construction parfaite. Evidemment, le film repose également sur une performance d'acteurs.

Sean Penn évidemment, méritant son Oscar du meilleur acteur, est frappant de ressemblance, physique et dans sa gestuelle. Harvey Milk est ouvertement gay; Sean Penn réussit à l'interpréter de manière plausible et néanmoins explicite, au quotidien et sur la scène politique, dans les scènes d'amour (élégantes et prudes) et dans les grand discours. La galerie de personnages qui l'entoure est également parfaite; le casting ressemble aux personnages d'époque, et leur engagement vis-à-vis de leur mentor donne à ce dernier la vérité nécessaire à son rôle. Dan White, futur assassin, est surprenant; il finira par accomplir un acte bien plus répréhensible que la peine qu'il a reçu (huit années de prison) mais son personnage reste touchant, sans doute influencé par des personnes extérieures qui le manipulent. Tenté de rejoindre la cause d'Harvey Milk, attiré par lui et par ses idées, il se renfermera néanmoins de plus en plus jusqu'à devenir extrêmement conservatiste. Scott également, par son ascendance sur Harvey Milk, possède un rôle très fort.

Décrivant le milieu politicien et ses petites magouilles (soutiens moi sur ce vote, et je te rendrais la monnaie de ta pièce), le film ne sombre pas dans la caricature politisée. Certes, le message de paix et et de respect de l'autre est présent; mais ce discours est en priorité celui d'Harvey Milk durant sa carrière. Sean Penn est aussi convaincant que l'homme a pu l'être à l'époque, et Gus Van Sant n'en a pas besoin de plus pour nous faire pencher de son côté de la balance. Intelligent et intéressant, Harvey Milk n'a peut-être rien d'un très grand film, mais le très grand homme qu'il décrit vaut la peine d'être connu.


Harvey Milk
de Gus Van Sant
avec Sean Penn, Josh Brolin, Emile Hirsch
sortie française: 04 mars 2009

Thursday, March 5, 2009

Fiction et non-fiction

De Clint Eastwood, j'étais également curieuse de découvrir Changeling/L'échange, son avant-dernier film à ce jour. Angelina Jolie, dans la bande-annonce, hurlant qu'elle "wanted her son back" sur tous les tons, avec toutes les trémolos du drame dans la voix, les yeux prêts à déborder de larmes, n'avait pas réussi à me convaincre de me déplacer au cinéma. C'est donc sur le petit écran que j'ai découvert ce film, et je n'ai pas été surprise, ni déçue ni emballée, comme je m'y attendais. Je n'ai pas spécialement envie de m'étendre sur pourquoi comment je n'ai pas réussi à éprouver de la peine pour les personnages, ni me justifier en ce sens. ll se trouve simplement que, ayant discuté du film avec des amis, j'ai éprouvé un drôle de sentiment lorsque la réflexion bouleversée "et dire que c'est une histoire vraie!" a été émise.


En effet, il est assez étrange que les gens se sentent plus touchés lorsqu'ils reconnaissent la vérité dans une fiction. L'histoire n'a pas pu arriver au conditionnel, mais elle s'est réellement passée, et par là, aurait pu arriver à notre voisin, à nos amis, à notre famille, voire à nous-même. Alors, forcément, on se sent concerné, on est abasourdi, on compatit énormément, on s'identifie entièrement.


Emmanuel Carrère raconte dans un article de Libération paru hier, qu'il aurait sans doute été pris pour un con (transcription de mon cru) par son éditeur, si il lui avait déclaré vouloir écrire sur un type qui aurait menti des années à sa famille avant de tuer tout le monde par peur d'être démasqué. Le scénario, invraisemblable, s'étant réalisé par le passé, est accepté. Et voici qu'un être de chair prend vie et s'éternise sur le papier, pour devenir un personnage.


Certes, beaucoup de romans, de scénarios de films, découlent de faits divers. Néanmoins, la fiction qui en découle ne prend ces brèves que pour base; c'est un autre cap qui est franchi lorsqu'on romance la vie publique et aussi privée, de bout en bout, d'un individu réel.


Dans un roman que j'ai lu, Fondation, de Isaac Asimov pour ne pas le citer, une jeune fille décide de devenir romancière pour raconter la vie de sa grand-mère, qui a joué un rôle déterminant dans l'Histoire de l'univers. Pourquoi cette jeune fille ne décide-t-elle pas d'être historienne alors, plutôt qu'écrivain? Peu importe, le fait (totalement fictionnel) est qu'elle réalise sa destinée, et écrit un grand roman qui relate les aventures de sa grand-mère. Ce livre aide ce personnage historique à perdurer dans le temps; mais dans les mémoires, les générations se souviennent alors de la grand-mère d'Arkady comme d'un personnage de fiction, et quasiment plus comme un être ayant réellement existé.


