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Wednesday, March 31, 2010

Tout ce qui brille, de Géraldine Nakache et Hervé Mimran

Ely et Lila sont les meilleures amies du monde, comme deux sœurs. Elles partagent les mêmes rêves, notamment celui de sortir de leur banlieue parisienne de Puteaux. Leurs économies passent dans de jolies chaussures à talons hauts. Pour le taxi, elles économisent: un mot de passe, et elles courent à contresens dans la rue; aucun chauffeur ne les rattrape. Alors qu'elles se font refouler à toutes les entrées de boîtes de nuit, faute de connaître le videur, Lila trouve le moyen d'entrer par une porte dérobée. Une fois à l'intérieur, la jeune fille cherche à s'intégrer; elle croise un joli garçon et laisse Ely en plan. Ely, elle, perd  le goût du jeu à l'intérieur de la boîte de nuit. Elle sort, attend sa copine dehors. C'est là qu'elle intervient pour récupérer le sac d'Agathe... La jeune femme vit avec sa petite amie et le fils de cette dernière dans un appartement immense, agrémenté d'un dressing gigantesque. Ely est vite dépassée par cette richesse, et, si elle désire la comprendre, souhaite avant tout la gagner sans mentir; Lila de son côté, se débarrasse de son image de banlieusarde, et se voit déjà vivre en princesse avec Maxx qu'elle vient de rencontrer.



Tuesday, March 30, 2010

White material, de Claire Denis

Maria vit en Afrique avec son ex-mari, remarié à une jeune Noire, et son fils déjà grand. C'est son ex beau-père qui possède la plantation de café sur le papier, mais c'est Maria qui dirige tout le domaine et gère les ouvriers et les récoltes. Une guerre civile se déclare, et c'est évidemment les Blancs, les colons, qui sont les premiers visés. Maria refuse de partir, attachée à la terre, et faisant la sourde oreille aux hélicoptères français venus lui conseiller de s'en aller. Ses ouvriers quittant le domaine, Maria va recruter d'autres hommes au village, menant son camion sur les routes poussiéreuses et traversant les barrages sous la menace des armes.


Monday, March 29, 2010

Cannes 2010


L'affiche du Festival de Cannes 2010, qui se déroulera à partir du 12 mai. Juliette Binoche, photographiée par Brigitte Lacombe... Trop simple, un peu tape-à-l'oeil pourtant, je ne suis pas fan. Je préfère le cinéma mystifié, codé, sublimé.

Bref, c'est toujours ça en attendant la sélection officielle qui sera dévoilée le 15 avril! Pour rappel, c'est Tim Burton qui est président du jury cette année.

I'm here, de Spike Jonze

Los Angeles, un futur abstrait. Les robots vivent parmi les humains, et ressemblent, malgré leur forme humanoïde, à de vieux PC moches. Ils se partagent les tâches ingrates et répétitives, comme nettoyer les rues ou ranger les livres dans les rayons des bibliothèques. Leurs maisons sont vides et leur seule occupation une fois rentrés chez eux est de recharger leurs batteries. Un robot mâle est sorti de son inertie par un robot femelle qui détonne dans ce monde gris. Elle conduit, crée des animaux de papier, sort à des concerts. Mais sa vie trépidante lui fait courir des risques et elle perd peu à peu ses membres câblés dans ses extravagances.


Thursday, March 25, 2010

L'arnacoeur, de Pascal Chaumeil

Alex est un briseur de couple, professionnel. Lui et sa petite équipe, complétée par sa soeur Mélanie et son mari, Marc, montent de toutes pièces des scénarios enchanteurs pour ouvrir les yeux de femmes malheureuses en amour sans le savoir. En leur montrant le Prince Charmant, Alex leur donne la force de quitter un conjoint qui est bien loin de cet idéal qu'elles peuvent trouver ailleurs. Cependant, ces petites mises en scène sont coûteuses, et l'entreprise frôle la faillite. Les trois compères sont bien obligés d'accepter un contrat qui les remettrait à flots, quitte à aller à l'encontre de leurs principes. Voilà comment ils se retrouvent une semaine avant un mariage, à devoir briser un couple heureux. Mais Juliette, leur jolie victime, n'est pas simple à aborder; Alex se présente à elle comme son garde du corps à Monaco, alors qu'elle règle les derniers préparatifs pour la cérémonie qui fera d'elle la femme de son fiancé américain une semaine plus tard.


Le scénario, celui d'une comédie à l'eau de rose, légère et réussie, possède la bonne entrée en matière. Le spectateur plonge dans le film facilement, rapidement; les personnages sont installés avec une grande efficacité, tout comme le contexte et le ton. On rit dès le début, grâce à des gags subtilement mis en scène, toujours simples mais plaisants. La comédie ne vire ensuite jamais à la grossièreté - et l'on sait que l'humour gras a pourtant la côte en France -, et le ton est toujours entraînant, et plein de bonne humeur. C'est une petit miracle qu'une comédie romantique à la française n'atteint pas souvent - jamais.


