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Wednesday, December 30, 2009

Le soliste, de Joe Wright

Steve est éditorialiste au Los Angeles Times. Séparé de sa femme, éditrice en chef du journal, il traverse une crise qui interroge son métier, son divorce, et à laquelle le journal, qui perd ses lecteurs, est aussi confronté. Cependant, Steve continue de s'attacher aux sujets de ses articles, et est spontanément attiré par un musicien qui joue sur deux cordes d'un violon en piteux état sous une statue de Beethoven. Le sans-abri connaît la musique, tient des propos décousus mais d'une indéniable poésie, et a passé deux années dans la prestigieuse université de Julliard. Steve s'attache à Nathaniel, comme sujet d'étude d'abord, et comme ami ensuite.




Steve Lopez a réellement existé et a tiré un livre de son aventure. Le réalisateur, Joe Wright, s'est permis des libertés par rapport au récit, comme de faire de son personnage un homme divorcé, mais a conservé cette incroyable relation entre deux hommes, l'un sain mais qui voit son monde dans une impasse, l'autre schizophrène et qui voit la beauté de son univers, et réussit à trouver la quiétude dans la musique. Joe Wright réussit à faire s'interroger son héros, et donc le spectateur, sur l'influence des individus les uns sur les autres. Peut-on, et doit-on forcer quelqu'un a rentrer dans une certaine norme, lorsque celui-ci ne semble pas le demander? Steve tente de sortir Nathaniel de la misère, mais se pose des questions sur la mission qu'il s'est assigné. Peut-être Nathaniel réussit-il à être heureux dans son monde imaginaire, et peut-être Steve, dans son désir de le confronter à la réalité, est-il poussé par la volonté de soulager sa conscience par une bonne action, plus que par une pure amitié. Bien entendu, la bonne morale conclue le film, et il se trouve que c'est Steve qui trouve le plus la tranquillité au contact de Nathaniel qui le contraire. La conclusion du film a beau être profondément honnête, cela n'enlève rien à sa force, et à l'extraordinaire histoire qui le tient.


Dans la forme, la réalisation est nettement plus osée que le scénario. Joe Wright filme une ville aux autoroutes tortueuses et aux recoins laids, peuplées de paumés, extraordinairement embellie par la photographie, comme observée du point de vue de Nathaniel. On plonge parfois sans transition dans un Los Angeles d'un autre âge, bruni, par les flahs-backs du jeune Nathaniel confronté à sa schizophrénie dès son enfance, dans une sombre cave qui lui tient lieu de chambre. La musique, évidemment omniprésente, et classique, permet au réalisateur d'entreprendre de grandes envolées lyriques, presque kitch si elles n'étaient pas si hardies, jusqu'à une ou deux minutes de flashs lumineux et colorés dans un écran totalement noir. Certains diront que c'est de la poésie et de l'audace, d'autres y verront une écœurante mise en scène soulignée par des orchestres trop virtuoses.


Pour ma part, j'y ai vu une grande sensibilité, et un quotidien des sans-abri montré sans fard, comme une Cour des Miracles moderne, avec même une petite ouverture vers l'ironie - à la suite de la générosité du maire... Sans non plus être un film extraordinaire, il possède la juste dose d'impertinence et de lyrisme pour transporter le spectateur.


Le soliste
de Joe Wright
avec Rovert Downey Jr., Jamie Foxx, Catherine Keener,...
sortie française: 23 décembre 2009

Saturday, December 26, 2009

Friday night lights

Encore une série ayant pour héros des adolescents dans une petite ville des Etats-Unis, et, plus cliché encore, des footballeurs et des pom-pom girls... Mais Friday night lights oublie de cadrer son image, prend le parti d'une caméra en mouvement, d'une photographie "réaliste", et montre la sueur et les dessous des matchs de football dans une petite ville du Texas. Lorsque la première saison démarre, le quaterback de l'équipe de football de Dillon voit sa vie basculer lors d'un match; il se blesse et est paralysé. Sa petite amie, Lyla, leader de l'équipe des pom-pom girls, tente de sauver leur couple; son meilleur pote, Tim, est déjà presque alcoolique; son coach, Eric, doit redresser l'équipe, privée de son meilleur joueur.


Je ne suis pas exactement fan de football, pas plus que de sport en général, et je ne connaissais rien aux règles du football américain en particulier. La série ne rend pas plus que ça accro à ce sport, dont, par ailleurs, je suis toujours incapable de comprendre les règles. Mais, peu importe; le jeu permet d'approcher les différents membres de l'équipe et leurs vies personnelles, toutes plus ou moins reliées au football, que les personnages s'y adonnent ou refusent de s'en préoccuper. La réalisation est à l'opposé des séries d'aujourd'hui, plutôt colorées et assez lisses, et alterne plans serrés, cuts rapides, et focales courtes. Ce choix est parfois perturbant, mais suffisamment radical pour qu'on le souligne. De même, les choix des sujets sont loin de la niaiserie qui entoure souvent les sujets d'adolescents. Le handicap du personnage principal de la première saison n'est pas un thème léger, et il est traité avec toute la dureté possible. La galerie de personnages qui évolue à ses côté est subtile et complète; tous les personnages ne se connaissent pas intimement, et n'ont pas forcément de rapports entre eux. Mais, dans la petite ville de Dillon, tout le monde se connaît au moins de vue.


Ayant vu les quatre saison diffusées à ce jour plus ou moins rapidement les unes à la suite des autres, j'ai aussi été séduite par leur diversité et leur continuité. Eric Taylor, coach de l'équipe de football de Dillon, est le fil rouge de ces saisons. Les étudiants, eux, font le choix de partir à l'université ou de rester dans leur ville; ils décident également de continuer le football, ou pas. La série sait intégrer avec finesse ces évolutions de la vie adolescentes, alors que d'autres séries, bien souvent conservent leurs héros éternellement jeunes et étudiants, pour perdurer dans le temps. Dans Friday night lights, certaines choses, comme la passion de toute une ville pour le football, sont immuables, chaque saison a ses problématiques et ses thèmes forts.


Sans connaître ni aimer le football américain, Friday night lights est réellement une série à voir, et qui donne même envie d'aller plus loin et de découvrir le film éponyme, réalisé par Peter Berg, et jamais distribué en France. Ce film est lui-même l'adaptation d'un livre de Buzz Bissinger, auteur et aussi scénariste de séries.


Friday night lights
avec Kyle Chandler, Connie Britton, Taylor Kitsch,...
saison 4 en cours de diffusion sur NBC (US)

edit: J'ajoute ceci, en venant de voir un épisode... C'est l'Amérique profonde qui est décrite, celle que n'importe quel européen aurait quittée en courant, brisé par un solide hug texan, celle avec des vaches dedans, des santiags, des chapeau de cow-boy, des celebrations au karaoké et des grands discours pleins de mots forts et ultra simples. De préférence édictés d'une voix brève et soutenus par le regard intense du coach Eric.

Un aspect cependant me dérange dans la série, c'est celui du rapport à la religion, pas oppressante, mais tout de même omniprésente. La foi des Américains est indéniable, et a donc sa place ici, mais j'ai personnellement toujours du mal à accepter un parti pris catholique aussi total. La famille se rend à l'église le dimanche, rencontre les autres fidèles, a une haute opinion du mariage et un sens des valeurs qui peut parfois paraître extrémiste. D'autres ont été touchés par cet aspect de la série, positivement ou pas?