Au contraire, les Japonais ont inscrit le conte de la déesse du soleil, Amaterasu, dans leurs livres d'Histoire. Les petits Japonais apprennent donc avec grand sérieux que leurs empereurs descendent de la déesse du soleil.


J'en arrive à conclure: n'est-ce pas dangereux de réduire des personnes qui ont été vivantes à de simples personnages de papier ou de pellicule? Ne risque-t-on pas de les effacer des livres d'Histoire puisqu'ils ont leur place dans des romans? Marie-Antoinette, par exemple, adorée des écrivains et des cinéastes, n'est-elle pas en train de tourner au ridicule (depuis le film de Sofia Coppola notamment); n'est-on pas en train d'oublier la reine pour ne garder en mémoire qu'une jeune écervelée? C'est peut-être le rôle des écrivains et des historiens uniquement que de raconter objectivement la vie des êtres humains; et celui des romanciers est d'inventer des histoires nouvelles.


p.s.: le titre, fiction et non-fiction, est tout au crédit d'A. Lévy-Willard, journaliste à Libération.

Monday, March 2, 2009

Paolo Sorrentino

Paolo Sorrentino est un réalisateur, scénariste, et acteur napolitain. J'ai été voir son dernier film, Il Divo, pour la seule et bonne raison que j'adore le cinéma italien, où les acteurs parlent... italien. Amoureuse de l'Italie, j'en aime la langue autant que les paysages, l'art et la culture en générale. Je suis donc relativement calée sur l'Hisoire de ce pays, et je ne manque pas une occasion d'en apprendre un peu plus, notamment lorsqu'il s'agit d'une biographie filmée.


Il Divo retrace une partie de la carrière politique de Giulio Andreotti, député puis sénateur italien qui a établi des rapports douteux avec la mafia. Je ne saurais en dire plus, car le film ne m'a pas plus éclairée que cela. Pour être franche, je n'y ai absolument rien compris; ni à quelle époque cela se passait exactement, ni quels étaient les personnages qui encadraient Giulio Andreotti, ni ce que tout le monde traitait là comme affaire. Cependant, je ne me suis pas ennuyée une seule seconde.


En effet, le traitement de l'image, de la photo, le rythme, l'enchaînement des plans entre eux, mettent en évidence la maestria avec laquelle le réalisateur domine sa mise en scène. La caméra prend part à un véritable ballet dans lequel les dialogues sont subtils, et minimalistes, l'humour pince-sans-rire, les personnages cyniques et dignes, le cadrage inventif et percutant, la musique magistrale et servant merveilleusement le tout,... et bien d'autres. Les très fins connaisseurs de la période n'apprécieront que plus. Pour ma part, il ne fallait pas que j'en reste là, et j'ai donc vu Le conseguenze dell'amore (pas besoin de traduction, j'imagine?).


Titta di Girolama, la cinquantaine bien frappée, contemple, plein d'ennui, le monde qui l'entoure. Chaque jour la même routine le sort de sa chambre d'hôtel où il vit, l'emmène au bar de cet hôtel, dans le même fauteuil, où il fume inlassablement cigarette sur cigarette sans adresser la parole à personne, même pas à la serveuse, toujours la même depuis des années, qui lui souhaite le bonjour chaque matin. Titta di Girolama ne semble pas obéir à ce rite par lassitude; il attend et observe, il contemple, perdu, les gens qui vivent. Certaines fois, la routine toujours, mais plus vite: une main dépose une valise devant la porte de sa chambre, il la prend, l'emmène en voiture jusqu'à un lieu où seront comptés à la main les billets qu'elle contient.


Ces quelques lignes de scénario établissent une histoire plus cadrée que Il Divo, avec des repères que j'ai cette fois-ci tout à fait intégré. Qui est cet homme, pourquoi vit-il dans sa chambre d'hôtel, qu'est-ce que cette valise? Situation, questions, et réponses en temps voulu. Le tout, une nouvelle fois servi par ce rythme fabuleux qui donne aux films de Paolo Sorrentino une touche très personnelle et très reconnaissable. Les cadres sont sublimes, le rythme, toujours aussi ahurissant, la musique, presque techno par moment, élégante et pleinement en accord avec l'image.


Les personnages enfin, sont eux aussi magnifiques, par leur physique (je retiendrais notamment le visage fatigué, les traits tirés et les yeux immenses de la femme de ménage) autant que par leur charisme. Toni Servillo est Titta di Girolama; l'acteur a joué dans tous les films de Paolo Sorrentino et impose sa stature digne, son visage hautain et fatigué, son air nonchalant de fumer une cigarette. L'acteur, très présent au théâtre, occupe autant de sa présence le cadre que s'il était sur scène.


Je n'en suis donc qu'à ma deuxième expérience cinématographique avec Paolo Sorrentino. Je ne suis pas prête de m'arrêter là. Les prochaines sur la liste: L'uomo di più et L'amiglo di famiglia. Je compte bien être une nouvelle fois subjuguée par la maestria de Paolo Sorrentino.