On en oublierait quasiment les points faibles du scénario, qui se veut justement un peu trop américain et qui ajoute des rebondissements obscurs au lieu de se concentrer sur une bonne base. La situation de départ, celle d'une petite entreprise qui fait trop de frais, à force de monter des mensonges de contes de fée, suffisait largement pour justifier que la fine équipe se retrouve contrainte à accepter un contrat "malhonnête", où le couple à briser semblait parfaitement heureux. Le script du film ajoute à cela une sombre histoire d'emprunt et de dette, qu'Alex aurait auprès de celui qui, finalement, s'avérera être leur client et le père de Juliette, dans le seul but semble-t-il, d'introduire un personnage de grosse brute; cette bête humaine grommelante ne participe pas aux gags les plus réussis du film. L'intérêt du père de Juliette dans les affaires de couple de sa fille reste également injustifié; jamais la moindre information ne filtre sur les avantages qu'il tire de la rupture du mariage de Juliette avec son fiancé américain. Pour terminer sur ces points peu expliqués, et qui auraient mérité un développement plus poussé, Juliette elle-même semble pleinement équilibrée et peu encline à briser son couple et son mariage; les doutes qu'Alex instille en elle ne sont jamais assez fondés et n'ont que peu de puissance.


En règle générale par ailleurs, si le film réussit à éviter l'écueil de la farce lourdaude, cette sensibilité et cette tendresse permanente peut parfois manquer de force. On aimerait plus de violence et de passion. Le ton reste peu franc, dans l'esquisse de l'amour, et avec des gags trop mignons pour provoquer le fou rire incontrôlable. L'arnacoeur reste drôle, et jamais (trop) niais; et il est plus agréable de sourire à un humour tendre, que de s'ennuyer devant un humour gras et balourd. Romain Duris et Vanessa Paradis s'accordent à merveille, lui prêt à tout pour la séduire, jouant de son charme populaire et de ses pas gracieux sur (I've had) The time of my life, elle campant une petite fille riche mais pas idiote, qui aurait pu naître moins sage dans un milieu social moins cadré. Les seconds rôles ne sont pas en reste; Héléna Noguerra est touchante en délurée nymphomane, et le couple Julie Ferrier/François Damiens parfaitement adorable et crédible, unis par leurs différences mêmes et par leur amour commun pour les jeux de rôles.


Le réalisateur, au-delà du romantisme, dit aussi poser la question sous-jacente de l'ordre social, celui dans lequel on naît et duquel il est difficile de s'émanciper totalement. Je soulèverais également tout personnellement la question du conflit franco-américain sur le plan des relations amoureuses. Qui choisira Juliette, tiraillée entre le charme français des mensonges d'Alex, et le calme tranquille sans excentricité de son joli fiancé américain?


Le film ne restera pas dans les annales, mais reste une excellente comédie, dans la verve du chef-d'oeuvre dont elle se revendique, l'unique et génial Dirty Dancing...


L'arnacoeur
de Pascal Chaumeil
avec Romain Duris, Vanessa Paradis, Julie Ferrier,...
sortie française: 17 mars 2010

Friday, March 19, 2010

Bad lieutenant, de Werner Herzog


Terence McDonagh est inspecteur à la Nouvelle-Orléans. L'ouragan Katrina, en 2005, envahit la ville sous les eaux. Dans la prison, un homme toujours enfermé va se noyer. Terence et son acolyte prennent les paris sur l'heure de sa mort... Mais, bien avant que l'eau ne monte, Terence sauve le prisonnier. En se jettant à l'eau, son dos en prend un coup. Terence devra pour le reste de sa vie prendre de puissants calmants pour oublier sa douleur. Six mois plus tard, il est promu lieutenant et chargé d'enquêter sur le crime d'une famille d'immigrés africains. C'est un règlement de comptes entre dealers; Terence connaît le coupable, reste à réunir les preuves. L'enquête patine: le témoin, un jeune garçon, refuse de parler, protégé par sa grand-mère qui travaille dans une maison de retraite; le policier naïf qui mentait sur les récépissés des drogues conservées au commissariat n'ose plus fournir Terence en cocaïne; sa petite amie prostituée tombe sur les mauvais clients, qui ont le bras long; il perd tous ses paris sur des matchs et s'endette. 


Bad lieutenant: Escale à la Nouvelle-Orléans est un remake du film d'Abel Ferrara sorti en 1993, et que Werner Herzog affirme n'avoir jamais vu, pas plus qu'aucun des films du réalisateur. Tant mieux, moi non plus. Je me contente donc d'avoir découvert ce film sans le moindre a priori, et sans la moindre attente de performance "à la manière de". Et après un tel éclat, j'ai bien envie de regarder la version originale, pour comparer les forces des deux réalisateurs. Werner Herzog réussit un film à la limite de la perfection, au rythme lent et pourtant riche en action; son personnage principal, campé par un Nicolas Cage époustouflant, tombe dans les enfers avec un rire sadique génial.