Monday, December 21, 2009

Persécution, de Patrice Chéreau

Daniel vit de chantiers, gagnant son pain en travaillant dans des appartements, plutôt luxueux, qu'il rénove; souhaite arrêter, sans que l'on sache vraiment quels sont ses autres talents. Quand il rentre chez lui, c'est pour continuer à se vider de son énergie dans un immense espace vide qu'il retape et où il dort. Il est avec sa compagne depuis trois années, et souffre de son absence fréquente, car elle voyage beaucoup, pour son boulot. Mais ils ont décidé, à deux, de mener cette vie de couple, chacun dans son appartement. Des espaces, des décors, différents lieux de vie, voilà ce qui compose l'essentiel des pérégrinations de Daniel. Persécution est l'histoire de son amour avec Sonia, qui se dégrade, en même temps que Daniel est envahi dans son espace par un homme qui jure être fou de lui, et qui sait que Daniel finira par l'aimer en retour.




Daniel dans tout les plans, envahit l'écran de son énergie. Les coups qu'il porte aux murs des appartements ne le vident pas de cette tension permanente. Toujours à fleur de peau, son travail physique ne le libère pas de l'intensité de ses émotions. Pas une seule fois Daniel ne se relâche, que ce soit avec ses amis, ou même avec Sonia. Elle, elle est douce, calme, elle le canalise jusque dans son lit où enfin, un fou-rire avec elle le soulage. Mais aussitôt après, ses nerfs se tendent à nouveau, et il s'inquiète, s'interroge, inspecte. Son véritable ami semble-t-il est un homme qui a été brisé dans le passé, et qui vit avec ses blessures profondément ancrées en lui depuis des années. Il y a aussi Thomas, que Daniel présente comme son frère de cœur, et qui, pourtant, en trois ans, n'a jamais rencontré Sonia. L'énergie bouillonnante de Daniel est permanente, trop; son personnage est admirable de force et de sensibilité, mais, composé sur trop de failles, manque de nuances.



Le couple que Daniel forme avec la fragile Sonia a du mal à tenir, et oscille dès le début du film. On peut le comprendre, car c'est justement sa chute qui est racontée. Mais cette chute est trop inévitable, pour tenir réellement le spectateur par ses inexistantes racines. Celui qui est particulièrement fascinant, c'est le troisième personnage qui vient s'imposer dans la vie de Daniel, cet énergumène dont on ne sait pas s'il est réel ou s'il intervient comme le témoignage flagrant et imagé de la relation chancelante de Daniel et de Sonia. Il est le seul à accepter ses failles, à passer de la force à la faiblesse, à ressembler à un être humain, tout simplement, qui n'a pas la force suffisante de rester immuable. C'est le fou, interprété par Jean-Hugues Anglade, qui surgit de nulle part et s'introduit dans la vie de Daniel par toutes les fenêtres qui semblaient pourtant bien fermées.


Persécution est un film bavard, aux espaces anxiogènes, dans un Paris très proche de ce qu'il est vraiment. La force qu'il transmet est probablement trop intense et trop linéaire pour en faire un film incontournable, mais son étrangeté et sa réflexion sur les relations d'amour et de haine en font une curiosité appréciable.


Persécution
de Patrice Chéreau
avec Romain Duris, Charlotte Gainsbourg, Jean-Hugues Anglade,...
sortie française: 09 décembre 2009

Monday, December 14, 2009

Idée pour Noël: NoWatch TV, THE boutique!

NoWatch souhaite réunir les podcasts indépendants français, à la manière de Revision3 aux Etats-Unis. Pour le moment, trois émission, SCUDS, que je ne vous présenterais jamais assez, GeekInc et ZapCast. NoWatch lance sa boutique, et offre les frais de ports juste avant Noël, avec le code NWTNOEL (jusqu'au 17 décembre). Y'a du beau t-shirt de qualité, et de jeunes et talentueux dessinateurs collaborent en proposant des illustrations, pour porter haut les couleurs de NoWatch.


Sunday, December 13, 2009

La route, de John Hillcoat

L'homme marche sur la route, trainant un caddie plein de couvertures, de sacs plastiques, de vêtements éliminés. L'enfant qui l'accompagne est son fils, très jeune, né dans ce monde post-apocalyptique. Il n'a jamais connu une vie autre que celle-ci, dans le froid, sans nourriture, seuls, à se dissimuler aux rares autres survivants, qui font probablement partie des "méchants", cannibales pour continuer à errer. L'homme et l'enfant marchent, suivant leur chemin sur une carte déchirée, vers le sud et vers la côte.


Cette destination n'a pas réellement d'intérêt, autre que celui d'un espoir qu'ils savent vains. Le sud ne sera pas plus chaud, l'horizon ne sera pas moins gris, couvert de cendres, et les bandes cannibales rôderont toujours, et il faudra se protéger du froid et des autres. Viggo Mortensen tient à merveille son rôle de père, à la fois doux et fou d'amour pour son fils, en vie pour ne pas le laisser seul, et torturé par les souvenirs; celui de sa femme, de leurs maisons, de la chaleur du monde, avant. Son fils n'a pas connu cette époque si douce. Le rôle du père est de lui enseigner des valeurs, de lui montrer ses points de repères, pour qu'il reste, une fois que l'homme sera parti, un des "gentils". La vague d'espérance propagée par un père à son fils dans un univers qui ne montre pourtant pas le moindre coin de ciel bleu, est l'une des forces du film.


La construction du monde post-apocalyptique dans lequel l'enfant devra continuer, seul, sa vie, est parfaitement haineux, violent. Gris, sous tous ses ciels, même la nature devient un danger. Les hommes qui le peuplent sont les seuls animaux, et ne sont plus régis par aucune autre loi que celle de la survie à tout prix. Ces bêtes errantes que croisent l'homme et l'enfant sont parfaites d'horreur humaine et de violence sauvage. Dans ce contexte, l'enfant réussit à montrer de la compassion, à ressentir de l'amour pour les autres, alors que même son père, qui lui inculque ces valeurs, les oublie à force de paranoïa.


La route est donc un film plein de foi en l'humain, malgré ses décors torturés et la cruauté des rescapés. Cependant, l'image ne parvient pas à la hauteur des mots de Cormac McCarthy, qui a écrit le roman dont est tiré le film. L'image a beau être magnifique, la réalisation n'a pas su rendre le tranchant du phrasé de l'auteur, son aspect brut et l'avarice de dialogues. Quitte à en prendre plein la figure, mieux vaut donc lire le texte dépouillé de Cormac McCarthy.


La route
de John Hillcoat
avec Viggo Mortensen, Kodi Smit-McPhee, Guy Pearce,...
sortie française: 2 décembre 2009

Monday, December 7, 2009

The limits of control, de Jim Jarmush

Un homme, solitaire et sans nom, effectue des mouvements de taichi dans les toilettes d'un aéroport. Il transporte un grand sac de cuir, porte un costume bien coupé, rejoint deux autres mystérieuses personnes qui l'instruisent d'une mission. Cette mission le mène en Espagne, dans différentes villes dans lesquelles il couche dans des chambres calmes, attend avec deux expressos, servis dans deux tasses différentes, des interlocuteurs bavards qui lui transmettent des instructions codées qu'il avale une fois vues, dans de petites boites d'allumettes bleues ou rouges, avec le dessin d'un boxeur dessus.


La mission de l'homme est si secrète, qu'on n'apprend qu'à la toute fin ce qu'elle est réellement. Entre temps, il répète ses mouvements, ses poses, et croise des gens qui sont eux-mêmes tous semblables et tous différents. Ces intermédiaires qu'il rencontre ont chacun une histoire, une personnalité, un fantastique charisme fait d'étrangeté. Et chacun répète pourtant les mêmes gestes désinvoltes, naturels et terriblement redondants, prononce les mêmes phrases avec des voix qui ne sont pas les mêmes. Le film de Jim Jarmush est basé sur ces répétitions incessantes, qui frôlent l'ironie et font frémir les nerfs. La finalité de l'homme apparaît peu à peu, à force de redites, sans que lui-même ne dise un seul mot. Il est tout regard et concentration sur ces personnalités surréalistes qu'il croise. Les regards, notamment ceux, expressifs, profonds, du comédien principal Isaach de Bankolé, sont mis en valeur et sublimés par l'absence de dialogue de son personnage. La tension du spectateur est mise à rude épreuve, par le minimalisme des informations qui sont mises en sa possession.


Si le-dit spectateur sait suivre les cheminements vicieux de la caméra de Jim Jarmush, il apprécie alors ses cadres de dédales, ses décors enchevêtrés et son incroyable capacité rendre toute image passionnante. Il n'est pas un cadre qui ne soit complexe, tout en étant d'une évidence remarquable. jim Jarmush joue de tout, d'un escalier avec une rampe de cuir, des fenêtres, des intérieurs et des extérieurs, des matières, des éléments du décor, des personnages mêmes, pour créer des cadres dans ses cadres. La musique, évidemment, impose le rythme maîtrisé du film. Ni trop présente, ni absente, elle s'immisce avec grâce et discrétion pour souligner la force des personnages.


Les personnages justement, sont interprétés par une galerie impressionnante de "tronches" de cinéma. Isaach de Bankolé bein entendu, y tient la part belle, avec son visage ciselé et son regard éloquent. Mais on croise dans tous les seconds rôles des yeux au moins aussi parlants, et des personnages bavards à la limite de l'absurdité; Bill Murray notamment, tient avec panache son rôle, discoureur avec désespoir, indigne et pathétique.


Jim Jarmush est, comme à son habitude, surprenant et génial avec ce film indescriptible, lent et étrange.


The limits of control
de Jim Jarmush
avec Isaach de Bankolé, Alex Descas, Jean-François Stévenin
sortie française: 2 décembre 2009

Saturday, December 5, 2009

Samson et Delilah, de Warwick Thornton

Samson et Delilah vivent dans une région désertique du centre de l'Australie. Le village aborigène dans lequel ils vivent n'offre ni perspective ni animation. Les jours sont tous les mêmes; Samson se réveille au son du groupe de son frère, qui joue à longueur de journée la même mélodie lancinante, il plonge le nez dans une vieille conserve contenant une substance qui lui permet d'oublier la monotonie de son existence, il traîne ses pieds dans la poussière toute la journée, observant de loin Delilah. La jeune fille, elle, se lève pour forcer sa grand-mère à prendre ses médicaments, pose des taches de peinture sur une toile avec elle, pousse son fauteuil au centre de soin et la ramène, termine sa journée en écoutant de la musique traditionnelle, écoutée dans une voiture qui ne roule plus. Le frère de Samson le bat, et Samson décide de déménager son matelas chez Delilah, malgré les pierres qu'elle lui jette. La grand-mère de Delilah ne se réveille plus un matin, et la jeune fille, battue par les femmes du village qui l'accusent de négligence, part alors avec Samson vers une grande ville.


Les deux jeunes gens ne se parlent jamais, et il est difficile de croire à une réelle histoire d'amour. Samson et Delilah sont plutôt liés par un instinct de survie, le même sentiment d'abandon, et leur incapacité farouche à communiquer et à s'intégrer. Il est bien difficile de s'attacher à ces personnages sans histoire, qui ne suivent une route que par défaut et non par choix; ils ne sont pas acceptés dans la ville dans laquelle ils errent, et répondent par l'agressivité, sans tentative de dialogue. Leurs seuls outils de communication, ce sont les poignées de terre, voire les cailloux qu'ils se jettent.


Les routes qu'ils traversent ne sont pas plus accueillantes, juste monotones et terriblement poussiéreuses. Tout dans la réalisation en rajoute dans l'immobilité sociale de ces deux jeunes; les décors comme les situations et les personnages s'acharnent contre eux, et ils ne réagissent qu'en se refermant encore plus.


Caméra d'or à Cannes en 2009, il est difficile de comprendre que le choix se soit porté sur ce film complaisant et aussi hermétique.


Samson et Delilah
de Warwick Thornton
avec Rowan McNamara, Marissa Gibson, Mitjili Napanangka Gibson,...
sortie française: 25 novembre 2009

Wednesday, December 2, 2009

L'imaginarium du Dr Parnassus, de Terry Gilliam

Le Dr Parnassus est un homme joueur; son adversaire le plus redoutable est le Diable lui-même et leurs jeux absurdes ont mené le Dr Parnassus à vivre plus de mille ans, à connaître l'amour et de faire perdurer cet amour décédé par sa fille Valentina, portrait de sa mère. Toutes ces opportunités ne sont pas sans contreparties; Valentina approche de ses seize ans, et son père pourrait bien être obligé de la laisser aux mains du Diable lui-même à la date fatidique de son anniversaire. Évidemment, le Diable, plein de malice, envoie en la personne de Tony l'espoir d'une nouvelle chance pour le Dr Parnassus. Ce dernier pari est une collecte d'âmes, qui passent entre les mains du Diable ou retournent à la vie après être entrées dans le théâtre du Dr Parnassus; l'attraction de foire qu'il tire sur son chariot permet à celui qui passe de l'autre côté du miroir d'entrer dans son imaginaire et le met devant un choix, celui de la facilité ou celui de la réalité...


Il est bien difficile de résumer le dernier film de Terry Gilliam tant son écriture est proche de celle des surréalistes. Certains y verront une dérive, une incapacité à suivre un fil rouge, d'autres se laisseront emporter par l'imaginaire et un univers qui, suivant les sinuosités d'un esprit, est donc, par définition, subjectif et saute d'une image à une autre comme du coq à l'âne. Terry Gilliam a su jouer de ces incroyables entrelacs de chimères pour ne pas laisser sombrer son film à la mort de son acteur principal, Heath Ledger. Chaque fois que Tony passe de l'autre côté du miroir, c'est un autre acteur qui l'incarne, qui transforme Tony en un produit onirique. Et chacun des acteurs qui devient Tony, Johnny Depp, Jude Law, Colin Farrell enfin, sait respecter le jeu de Heath Ledger, reprendre son personnage sans écraser l'acteur. Chacun incarne une facette de Tony, personnage amnésique et menteur.


Le Dr Parnassus quant à lui, vieil homme alcoolique, qu'on sent avoir été déraisonnable et immodéré, est merveilleux de lassitude, de renoncement et de culpabilité pour avoir entraîné sa propre fille dans sa déchéance. Mais il regorge aussi d'éclairs d'espoir, d'amour pour sa fille et de perspectives positives pour sa fille Valentina. Le Diable, auquel il s'oppose, appelé ironiquement Mr Nick, est parfaitement interprété par Tom Waits, d'une nonchalance et d'un désabusement rares.


Il faut savoir se laisser envouter, pour saisir les fantaisies de Terry Gilliam, son décor de carton-pâte qu'il préfère à la surenchère d'effets spéciaux trop lisses. Son histoire est, comme ses paysages, un peu folle, démesurée surtout, à la hauteur du grand film qu'il souhaitait réaliser.


L'imaginarium du Dr Parnassus
de Terry Gilliam
avec Heath Ledger, Lily Cole, Christopher Plummer,...
sortie française: 11 novembre 2009

Thursday, November 26, 2009

Rapt, de Lucas Belvaux

Rapt s'inspire de l'enlèvement du Baron Empain, patron belge, en 1978, en transposant néanmoins l'affaire aujourd'hui, et à Paris. De toute manière, un kidnapping d'un homme d'affaire pourrait ressembler à une autre. Stanislas Graff est violemment sorti de sa voiture et emmené par un groupe d'hommes cagoulés dans une cave d'où il ne sortira que pour être enfermé ailleurs, sans jamais voir la lumière du jour. Il attend, tandis qu'à l'air libre, sa femme, ses filles, voient s'étaler sa vie cachée dans les journaux, ses maîtresses, ses pertes au poker. Payer, faire intervenir la police, la femme de Stanislas Graff est pressée d'agir.