Le réalisateur privilégie les plans séquences, ce qui donne au film ce rythme tranquille. On prend aussi le temps, parfois, de s'attarder en plan fixe sur un visage, une respiration, pour donner plus de force à la reprise de l'intrigue. Werner Herzog joue également parfois sur un changement radical d'image, lorsque des iguanes - des reptiles en tous genres semblent perpétuellement errer dans la Nouvelle-Orléans - envahissent l'écran et le cerveau atteint de Terence McDonagh. Les plans serrés qu'il tente alors donnent une image très "vidéo", du fait de leur zoom intense et tremblant. Werner Herzog surprend le spectateur, prenant ainsi son temps, et atteint presque le burlesque lorsque l'action éclate. Les situations, tant elles sont installées avec force, font rire, alors que le scénario s'apparente à la tragédie.


Nicolas Cage, le personnage central de ce thriller, offre une performance formidable. L'homme qu'il incarne, sans cesse entre corruption et fidèle combattant du crime, possède les caractéristiques d'un psychopathe doublé d'un homme blessé et amoureux. L'acteur entre complètement dans le costume de Terence McDonagh, et de plus en plus tout du long du film, les mimiques qu'il lui donne, sa démarche coincée, ses gestes crispés s'intensifient. Terence McDonagh est un homme malade et fou, prêt à tout pour coffrer les truands, tout en continuant à se droguer lui-même et offrir aux autres une apparence saine.


Une réalisation sans faute, osée et classique à la fois, qui donne toujours plus de force à un scénario de très bon goût, et des acteurs géniaux, avec un Nicolas Cage épatant... que demander de plus? Certainement un film dont je me rappellerai dans mon bilan de l'année 2010!



Bad lieutenant: Escale à la Nouvelle-Orléans

de Werner Herzog
avec Nicolas Cage, Eva Mendès, Val Kilmer,...
sortie française: 17 mars 2010

Thursday, March 18, 2010

Fleur du désert, de Sherry Hormann

Waris vit en Somalie, avec sa famille, leurs chèvres, leurs chameaux, et son petit frère qu'elle adore. Elle a treize ans, et va devenir la quatrième épouse d'un vieil homme qu'elle n'a jamais vu. Alors, Waris part, marche à travers le désert, et atterrit à Modagiscio, où sa grand-mère la recueille. Mais Waris ne peut pas rester là, elle a renié sa famille. On la retrouve à Londres, où elle a passé quelques années sans réussir à apprendre le moindre mot en anglais. Marylin, vendeuse qui rêve d'être danseuse, l'héberge un peu contre son gré. Elle se prend d'amitié pour la jeune somalienne, et lui trouve un boulot dans un fast-food. C'est là qu'un célèbre photographe, Donaldson, excentrique qui se nourrit de burgers et vit nus pieds, la remarque. C'est le début de la carrière de mannequin de Waris, qui est cependant toujours sous la menace d'une expulsion. Malgré la célébrité, l'argent, Waris n'oublie pas ce jour qui a changé sa vie; pas celui où elle est arrivée en Europe, ni même celui où elle a rencontré Marylin; pas non plus celui où elle a tapé dans l'oeil de Donaldson; mais celui de son excision, à trois ans.



Waris Dirie a réellement existé, et c'est le livre de sa vie que Sherry Hormann a adapté. Des détails changent, mais la force de son histoire est bien là. L'existence de Waris pourrait ressembler à un conte de fée, celui de la petite fille du désert qui finit par faire la couverture de Vogue. C'est sans compter que les souffrances endurées ont été réelles, et que chaque moment de bonheur durement acquis bascule aussitôt à nouveau dans le cauchemar. La réalisatrice réussit à ne jamais laisser son scénario tomber dans la vulgarité d'un téléfilm jouant de clichés faciles, exercice auquel elle doit pourtant être bien plus habituée, ayant travaillé pour la télévision plutôt que pour le cinéma. Chaque victoire de Waris pourrait faire basculer l'histoire dans la bluette, ou la comédie à l'eau de rose. Mais l'intelligence du scénario est de montrer le dur chemin qui précède la réussite, et la brièveté du triomphe. A peine Waris a-t-elle échappé au mariage forcé qu'elle marche des jours, seuls, dans le désert; à peine a-t-elle atteint la ville que sa tante veut la chasser; elle met le pied sur le territoire britannique? C'est pour être enfermée dans la maison de son oncle où elle travaille comme une esclave sans jamais sortir. Elle va prendre l'avion qui l'emmènera sur les catwalk du monde? Elle n'aura même pas le temps de mettre le pied sur le tapis roulant qu'elle sera enfermée, pour défaut de visa. Rien n'est jamais acquis pour la jeune femme dont on peut penser qu'elle a la chance de son physique, l'opportunité de rencontrer par hasard un grand photographe, ou de se lier d'amitié avec Marylin, pas envieuse pour un sou. 