Stanislas Graff accepte tout, se soumet et laisse sa dignité de côté, dans les sous-sols où on le jette, où on l'enchaîne. Cet homme arrogant, habitué au pouvoir et à l'argent, connaît une déchéance physique et morale, subit les cris et les insultes, supporte de porter quasiment en permanence un masque sur ses yeux, pour ne jamais risquer de distinguer les traits de ses bourreaux. Il sortira finalement de sa captivité, et reprend rapidement ses grands airs. Mais sa vie n'est plus la même, car tout son entourage a découvert, probablement exagéré de mille fois, ses excès et sa suffisance.


Cette partie du film, du retour à la vie "normale", mise en avant dans les nombreux résumés et les critiques de Rapt, n'est pas l'essentielle. Le film semble osciller entre les deux idées, celle d'une captivité impitoyable, et celle d'une réappropriation de son entourage social, familial, et géographique, sans jamais réussir à décrire l'une d'entre elles avec assez de force. Yvan Attal sauve le film par une performance d'acteur subtile, réussissant l'exploit de montrer en peu de plans ce qu'il se passe à l'intérieur même du cerveau de son personnage. Après son retour, c'est un homme qui reprend rapidement ses forces que voient d'un œil suspicieux les autres. C'est un homme seul, brisé, se dissimulant derrières des apparences, qu'Yvan Attal interprète.


Le reste des personnages, comme des acteurs, n'arrive pas à sa cheville. La volonté du réalisateur sans doute, de ne pas faire dans la surenchère, de larmes et de souffrance, enlève toute chaleur à sa mise en scène et à sa direction d'acteurs. Les phrases sont débitées froidement, les cadres sont formels, et la gué-guerre qui oppose les forces de la police à l'avocat de la famille, les premiers voulant intervenir, le second répondre au souhait de la famille de payer sans discuter, n'a pas la force qu'il faudrait. Tout ce qui éloigne le spectateur du milieu de l'incarcération de Stanislas Graff semble superflu et fade.


Yvan Attal est bluffant dans ce film, qui n'a néanmoins d'autre intérêt que son acteur principal.


Rapt
de Lucas Belvaux
avec: Yvan Attal, Anne Consigny, André Marcon,...
sortie française: 18 novembre 2009

Wednesday, November 25, 2009

In the loop, d'Armando Iannucci

L'invasion de l'Irak, la coalition anglo-américaine dans ce conflit? Tout serait parti d'une interview de Simon Foster, Secrétaire d'Etat britannique au développement international, au cours de laquelle l'emploi malheureux du terme "imprévisible" aurait provoqué la panique en Angleterre et aux Etats-Unis, avant un vote décisif de l'ONU. C'est le jour suivant cette interviw que Toby débarque dans les bureaux de Simon Foster, pour être son nouveau conseiller en communication. Il est directement confronté à Peter Capaldi, Directeur de la communication et de la stratégie.


Deux camps s'empoignent, pacifistes et pro-guerres, dans cette comédie anglaise adaptée d'une série de la BBC - The thick of it - pour le grand écran. L'humour réside dans les quiproquos, les maladresses et l'ambition affichée de chacun, marchant sur les plates-bandes de son voisin pour se faire bien voir ou pour être dans les réunions d'importance. Effarant et cruel jeu des politiques, devinant, fouinant, créant des alliances pour les défaire ensuite, par lâcheté ou par ambition. Le plus absurde est sans doute l'emballement des médias et des acteurs importants de la vie politique à un niveau mondial à partir d'une erreur, d'une bévue commise par un homme qui n'a pas le courage de revenir sur ses propos. Sans cesse, ces gaffes annoncent un peu plus une véritable guerre, à laquelle ceux qui la provoquent n'auront pas à participer.


Si l'histoire est romancée, notamment alors que l'on suit le jeune Toby, novice débarquant directement dans une crise intense, et tentant de s'en sortir en faisant plus d'erreurs encore, la base est bien réelle. Le réalisateur sait où il pose sa caméra, et l'image instable ressemble plus à un documentaire qu'à une fiction. La mise en scène est dynamique, le rythme soutenu et bavard, et les dialogues aiguisés, regorgeant d'insultes bien senties.


Parfaitement grinçant, informé, In the loop montre un échantillon de la politique dans un humour féroce.


In the loop
d'Armando Iannucci
avec James Gandolfini, Peter Capaldi, Steve Coogan,...
sortie française: 18 novembre 2009

Monday, November 23, 2009

Away we go, de Sam Mendès

Away we go débute d'une manière original, et qui montre en une seule et première scène l'amour et la complicité qui unissent Burt et Verona. Verona est enceinte et la présence des parents de Burt, qui habitent tout près, rassure le couple. Mais, au dîner qui devait célébrer cette belle nouvelle, une autre annonce inattendue tombe: les parents de Burt déménagent pour s'installer en Belgique, à quelques 5000 kilomètres de là. Plus rien ne les retenant dans leur petite province, Burt et Verona partent rendre visite à leurs amis et aux autres membres de leur famille, pour chercher l'endroit idéal où élever leurs enfants. Le road-trip qui démarre les emmènera aux Etats-Unis et au Canada, et leurs étapes sont autant d'anecdotes dans lesquelles des personnages détonants les entraînent.

 
Le film se présente sous la forme de scènettes; dans chacune d'entre elle, c'est un nouveau couple que découvrent Burt et Verona. Pleins d'optimisme, ils espèrent systématiquement avoir le coup de cœur pour les gens qu'ils apprennent à connaître, estimant que l'environnement futur de leur bébé dépend des gens qui le peuplent. Sam Mendès, le réalisateur, en profite pour dresser un portrait hilarant des différentes réactions du couple à la venue d'un enfant dans leur quotidien. Il y a les clichés faciles qui prêtent à rire, comme ce couple qui vit sans amour l'un pour l'autre ni pour leurs deux enfants, ou celui qui en montrent trop, comme ces illuminés qui prônent le contact physique permanent et bannissent la poussette comme un objet du diable... Il y a ceux, plus classiques, entourés d'enfants adoptés, un idéal affiché mais qui dissimule une blessure; ceux, séparés, qui voient s'effondrer leur famille.


Des rires et des thèmes plus sérieux s'intercalent, ponctués des réflexions de Verona et de Burt, qui se demandent bien à qui ils voudraient ressembler. Le ton est toujours léger même quand il est grave, et Sam Mendès a l'art de parler avec délicatesse des propres conflits familiaux de ses héros, de leur passé douloureux. Ses personnages principaux, malgré leur décalage total d'avec la société qui les entourent, leurs maladresses, leur côté adulescents qui apprennent à grandir, sont justes et pertinents; Burt notamment, malgré son air aérien et ses balourdises, réussit la performance de rester attachant et non lourdaud; Vera quant à elle, est l'équilibre entre la femme-enfant et l'adulte qui prend ses responsabilités.


Away we go est un de ces films impossible à qualifier d'un mot, un de ceux que je rangerais près de Eternal sunshine of the spotless mind, de Michel Gondry ou de  Garden State, de Zach Braff. Peuplés de personnages qui possèdent un brin de folie, une douce amertume compose la toile de fond, et un optimisme léger vient souffler sa bonne humeur derrière une musique joliment rock'n'roll indépendant.


Away we go
de Sam Mendès
avec John Krasinski, Maya Rudolph, Maggue Gyllenhaal,...
sortie française: 04 novembre 2009

Wednesday, November 18, 2009

Fellini, la grande parade

Une exposition au Jeu de Paume: Fellini, la grande parade, regorge d'images qui ont inspiré le réalisateur. En parallèle, évidemment, l'œuvre de Frederico Fellini répond à ces images, par des photos de tournage, des extraits de ses films, des interviews,... L'exposition s'organise sur deux étages, et on a besoin de deux grandes heures pour la parcourir en entier, s'arrêter devant chaque chose. Des projections viennent compléter cette galerie, ponctuant la lente progression du visiteur des éclats de rire d'Anita Ekberg.



Cette image est extraite du Livre des rêves tenu par Fellini. Il y notait, consciencieusement, les pensées étranges qui surgissaient de son sommeil, et les illustrait. On y retrouve beaucoup de femmes au seins proéminents, de couleurs primaires, et lui, de dos, le plus souvent, qui se dessinait comme s'il avait perpétuellement vingt ans.


Fellini, la grande parade
jusqu'au 17 janvier 2010

Sunday, November 15, 2009

Le ruban blanc, de Michael Haneke

Le Ruban blanc est à la fois un signe de pénitence et de pureté; deux enfants le portent, noué autour du bras ou dans les cheveux, punition imposée par leur père et qu'il garderont une bonne partie du film. Durant une année, le quotidien d'un village du nord de l'Allemagne est ponctué d'étranges phénomènes, une chute, qui aurait pu être mortelle, du médecin, la mort accidentelle d'une femme au travail, le fils arriéré de l'assistante du médecin battu, tout comme le petit garçon de la famille bourgeoise du patelin... Dans ce climat étrange, sans coupable, l'instituteur observe les évènements, ainsi que les enfants qui l'entourent chaque jour, et qui, malgré leur innocence apparente, sont toujours au plus près des drames.


Palme d'or au Festival de Cannes 2009, Le Ruban blanc vit sa récompense un peu controversé. Les choix extrêmes du réalisateur ne sont pas étrangers à la polémique. Il a tourné en noir et blanc cette histoire qui se déroule juste avant la Première Guerre Mondiale. L'austérité du sujet, de son cadre campagnard, est compensée par une caméra mobile et cependant discrète, effacée derrière ses personnages. La voix off du narrateur, qui est l'instituteur du village, participe à une narration chronologique et elliptique des évènements, liant deux drames entre eux tandis que le scénario efface les semaines de calme. Le film peut ainsi paraître difficile d'accès; il n'en est rien, car les personnages réussissent à toucher les spectateurs.


Il y a les enfants, évidemment, au visage pur et doux, à l'innocence renforcée par des costumes sages, des nœuds dans les cheveux, des taches de rousseurs et des oreilles décollées. Le malaise qu'ils font naître ne grandit que plus vite. Fonctionnant en groupe, emmenés par un leader, ils font régner leur justice en étant convaincus de leur bon droit. Leur cruauté ne serait rien sans les adultes, dont l'éducation rigoureuse les élèvent vers la barbarie. Les histoires intimes de ces grandes personnes, qui prêchent la vertu tout en trompant leurs femmes, et en battant ou humiliant leurs enfants pour les aider à grandir dans la droiture, sont également ironiquement contradictoires.


A la fois sobre et simple dans sa mise en scène, Le Ruban blanc expose avec maîtrise la lente dérive vers un absolutisme né de la répression.


Le Ruban blanc
de Michael Haneke
avec Christian Friedel, Ernst Jacobi, Leonie Benesch,...
sortie française: 21 octobre 2009

Tuesday, November 10, 2009

Les herbes folles, d'Alain Resnais

Un portefeuille trouvé par terre, et voilà Georges qui s'imagine la vie et le caractère d'une inconnue. Hanté par elle, sans la connaître, il tente de l'appeler et finit, paranoïaque, par déposer l'objet au poste de police. Marguerite, bien évidemment, appellera la bonne âme qui lui a permis de retrouver tous ses papiers. Et c'est le début d'un chassé-croisé incessant; lui désire la rencontrer, elle n'en voit pas l'intérêt; il s'obstine, elle s'en veut de ne pas lui répondre, mais a tout de même peur de ce harcèlement. Ils finissent par se voir, et c'est elle qui vient vers lui alors, qui tient à le découvrir vraiment. Une histoire d'amour, ou d'attirance un peu tordue, jamais réciproque au même moment, les lie.


Le scénario est tiré d'un livre de Christian Gailly, et Edouard Baer tient le rôle du narrateur, suivant l'histoire d'un oeil omniprésent; mais ses interventions, brillament interprétées, ne sont jamais pesantes, et sa voix off est un perpétuel délice. La voix off est par ailleurs utlisée tout au long du film, par les personnages eux-mêmes. Rares sont les fois où on les voit en direct se répondre l'un à l'autre. Leurs pensées sont exprimées, apparaissant par un procédé désuet dans une bulle à côté d'eux, et expliquées à voix haute, comme s'ils réfléchissaient tout haut. Le téléphone, premier moyen de contact entre nos deux héros, offre aussi la possibilité d'entendre une voix sans que l'on expose celui qui s'exprime, en mettant l'accent sur le destinataire des paroles et ses réactions. Dans une scène réunissant la famille de Georges, ce procédé est également utilisé; la caméra balaye la table, et le temps qui s'écoule est ponctué de phrases banales, offrant un panorama significatif des liens qui unissent les personnages.


Le couple maintes fois porté à l'écran par Alain Resnais montre ainsi son étrangeté. Chacun des personnages possède cette vie, simple, bien rangée, pleine d'habitudes, qu'un évènement banal, mais inattendu, vient bouleverser dans des proportions surdimensionnées. Apparaissent alors leurs failles, immenses, cachées auparavant derrière une apparence bien sage. Qu'est-ce qui hante ainsi l'esprit de Georges, pour qu'il se change d'un bon père de famille en un psychopathe extravagant? Que peut imaginer Marguerite pour répondre aux appels de cet homme qui lui fait peur, et la fascine également?


La galerie de personnages qui les entoure possède comme eux ce mélange d'ordinaire et de douce folie. Les dialogues se répondent sans s'entendre, s'enchaînent et sont entrecoupés de silences, dans lesquels les regards remplacent les mots. Le titre original du livre, L'incident, ne plaisait pas à Alain Resnais. Il décide de faire de chaque personnalité une herbe folle, comme celles qui interviennent par moment en gros plan dans le film, ces plantes innocentes et qui pourtant, s'obstinent à sortir du bitume et à grandir où elle ne sont pourtant pas autorisées à pousser.



C'est un carcan dont se dégagent les personnages, tout en poésie, que montre Alain Resnais, une graine de folie à laquelle il donne la permission de s'épanouir.


Les herbes folles
d'Alain Resnais
avec Sabine Azéma, André Dussolier, Emmanuelle Devos,...
sortie française: 04 novembre 2009


ps: et l'affiche du film, n'est-elle pas juste merveilleuse?

Sunday, November 8, 2009

Carnet de voyage - Mali

En octobre 2009, j'ai passé dix jours au Mali, profitant d'avoir un point d'attache à Bamako, où un ami travaille. J'ai bourlingué pendant une bonne semaine, avant de passer du temps dans la capitale, et de voir un peu plus Nicolas! Les premières vacances de ma vie de grande; depuis que je travaille, je n'ai pas réellement pris plus que quelques jours pour partir en escapade, en France et dans des lieux déjà connus. Auparavant, les voyages à l'étranger, c'était avec les parents, dans des hôtels plutôt sympa. Autant dire que deux toutes petites semaines, seule ou presque, avec un sac à dos et deux t-shirts dedans, dans un univers qui diffère en tout de ma vie parisienne, c'était une première mémorable. Cliquez ici pour voir les photos et lire mon carnet de voyage.