Toutes ces épreuves, succédant à la chance, qui précède de nouveaux déboires, ne sont là que dans le but ultime de renforcer le tout dernier message, le dernier et le seul, de Waris Dirie; celui qu'elle a été la première à évoquer publiquement, qu'elle a mis au devant de la scène politique mondiale et pour lequel elle a été nominée ambassadrice de l'ONU. Waris Dirie veut parler de l'excision, souhaite que le monde reconnaisse cette pratique comme une mutilation, et veut donner un autre sens à l'expression "être une femme". Et c'est grâce à tout son parcours précédemment montré, au terme d'une heure et demi où l'on évoque seulement sans s'y attarder la barbarie à laquelle Waris a été soumise petite fille, et qu'elle considère, au début, comme la norme, que le message prend sa vraie dimension. Tout au long du film, Waris est une femme mutilée, que l'on sait, mais qui vit avec ce sexe atrophié. On la voit avant tout SDF, puis top model, employée dans un fast-food, étudiante heureuse de s'intégrer et d'apprendre. Une fois que son personnage est dessiné clairement, lentement, avec ses blessures profondes et ses joies éphémères, alors qu'enfin elle a tout, il lui reste ce message. Et Waris raconte, en flash-back, le sang, la tradition, les jambes d'enfant écartées sur un rocher au milieu du désert, hurlant dans les bras de sa mère. Elle met les mots sur un un terme tabou, pas violemment mais crûment, et fait pleurer la journaliste qui voulait publier un conte de fée et se retrouve avec un sujet plus fort sous les doigts. Le spectateur aussi pleure, face à la violence physique, mais aussi en voyant cette femme, qui a continué son chemin, bravement, en ayant supporté les humiliations toute sa vie. Waris a rit et aimé, réussi; mais elle est également une survivante, qui aurait pu sans honte abandonner tout combat.


Le scénario est donc brillant, et servi par une mise en scène simple. Sans artifice de caméra, à la manière d'un téléfilm mais sans le côté vulgaire d'une image télévisée, les actes sont plus percutants que la réalisation. Pas de fioritures excessives, la joie comme le malheur sont sobres et efficaces. Liya Kebede excelle dans le rôle de Waris, touchante; Sally Hawkins, découverte notamment dans le rôle principal de Be Happy, exubérante et délurée, attachante. 


Fleur du désert mérite d'être vu, et l'excision de ne pas être considérée comme une pratique aujourd'hui oubliée. Le film est bouleversant.


Fleur du désert
de Sherry Hormann
avec Liya Kebede, Sally Hawkins, Timothy Spall,...
sortie française: 10 mars 2010

Wednesday, March 17, 2010

Les chèvres du Pentagone, de Grant Heslov

Un journaliste paumé, abandonné par sa femme, part en Irak dans l'espoir d'apparaître en martyr ou en héros aux yeux de son ex, et d'écrire un article. Il rencontre Lyn, soldat en mission secrète qui lui révèle l'existence, fantasque ou non, d'une unité spéciale de l'armée dotée de pouvoirs paranormaux.


Non-sens, humour grossier, si tant est que ce soit humoristique, personnages et situations improbables et scénario vulgaire, mal ficelé, film stupide.


Les chèvres du Pentagone
de Grant Heslov
avec Georges Clooney, Ewan McGregor, Jeff Bridges,...
sortie française: 10 mars 2010

Tuesday, March 16, 2010

Precious (based on the novel Push, by Sapphire), de Lee Daniels

Precious, seize ans, rêve d'un avenir meilleur que son présent. Mais comment espérer vivre vraiment, alors qu'elle a la peau noire, pèse plus de cent kilos, que l'école ne réussit pas à l'instruire, que sa mère la bat et qu'elle attend un deuxième enfant de son propre père? Precious possède tous ces désavantages et pourtant, une fois renvoyée de l'école car enceinte à nouveau, elle découvre une nouvelle manière d'apprendre et des gens prêts à l'aider et à l'aimer comme elle est.


L'histoire a beau conter comment Precious, son héroïne, sort de sa condition défavorable, le film n'est pas condescendant pour autant et n'épargne aucune humiliation à son personnage. Precious, avant toute chose, souffre, et, en voix off, exprime son envie d'autre chose, envie qu'elle sait être vaine. Ni son entourage, sa mère, jalouse d'elle, qui l'exploite, son père, qui la viole, et qu'on ne voit jamais autrement que via des flash-backs, ses professeurs à l'école, les services sociaux, rien, ni personne ne pourra effacer tous les affronts qu'elle a subi et continue à subir; non seulement à cause de son premier enfant, née mongolienne, mais aussi cause de son poids, éléphantesque, qui envahit l'écran à chaque pas.  La dureté des événements, qui aurait pu être trop insoutenable, est allégée par les visions de Precious, colorées, emplies de sons heureux et d'amour. Le retour à la réalité n'en est que plus dur, mais au moins a-t-elle eu ces instants de bonheur imaginé.


Les personnages secondaires, qu'elle rencontre à "l'école alternative", transportent aussi leurs bagages, trop lourds pour des jeunes filles qui n'ont pourtant pas encore tout à fait abandonné l'idée d'avoir un avenir. Toutes relativisent, solidaires, avec celle dont le poids d'un passé très court, est déjà plus pesant que les leurs réunis. L'amitié qui se noue entre ces filles un peu brutes est le plus touchant. Mariah Carey également, en assistante sociale dont on devine la vie stable, et l'envie réelle d'aider ceux qui n'ont pas eu ses privilèges, peut-être, est surprenante de sobriété et de sensibilité. Le grand atout de Precious réside dans cette galerie de personnages dont le passé, esquissé, reste à deviner. Ils entourent Precious de leurs expériences différentes et de leur réelle compassion, de tout ce sans quoi le trop-plein de malheurs du personnage principal paraîtrait irréel.