Saturday, November 7, 2009

La rentrée des séries #5

V était la dernière série, remake d'une production devenue classique parmi les classique, dont j'attendais la sortie avec une certaine impatience. N'ayant pas vu le premier jet datant de 1984 - ce sera corrigé bientôt -, je ne pourrai évidemment pas faire la comparaison avec cette nouvelle production. L'épisode pilote de cette dernière montre des vaisseaux extra-terrestres prenant place au-dessus des principales capitales mondiales terriennes. La population, évidemment, s'affole, mais un visage féminin d'une grande beauté, se présentant comme le grand chef extra-terrestre, rassure la Terre avec un discours pacifiste, exprimant la nécessité d'un simple ravitaillement en carburant et le bonheur de rencontrer les humains. Evidemment, il y a anguille sous roche, et ces Visiteurs de l'espace ne sont pas vraiment ce qu'ils semblent être.



La série se déroule à New York, et suit plusieurs personnages, représentant les différentes réactions à l'égard de cette intrusion. Erica Evans, membre du FBI, doute de la pureté des intentions des visiteurs; elle trouve un écho à ses pensées en la personne du Père Jack Lowery. Le fils d'Erica, lui, se montre fasciné par la beauté et la technologie que proposent de mettre à disposition les V. Un journaliste ambitieux, qui a tapé dans l'œil d'Anna, la chef V, tente d'en profiter pour booster sa carrière. Ryan, un homme d'affaire amoureux fou, se voit obligé de prendre ses distances avec celle qu'il veut demander en mariage, pour ne pas révéler sa véritable identité.


Le schéma est donc classique, les personnages se croisent et leurs points de vues divergents offrent une perspective assez large des Visiteurs. Le rythme des révélations et des découvertes est une machine bien huilée, le découpage habituel et dynamique, sautant d'un personnage à l'autre à une cadence régulière. Côté scénario, rien de nouveau dans la science-fiction. Les extra-terrestres débarquent avec une merveilleuse technologie, des pommes qui volent et des traitements pour vivre presque éternellement. Rien de plus geek que cela, pas d'explication quant au point de départ des Visiteurs, ni leurs noms ni leurs coutumes, calquées sur les mœurs terriennes. Bien entendu, les beaux Visiteurs sont quand même des extra-terrestres, identifiables par leur couleur verte sous leur déguisement humain.


La première série de 1984 a connu un large succès par sa représentation d'un régime fasciste et d'une guerre de résistance qui se mit en place pour le contrer. Les références sont moins évidentes dans ce premier épisode de la nouvelle série. L'univers des V, avec leur technologie avancée, est représentée de manière assez banale. Flash Forward, dans le genre SF et construction qui entrecroise les personnages et leurs vécus différents vis-à-vis de la même situation, se présente comparativement comme une bien meilleure série pour le moment.


V
avec Elizabeth Mitchell, Scott Wolf, Morris Chestnut,...
saison 1 depuis le 03 novembre 2009 sur ABC

Sunday, November 1, 2009

Micmacs à tire-larigot, de Jean-Pierre Jeunet

Je l'attendais depuis plusieurs mois... Et le voilà, le nouveau Jean-Pierre Jeunet. Dany Boon en est l'acteur principal, et interprète Bazil, un jeune homme qui a perdu son père, emporté par une mine provenant d'une grande fabrique française d'armes, et qui, des années plus tard, a lui-même reçu une balle perdue du fabricant adverse en plein dans le front. Depuis cette dernière aventure, il a perdu son boulot, son logement, et se retrouve à la rue. Bazil est récupéré par une bande de nus-pieds qui récupèrent et réparent tout ce dont les gens se débarrassent. Ainsi entouré, il fomente sa vengeance contre les deux PDG des entreprises qui l'ont l'une rendu orphelin et l'autre mis à la rue.



Le scénario attaque les fabricants d'armes et les ridiculise, avec légèreté et véhémence néanmoins. Alors, Jean-Pierre Jeunet aurait-il retrouvé son cynisme, si plaisant dans Delicatessen et La cité des enfants perdus? Ce n'est pas le cas, mais cependant, le réalisateur semble entamer un virage et virer de la ligne droite qu'il traçait depuis Le fabuleux destin d'Amélie Poulain. L'équilibre entre l'humour potache, la légèreté du ton, l'image usée et la pertinence du propos semble en voie d'être trouvée.


En voie seulement, car l'interprétation laisse à désirer; les dialogues sont certainement écrits avec brio, mais le ton sur lequel ils sont joués abuse d'innocence et s'appuie énormément sur la candeur un peu débile de la fine équipe entourant Bazil et Bazil lui-même. L'histoire d'amour qui se noue entre le héros et la femme-caoutchouc notamment tente de s'appuyer sur l'innocence et la pureté des personnages, et fait de cette intrigue secondaire un élément lourdaud qui vient entraver la compréhension globale de l'histoire.

L'image est reconnaissable entre mille, usée, jaunie, extrême dans ses cadrages au ras du sol ou en contre-plongée totale. Une douceur y est cependant décelable, elle apparait moins verdâtre, moins travaillée que dans les précédents films de Jean-Pierre Jeunet. L'histoire se déroule cette fois à une  époque contemporaine, et il semble inutile d'user d'un vieillissement inutile de l'image. La patine est moins extrême, moins écœurante, et correspond mieux au propos.


On sourit bien souvent, malgré qu'on ne soit pas totalement emportés par la verve intense qui caractérisait le duo Jeunet/Caro. Un pas est fait dans la bonne direction, celui de la critique acerbe, de la dénonciation sur un ton désinvolte.


Une dernière chose; Jean-Pierre Jeunet déclare en avoir assez de filmer Paris; mais il faut bien que j'avoue adorer reconnaître dans ses films tous les coins magnifiques de ma ville. Micmacs à tire-larigots regorge de coins astucieusement filmés, ces endroits où l'on passe en regardant ses pieds et qu'on manque souvent, à ne pas assez relever la tête et regarder devant soi. Je me demande souvent si Jean-Pierre Jeunet n'a pas fréquenté les mêmes quartiers que moi, tant je sais dès la première seconde l'endroit précis et l'heure auxquels il a placé sa caméra. C'est un bonheur de voir une ville si chérie.


Micmacs à tire-larigot
de Jean-Pierre Jeunet
avec Dany Boon, André Dussolier, Nicolas Marié,...
sortie française: 28 octobre 2009


Bonus: c'est quoi, notre problème, en France??


 

Saturday, October 31, 2009

Lucky Luke, de James Huth

Lucky Luke, tout le monde connaît; le héros de Morris et de Goscinny est adapté, à nouveau, au cinéma. On découvre ce qui a motivé l'enfant qu'il était à devenir et dévouer sa vie à la poursuite du crime, sans cependant jamais tirer directement au cœur des criminels. Le président Winston H. Jameson missionne le cowboy pour rétablir l'ordre à Daisy Town, ville dans laquelle Lucky Luke est né et a vu ses parents assassinés sous ses yeux, et dans laquelle le président souhaite faire passer la ligne de train qui reliera l'est à l'ouest de l'Amérique du Nord et qui l'aidera à renouveler son mandat présidentiel. Lucky Luke se voit donc confronté à l'origine de sa vocation, et remet en cause sa propre justice.