Dans la forme, le film est imparfait, la voix off, monocorde, de Precious, contestable, tout comme ces effarants passages en slow-motion qui exagèrent encore l'infortune de l'héroïne. Et pourtant, la légèreté que se permet la caméra fait s'envoler le film vers l'émotion.


Precious
de Lee Daniels
avec Gabourey Sidibe, Mo'Nique, Paula Patton,...
sortie française: 03 mars 2010

Monday, March 15, 2010

Achille et la tortue, de Takeshi Kitano

Machisu, tout petit, est encouragé à dessiner. Son père, mauvais amateur d'art, richissime, aperçoit un avenir en ses gribouillages. Sa famille ruinée, Machisu se retrouve chez son oncle, qui vit à la campagne, et qui ne voit en lui qu'un poids; son engouement pour le dessin n'est plus vraiment favorisé, mais Machisu, malgré les coups, continue. Jeune homme, il délaisse de temps en temps son travail pour s'arrêter au bord d'une route et faire des croquis. Malgré son inlassable coup de crayon, les amateurs d'art ne veulent pas de son travail, et Machisu fréquente alors pour la première fois une école, et ses étudiants qui l'entraînent dans leurs expérimentations. Marié, Machisu ne gagne cependant toujours pas sa vie avec ses oeuvres. Sa fille se prostitue pour faire vivre la famille, et sa femme le suit presque inlassablement dans ses excentricités visant à créer toujours des nouveautés.


Achille et la tortue est le troisième volet d'un triptyque plus ou moins autobiographique (avec Glory to the filmmaker! en 2008 et Takeshis' en 2006) de Takeshi Kitano, qui cherche, au travers de ces trois films, à réfléchir sur la condition d'artiste. Takeshi Kitano aime à mêler l'art et la science, et ouvre donc son film avec sur séquence animée qui explique le paradoxe de Zénon d'Elée, et pourquoi, sur une course de 100 mètres, le héros grec Achille n'a jamais réussi à rattraper la tortue qui partait avec un avantage de 90 mètres. Dans un graphisme simpliste, à l'image de toute une mise en scène extrêmement ordinaire, Takeshi Kitano s'amuse d'une anecdote qui résume tout son film; même si Achille s'acharne à courir encore et encore plus vite, il ne dépassera jamais la tortue. De la même manière, son héros continue à dessiner, à apprendre, à essayer, mais jamais il ne verra son labeur récompensé.



Que veut donc dire le réalisateur? Que l'artiste se doit, sans doute, ne pas se soucier de l'avis des autres; il doit créer, s'il en a le besoin incontrôlable, et peu importe que son talent ne soit pas reconnu. Malmené par les personnes qui l'entourent, par les événements de sa vie, Machisu ne se consacre qu'à sa passion. La mort surtout le poursuit, jusqu'au point où il éprouvera le désir de la devancer. Ce côté mortifère ponctue le film de cadavres tous plus absurdes les uns que les autres; son père se tuera aux côtés de son amante, geisha énorme au visage peinturluré de blanc; sa mère, femme fragile, sautera d'une falaise et son visage, à demi rouge de sang, sert alors de modèle au petit Machisu; son ami qui l'aide à surmonter les coups de son oncle se jette sous les roues du car qui l'emmène au loin; et bien d'autres... Très ironiquement, Machisu croise certaines de ses oeuvres exposées, et donc achetées, alors qu'il les avait délaissées et mises de côté, découragé par le retour négatif des amateurs d'art qui les commentaient. Faut-il penser que la persévérance aboutit tout de même à la reconnaissance? Il n'en est sans doute rien, car Machisu semble n'avoir réellement aucun talent, créant sans idée, et recopiant sans innover.


Le style de Kitano, absurde, parsemé d'humour incongru, est bien là. L'ensemble est cependant un peu barbant, sans doute à cause de la trop grande simplicité dans la mise en scène, qui rapproche l'oeuvre cinématographique d'un drame pour enfants. Deux heures, peut-être, sont de trop, pour montrer le trop plein créatif de Machisu de manière passionnante. Le personnage, taciturne, ne semble pas même comprendre pourquoi il dessine, à part pour gagner sa vie. Egoïste, il oublie ses comparses pour continuer à tenter d'approcher son rêve. Sans réflexion, il écoute et répond à un galeriste, fils d'un ancien client de son père, qui lui donne chaque fois une direction différente dans laquelle creuser. L'amour de sa femme, qui continue à croire en lui, et le soutient malgré ses délires excentriques, et le manque d'argent, est un des aspects positifs du film.


Le réalisateur exprime par-dessus tout son amour de la peinture, sa principale activité avec la réalisation, qui le rend célèbre à l'international, et l'écriture de sketchs pour la télévision, qui fait sa popularité au Japon. La peinture, c'est d'ailleurs le thème de l'exposition actuellement présentée à la Fondation Cartier, et dont Takeshi Kitano, aussi prolifique que son personnage, a lui-même supervisé l'installation. Légèrement déçue par le film, j'espère que l'exposition fera à nouveau de Takeshi Kitano (à mes yeux) un artiste génial.


Achille et la tortue
de Takeshi Kitano
avec: Takeshi Kitano, Kanako Higuchi, Yurei Yanagi,...
sortie française: 10 mars 2010

Friday, March 12, 2010

Shutter Island, de Martin Scorsese

Le marshal Teddy Daniels et son tout nouveau coéquipier, Chuck, sont envoyés sur Shutter Island afin d'enquêter sur la disparition d'une patiente. Shutter Island est un petit caillou bordé de falaises, et qui abrite un hôpital psychiatrique. Environ quarante patients, de dangereux criminels, sont soignés ici. Le principal psychiatre, et les malades eux-mêmes, semblent cacher des choses au marshal, et vouloir entraver son enquête. Les éléments aussi, la mer, le vent et la tempête, empêchent Teddy d'avancer. Il est, de plus, victime de terribles migraines durant lesquelles sa femme tant aimée lui paraît réelle. Et si Shutter Island l'avait attiré là pour l'entraîner au cœur d'un plus terrible secret que celui qu'il tente vainement de percer?


Malgré les mauvaises critiques, l'accueil froid des médias, et leurs nombreuses comparaisons au film de Roman Polanski, avec lequel il a pourtant peu de similarités, si ce n'est le thème de l'enfermement, Shutter Island et sa forme grandiloquente m'a mille fois plus emballée que A ghost writer. Très certainement, le film possède ses défauts, de trop nombreuses exagérations, un manque de sobriété. Mais cette image ampoulée, retravaillée, un brin kitsch, a son charme, ainsi assumée et exagérée.


La musique en ajoute des tonnes, à grands coups de cordes discordantes. A la manière d'un film  hitchcockien, elle souligne, voire même rend absurde la moindre tension. Et comme tension il y a, les violons hurlent à grands cris, à la limite du supportable, à en devenir risibles et indispensables à la fois. Les cadres et les décors sont également dans cette lignée esthétique, exagérant les dédales, jouant des extérieurs apocalyptiques et de la nature furieuse, tout en recomposant une lumière de studio ultra artificielle. Cela peut ne pas plaire, mais Martin Scorsese a le mérite d'aller jusqu'au fond des choses, et de tenir de bout en bout cette stylisation extrême.


Le montage est lui aussi audacieux, se permettant des shots extrêmement courts et des cuts rapides, tout comme des mouvements de caméra panotant de manière foudroyante.


Quant à l'histoire, elle se tient, malgré quelques longueurs une fois que le spectateur a percé son mystère et qu'il se soit assuré que le réalisateur s'est bien joué de sa crédulité. Leonardo DiCaprio tient son rôle avec justesse, même si le second rôle tenu par Mark Ruffalo le surpasse largement. Les incursions du personnage principal  dans sa propre imagination, qui finit par se confondre à la réalité, ses migraines à répétition, sa paranoïa aiguë sont autant d'éléments difficiles à interpréter avec retenue, mais l'acteur possède une certaine connivence avec Martin Scorsese qui l'a déjà dirigé dans Gangs of New York ou The Aviator, et sa performance est réussie.


Shutter Island est un excellent opus de Martin Scorsese; comme souvent avec ce genre de scénario, on a cependant plus envie de lire le livre - de Dennis Lehane - dont il est inspiré que de le voir une fois encore.


Shutter island
de Martin Scorsese
avec Leonardo DiCaprio, Mark Ruffalo, Ben Kingsley,...
sortie française: 24 février 2010

Monday, March 8, 2010

Oscars 2010 - le palmarès

Bon, finalement, je m'aperçois que j'avais vu pas mal des films nommés/primés. Et j'étais mauvaise langue, car c'est un petit budget/production indépendante. Cela dit, j'avais fait l'impasse sur Démineurs, qui rafle tous les prix. En cette Journée mondiale des femmes, c'est intéressant de voir une réalisatrice récompensée. Sandra Bullock a l'Oscar de la meilleure actrice, étonnant, mais je n'ai évidemment pas vu le film (pas encore sorti en France). J'ai drôlement hâte d'aller voir Precious, qui n'a finalement reçu que deux prix. Et cocorico, même sans récompense, au Prophète, et à l'animation française avec French Roast et Logorama, deux courts-métrages sélectionnés et le second primé. Avatar ne gagne que des Oscars "techniques", ce qu'il mérite largement.