Plusieurs BDs sont à l'origine du scénario du film; c'est pourquoi on y retrouve Calamity James, Jesse James et Billy The Kid, que Lucky Luke croise, séparément, dans les dessins et sur le papier. C'est aussi l'occasion  pour le réalisateur de s'amuser avec des personnages historiques et de les croiser avec une autre légende, imaginaire. L'histoire du film voit aussi Lucky Luke tomber amoureux, chose qui n'arrive que peu dans les BDs - une seule fois, à mon souvenir, dans l'album La Fiancée de Lucky Luke. On mêle donc un peu d'action, des coups de feu, une bonne dose de romance, et on assaisonne le tout de flash-backs, voilà de quoi faire un film grand public. L'humour pince-sans-rire de la BD est également adapté, et Jean Dujardin, avec beaucoup de sérieux, enchaîne les blagues et les bons mots.


Sur ce dernier point, on ne peut nier que Jean Dujardin ne soit extrêmement doué. On découvre également Sylvie Testud, parfaite en garçon manqué qui rit des coups et les rend, avance la mâchoire et n'ose tenir tête à la féminité incarnée par Alexandra Lamy. Par contre, Daniel Prévost incarne un super-méchant ridiculement impersonnel, Melvil Poupaud et Michaël Youn des seconds rôles aux répliques plates.


Les nombreux clichés du film sont accentués par une mise en scène qui se veut allégorie de la case de bande dessinée, et par une image saturée de couleurs. La réalisation abonde de plans caricaturaux, s'amusant des stéréotypes des cowboys et de l'Ouest américain. Les cadres sur le large et vide désert, sur des silhouettes en contre-jour, ou les gros plans sur la tenue idéale du cowboy parfait remplissent les presque deux heures de film; ils sont redondants et s'enchaînent sans cohérence. La saturation des couleurs n'avantage en rien l'image, et tentent vainement d'embellir un scénario trop peu ordonné.


On s'ennuie dans la salle, malgré quelques rires, rares, qui surgissent à l'improviste. On a envie de retrouver la verve de Goscinny et le trait de Morris en rentrant chez soi, pour oublier la pauvreté d'un film qui avait pourtant toutes les chances de plaire.


Lucky Luke
de James Huth
avec Jean Dujardin, Daniel Prévost, Sylvie Testud
sortie française: 21 octobre 2009


En bonus, les petits bonheurs quotidiens:






Monday, October 26, 2009

La danse, le ballet de l'opéra de Paris, de Frederick Wiseman

Frederick Wiseman est un pionnier du documentaire; il a commencé avec Titicut Follies en 1967, où il pose sa caméra dans un hôpital psychiatrique. Son premier film de fiction, La dernière lettre, il ne le tourne qu'en 2002, et il y dépeint le génocide des juifs durant la deuxième guerre mondiale. Il s'est déjà intéressé au milieu de la danse avec Ballet, réalisé en 1995, qui plonge dans l'univers de l'American Ballet Theater. L'institution du Ballet de l'Opéra de Paris est bien différent, plus hiérarchisé. Il se montre fasciné par les dessous du bâtiment de l'Opéra Garnier, par la vue depuis son toit, et par les répétitions harassantes visant la perfection du moindre geste des danseurs et de leurs professeurs et chorégraphes.


Il me paraît important de noter que Frederick Wiseman n'en est pas exactement à son premier documentaire. C'est un choix que de ne pas faire intervenir de voix off descriptive, de ne pas non plus faire parler les protagonistes à la caméra. Il ne s'agit pas d'un témoignage, ni d'une recherche de faits répondant à une problématique. Frederick Wiseman s'insinue discrètement, et sa caméra est un œil, qui voit parfois de manière imparfaite, mais qui n'est jamais inquisitrice. D'où les longueurs de son film, qui aurait pu nécessiter quelques explications, ou du moins des titrages. Si l'on comprend facilement le cheminement, depuis le choix des danseurs aux répétitions, jusqu'aux représentations, ce qui le ponctue est parfois incongru; les transitions se font sur des plans fixes, photographiques, de couloirs vides, d'escaliers qui tournent, et de vues de Paris à toute heure. Ces derniers plans ont cependant ma bénédiction, car qui n'aurait pas pu être fasciné par les toits de la ville et ses rues grouillantes vus depuis un monument tel que l'Opéra Garnier?


Mais les interventions des costumiers, des balayeurs qui repassent l'endroit du décor et la salle de représentation, des fameuses ruches de l'Opéra, surviennent à des moments parfois inopportun. Lorsque l'on se concentre sur la danse et les relations entre les danseurs et leurs professeurs, l'accent est mis sur la dureté de l'exercice, sur la beauté de ces corps, cependant soumis et torturés, et qui ne dureront pas. Le film dans son ensemble apparaît décousu, mais se rattrape sur ces images d'un monde fascinant qui est celui des danseurs. Leur micro-société, hyper hiérarchisée, à la tête de laquelle règne Brigitte Lefèvre, directrice de l'Opéra de Paris, est un monde à la fois impitoyable et très doux. Car l'incroyable impression de facilité qui résulte du labeur fait presque oublier le travail de toute une vie qui est nécessaire pour y arriver.


La danse, le ballet de l'opéra de Paris
de Frederick Wiseman
avec Emilie Cozette, Aurélie Dupont, Dorothée Gilbert
sortie française: 7 octobre 2009

Thursday, October 22, 2009

Mademoiselle Chambon, de Stéphane Brizé

Mademoiselle Chambon est l'adaptation d'un récit d'Eric Holder. Elle est institutrice, et change de ville quasiment tous les ans; lorsque Véronique Chambon arrive dans cette petite ville de province, elle ne connaît donc personne et se consacre aux enfants qu'elle instruit en primaire, et rêve de violon. Jean la rencontre en allant chercher son fils à l'école alors que sa femme, alitée, ne peut s'en charger. Un lien se tisse, tout fin, entre l'institutrice et le maçon. Leur relation sera aussi délicate que le fil qui les relie.


Sandrine Kiberlain et Vincent Lindon ont vécu ensemble réellement, et ont même eu une petite fille; séparés, c'est la première fois qu'ils se retrouvent à jouer un couple à l'écran depuis. Mais ce ne sont vraiment pas les acteurs que l'on retrouve dans le film; on y voit une jeune femme frêle, seule, amoureuse de musique classique, instruite, sensible, et un homme ancré dans le sol de sa province, qui aime passer ses weekends en famille dans la nature, qui a du mal à aider son fils à faire ses devoirs, parle peu, et assouvit son désir de création par son métier très physique. On y voit donc une femme et un homme que tout oppose, mais qui restent inévitablement attirés l'un par l'autre.


On ne saurait apposer le terme de passion à leur attirance, qui n'a pas assez de sauvagerie; ni même le terme d'amour, car ce qui les relie est bien plus fragile que cela. Leur lien se fait dans leurs regards qui se croisent ou se détournent, dans les phrases banales qu'ils échangent sans savoir de quoi parler pour être connectés. Leurs vies divergent, leurs ambitions ne sont pas les mêmes, ils vont dans des directions différentes. Mais chaque cadre les maintient ensemble, fixe, les entourant de murs au-delà desquels ils se manquent.


Peu de dialogues, ou alors si banals, pas de mouvement brusque de la caméra, des décors simplissimes; Mademoiselle Chambon est un film épuré, sans fioriture à l'image de l'attirance entre deux êtres qu'il raconte. Le jeu de ses deux acteurs est parfait, simple aussi et d'une grande qualité. Aure Atika également, malgré un rôle secondaire, est bouleversante dans son rôle de la femme de Jean, compréhensive sans un mot, alors que son mari s'éloigne d'elle sans qu'elle ne puisse rien y changer.


Mademoiselle Chambon
de Stéphane Brizé
avec Sandrine Kiberlain, Vincent Lindon, Aure Atika
sortie française: 14 octobre 2009

Monday, October 19, 2009

La rentrée des séries #4

Elle commence à s'étaler un peu beaucoup dans le temps, cette rentrée des séries! Promis, c'est l'avant-dernier post et puis ensuite, on n'a qu'à se dire que l'année aura réellement commencé.