Meilleur film
Démineurs de Kathryn Bigelow

Meilleur réalisateur
Kathryn Bigelow (Démineurs)

Meilleur acteur
Jeff Bridges - Crazy Heart

Meilleure actrice

Sandra Bullock - The Blind Side

Meilleur acteur dans un second rôle
Christoph Walz - Inglourious Basterds

Meilleur actrice dans un second rôle
Mo'Nique - Precious: Based on the Novel 'Push' by Sapphire

Meilleur scénario original 

Mark Boal - Démineurs

Meilleure adaptation
Geoffrey Fletcher - Precious

Meilleure photographie 

Mauro Fiore - Avatar

Meilleur montage
Démineurs


Meilleurs décors
Avatar - Rick Carter et Robert Stromberg, Kim Sinclair

Meilleurs costumes
Sandy Powell - Victoria : les jeunes années d'une reine

Meilleurs maquillage
Barney Burman, Mindy Hall et Joel Harlow - Star Trek

Meilleure musique
Michael Giacchino - Là-haut (Up)

Meilleure chanson
"The Weary Kind" - Crazy Heart

Meilleur son

Démineurs - Paul N.J. Ottosson et Ray Beckett

Meilleur montage sonore
Paul N.J. Ottosson - Démineurs

Meilleurs effets visuels 

Avatar - Joe Letteri, Stephen Rosenbaum, Richard Baneham et Andrew R. Jones

Meilleur film d'animation
Là-haut de Pete Docter

Meilleur film étranger
El secreto de sus ojos (Argentine)

Meilleur film documentaire
The Cove - La Baie de la honte (The Cove) de Louie Psihoyos

Meilleur court métrage
The New Tenants de Joachim Back

Meilleur court métrage d'animation
Logorama de H5

Meilleur court métrage documentaire
Music by prudence de Roger Ross Williams et Elinor Burkett

Sunday, March 7, 2010

The ghost writer, de Roman Polanski

Un nègre, littéralement traduit par "écrivain fantôme", se voit proposer un contrat juteux quoique difficile à tenir. Il doit reprendre, en quatre semaines seulement, le manuscrit que son prédécesseur, mort dans de mystérieuses conditions, lui a laissé sur les bras. Le livre en question étant les mémoires d'Adam Lang, ex 1er ministre britannique, son travail est placé sous la plus haute surveillance. Les évènements d'actualité discréditent la loyauté d'Adam Lang, et le "fantôme", non content de se retrouver coincé sur une île pour écrire, se retrouve en huis-clos au cœur même de la maison du politicien, histoire de ne pas se faire lyncher par les journalistes et les manifestants qui assiègent l'endroit.


The ghost writer est - de l'avis de tous, je n'innove pas -, un thriller politique. Le "fantôme" est un homme bien à l'écart de ce monde d'apparences et de mensonges, et se place de ce fait au même niveau qu'un spectateur lambda, qui découvre avec lui les arcanes d'un système. Et le monde décrit est parfaitement retors et machiavélique; les uns réussissent sus les feux des projecteurs, souriants et charmeurs, manipulés dans l'ombre par les autres, dissimulés sous le nom de conseillers. Qui, dans ces conditions, tire les ficelles et prend les décisions? Qui devrait être accusé, alors que les médias se déchaînent contre l'homme politique public? La CIA s'en mêle, alors que le "fantôme" chercher à démêler les papiers de son collègue décédé. Intrigué par cette mort, il découvre que le passé de son client recoupe l'affaire qui le tache dans le présent.


Si le côté politique de l'histoire est savamment orchestré, la partie thriller est moins brillante. Le "fantôme" réussit assez grossièrement à sauter de nœud en nœud, pour finalement expliquer le fin mot de l'histoire. De manière tout à fait subjective, je déteste radicalement que la technologie emplisse l'écran: un plan très serré sur un texto me fait hurler d'horreur; alors quand un GPS indique au héros la route à suivre pour remonter à la source du cadavre, ou lorsque des pages internet, de clic en clic, amènent la résolution de l'énigme, je décroche totalement. Les détails de l'enquête restent flous, les noms s'accumulent et finissent par se confondre, et les explications, malgré leur logique implacable, restent alambiquées.


La mise en scène est similaire, rigide et froide, désireuse de se montrer précise et chirurgicale, use néanmoins de procédés simplistes pour accentuer l'ambiance policière. La musique souligne volontairement l'idée de la machinerie en marche, et qui échappe au contrôle des personnages. Les décors de la résidence, ce bunker agrémenté de peintures immenses, en font trop dans l'idée de la prison luxueuse dans laquelle est retenu le "fantôme". Et si l'idée de cet homme sans nom qui fouine dans les détails de la vie de son client est passionnante, le spectateur a du mal à le suivre tout au long de ses investigations; pourquoi va-t-il si loin, lui qui n'a accepté le job que parce que son agent lui tenait la main pour signer le contrat? Toutes ces idées de réalisation pourraient fonctionner, si elles ne ronronnaient pas inlassablement au son d'un métronome, sans jamais de rupture rythmique.


Le personnage d'Olivia Williams, qui interprète la femme d'Adam Lang, est le seul réellement passionnant et suffisamment poignant, non seulement car elle cache, tout au long du film, une part de mystère et d'antipathie, mais aussi car l'actrice, que j'ai découverte dans la série Dollhouse, m'intrigue par son omniprésence ces derniers temps sur le grand écran (Une éducation, The ghost writer).


Je n'ai pas été emballée par The ghost writer, et aucun lien tracé entre la post-production achevée dans sa maison en Suisse, où il était assigné à résidence, et la situation du personnage principal ne donnera plus de rythme à ce film linéaire.


The ghost writer
de Roman Polanski
avec Ewan McGregor, Pierce Brosnan, Olivia Williams,...
sortie française: 3 mars 2010

Thursday, March 4, 2010

Liberté, de Tony Gatlif

Le petit Claude n'a plus ses parents, et s'est trouvé une nouvelle famille parmi une caravane de Roms. Taloche, gitan fou, s'attache au garçon. Les Roms, comme chaque année à l'époque des vendanges, s'installent dans un petit village français. Autour d'eux, Pierre Pentecôte, châtelain local, ne les accueille plus aussi chaleureusement qu'autrefois; Mademoiselle Lundi met son coeur de résistante au service de leur éducation; Théodore, vétérinaire et maire humaniste, les protège des colères des villageois hostiles et recueille le petit Claude. C'est la seconde Guerre Mondiale et les nazi refusent les voyages aux gitans, les sédentarisent, pour mieux les parquer.


Tony Gatlif a le don de dire mille choses, tout en étant avare de mots. L'amitié entre Taloche et Claude n'est qu'un fil rouge intense pour conter tout le reste. L'orphelin suggère la guerre et la mort; sans que le village ne soit directement touché par le conflit mondial, la peur est là, la collaboration et la résistance également. La colonie des Roms montre de manière plus directe la discrimination et la persécution dont ils sont la cible. Mais personne ne réussira à aliéner Taloche, innocent et fou, symbole de la liberté de tout un peuple. L'amour de la nature, de la vie, de la musique, la fraternité et les liens humains sont sublimés, opposés à l'horreur nazie. 


Une image, un son, un rythme et des couleurs; le réalisateur s'exprime à la manière d'un artiste tout-terrain. Le rythme de Liberté, plus encore que ses précédents films, semble-t-il, joue de la musique et des bruitages. Tout s'accorde a montage de l'image; une scène vive et rieuse introduit une séquence des plus sombres. Le cinéaste suggère, sans s'appesantir, avec cette maestria qui lui permet de jouer avec tous les outils de la mise en scène, et laisse le spectateur faire sa part de réflexion.


Tony Gatlif réussit, encore une fois, à renouveler son sujet et ses personnages favoris, tout en offrant une approche différente de la seconde Guerre Mondiale. Le réalisateur ne lasse jamais, et met toujours autant de passion, de fraîcheur et d'émotion à chaque nouvelle oeuvre. 


Liberté
de Tony Gatlif
avec Marc Lavoine, Marie-Jozée Croze, James Thiérrée,...
sortie française: 24 février 2010

Monday, March 1, 2010

Une éducation, de Lone Scherfig

1961, en Angleterre. Jenny a seize ans,  et met tout son talent au service de ses études. Ses parents, aimants quoique sévères, espèrent le meilleur pour elle, et la poussent à travailler toujours plus pour réussir à entrer l'année suivante à l'université d'Oxford. Jenny rencontre un homme de deux fois son âge, sort et s'amuse, et touche réellement du doigt la littérature, la peinture, la musique, et les arts qu'elle adore. Elle découvre Paris, elle qui rêve d'être française. A quoi bon les études et le travail, lorsqu'elle accède auprès de David à un avenir facile et plein de promesses?


Une éducation se rapproche par son propos de My fair lady. Jenny possède l'intelligence et le charme, mais n'a pas accès à un train de vie qui lui permettrait d'épanouir pleinement ses connaissances. Elle trouve en David, homme un peu bêta mais véritablement aimant, le pygmalion qui lui permet de se développer socialement. Jenny apprend alors, avec toute la fraîcheur de ses seize ans, et sans jamais perdre sa candeur, à se comporter dans un monde d'adulte qui la fait rêver, au-delà du monde conservateur dans lequel elle vit. Jamais, même lorsqu'elle perd sa virginité, Jenny ne semble se faire flouer. Son personnage possède cette force de caractère suffisamment mise en place par le scénario, pour toujours faire ses propres choix. Le spectateur ne peut la blâmer de se faire si joliment duper, par un homme, de plus, toujours charmant.


La grande force de la réalisatrice est de ne jamais mésestimer ses personnages, formidablement interprétés: Jenny ne pêche pas par trop d'innocence, non plus que par ambition, et jamais David ne semble malsain. Les personnages secondaires sont, eux aussi, définis avec brio; le couple d'amis que fréquentent Jenny et David sont assortis, et regardent d'un air peiné cette jeune fille prête à gâcher sa vie, sans jamais intervenir; et on comprend vite que la dureté des parents rétros de Jenny, dissimule un grand amour pour leur fille, et l'espoir d'un bel avenir pour elle.


Tout comme les personnages, le scénario est lui aussi extrêmement juste. Dans un monde qui se libère, une toute jeune fille, à la tête bien faite, rêve d'indépendance et y accède, tout en faisant connaissance avec l'amour. Le contexte historique la place à l'époque idéale, celle d'une émancipation féminine qui s'annonce. Adapté d'une autobiographie de la journaliste anglaise Lynn Barber, le film sonne juste et parfait reflet d'un monde en plein changement.


Une éducation est un film qui dépasse largement le statut de comédie dramatique initiatique et offre avec justesse une nomination aux Oscars à la jeune Carey Mulligan.


Une éducation
de Lone Scherfig
avec Peter Sarsgaard, Carey Mulligan, Alfred Molina,...
sortie française: 24 février 2010