On commence avec une quatrième saison, celle de Brothers and sisters. J'en avais déjà parlé précédemment; les personnages m'avaient touchée, Calista Flockhart m'avait surprise, le scénario qui se permet des grands écarts entre les sujets et ses cibles m'avait enchantée.  Et bien, pour cette quatrième saison, c'est la même chose. On se recentre un peu sur le personnage principal, celui de Calista Flockhart, à bout, malade, et sur sa relation avec son politicien de mari. Autant dire que le climat n'est pas rose et la série m'arrache des larmes, ce qui prouve sa grande efficacité!




Ensuite, il y a Bored to death, qui me fait beaucoup rire, histoire de compenser. La série a été créée par Jonathan Ames et a pour personnage principal un jeune auteur du nom de... Jonathan Ames. Ce dernier a écrit un bon livre et, quitté par sa petite amie, se retrouve devant une nouvelle feuille blanche. N'arrivant pas à écrire, il dépose une petite annonce sur The Craigslist, où il vante ses mérites de détective amateur. Il est alors appelé au secours de quelques jolies jeunes filles, auxquelles il raconte ses déboires amoureux; Jonathan supporte et participe aussi aux excentricités de ses deux meilleurs amis, Ray Hueston, un auteur de comics qui se met en scène en héros bodybuildé, et George Christopher, un chef d'édition prétentieux et accro à l'herbe. Jonathan a la particularité de boire beaucoup, du vin blanc de préférence, et erre précédé de son grand nez dans les rues de Brooklyn.


La série est drôle, peuplée de ces personnages névrosés qui manient l'humour pince-sans-rire. Jonathan et Ray sont clairement à ranger du côté des pauvres types à qui pas grand chose ne réussit; George, malgré son succès professionnel, et son apparente facilité à séduire, a également le chic pour avoir l'air d'un looser insolent. Le générique de la série est aussi à ne pas manquer, jolie décomposition des caractères d'un livre de détective en une animation simple.


Brothers and sisters
avec Calista Flockhart, Rob Lowe, Matthew Rhys,...
saison 4 depuis septembre 2009 sur ABC

Bored to death
avec Jason Schwartzman, Zach Galifianakis, Ted Danson,...
saison 1 depuis septembre 2009 sur HBO

Wednesday, October 7, 2009

L'affaire Farewell, de Christian Carion - Mary and Max, d'Adam Elliot

Je n'ai pas un max de temps cette semaine - "not that anyone cares"... référence geek et récente! -, du coup, un seul post sur les deux derniers films que j'ai été voir au cinéma.


L'affaire Farewell pour commencer, se déroule à Moscou dans les années 80. Un jeune ingénieur français est pris dans les rouages  des services secrets internationaux, entraîné en cela par un colonel du KGB déçu par son pays et qui tient à participer au renversement du système mondial. Le scénario, tiré d'une histoire vraie, met en scène à la fois Reagan et Mitterrand. A la fois film d'espionnage, et film sur la famille et ses relations, Christian Carion n'hésite pas à mêler les genres. Le personnage d'Emir Kusturica, malgré son but très politisé, possède aussi une dimension très humaine, spirituelle, par son rêve d'un système neuf. La plongée au cœur des années 80, avec lunettes immenses et costumes marrons à gogo, est parfaite, tout comme la performance des deux acteurs qui tiennent le film, Guillaume Canet et Emir Kusturica. Mon avis sur ce film est donc plus que positif, notamment grâce au charisme de ses interprètes.


Mary and Max est le quatrième film réalisé en pâte à modeler par Adam Elliot. Ce long-métrage d'une heure et demi reprend dans ses grandes lignes l'histoire d'Harvie Krumpet, court-métrage ayant gagné le Academy Award for Animated Short Film en 2003. Harvie Krumpet parlait d'un homme atteint du syndrome de tourette et de ses difficultés à s'intégrer dans la vie sociale, malgré son optimisme inébranlable. Mary and Max suit la correspondance entre un homme de quarante ans atteint du syndrome d'Asperger et vivant à New York, et une petite fille de huit ans triste dans sa petite ville d'Australie, coincée entre un père ouvrier absent et une mère alcoolique. Le film comporte des longueurs, à cause d'une redondance certaine de plans sur l'un ou l'autre des personnages en train d'écrire son courrier, et aussi à une voix off quelque peu lancinante. Cependant, l'histoire de ces deux amis improbables est toute de même touchante et l'atmosphère grise et marron douloureuse mais finalement optimiste de ce film d'animation mérite le détour.


L'affaire Farewell
de Christian Carion
avec Emir Kusturica, Guillaume Canet,  Alexandra Maria Lara,...
sortie française: 23 septembre 2009


Mary and Max
de Adam Elliot
avec Toni Collette, Philip Seymour Hoffman, Eric Bana,...
sortie française: 30 septembre 2009

Tuesday, September 29, 2009

Le dernier pour la route, de Philippe Godeau

Hervé, patron d'une agence de presse, s'habille sans bruit, regarde sa femme, qui fait semblant de dormir, prend son sac et va au bistro. Un premier verre, puis un deuxième, avalés d'un trait. A la gare, il patiente devant un nouveau verre de vin, et passe le voyage dans le wagon-bar... Alcoolique, il a décidé de suivre une cure, et se retrouve isolé du monde, dans une clinique au milieu de la campagne, à devoir se coltiner un groupe d'autres alcooliques 24h/24 et leur parler. Son histoire est celle d'une rédemption, entrecoupée de flash-backs qui exposent l'enfer qu'il fuit.



Le scénario est tiré du livre autobiographique d'Hervé Chabanel, directeur de l'agence Capa et ancien journaliste grand reporter du Nouvel Observateur. Venant d'une histoire vraie, le film ne tombe jamais (trop) dans le pathos, ne ressemble jamais non plus à un sermon. On n'oublie pas non plus de se moquer légèrement des thérapies - Hervé dit se trouver dans une secte -, de l'ambiance de colonie de vacances dans laquelle ces grands adultes dépendants se retrouvent. François Cluzet interprète à merveille ce père de famille qui n'a plus le contrôle de sa vie, dont le départ fait du bien à sa femme, et dont le fils s'éloigne au fur et à mesure qu'il boit. L'acteur a parfois cet étrange débit de paroles, un peu haché, sans sentiment; il voit sa vie de l'extérieur, s'observe sans oser y prendre part, de peur, peut-être, d'en perdre à nouveau le contrôle.


Mélanie Thierry a également un rôle d'importance, celui d'une toute jeune fille qui fout sa vie en l'air, qui est attirée par la force un peu distante d'Hervé. Mais leur relation gardera une certaine pudeur, ne succombe jamais à la facilité d'un amour naissant, et reste dans une vérité à laquelle on peut croire, sans fantaisie et sans exagération. L'image, comme le scénario, est légèrement sur le fil, proche d'une ambiance de télévision, tout en restant du côté cinématographique. L'environnement campagnard, l'atmosphère de colonie de vacances pourraient faire pencher du mauvais côté de la balance. Mais la caméra n'est jamais lourdaude, le rythme reste le bon.


On pourrait faire un reportage du thème et de son scénario; mais Le dernier pour la route est réellement un vrai film de cinéma, qui enchante et transporte, et fait partager des sentiments.



Le dernier pour la route
de Philippe Godeau
avec Philippe Cluzet, Mélanie Thierry, Michel Vuillermoz,...
sortie française: 23 septembre 2009

Monday, September 28, 2009

La rentrée des séries #3

Pour cette fournée, deux nouvelles séries, et une deuxième saison. Malheureusement dans cette sélection pas grand chose à retenir, et une grosse déception; mais le début prometteur d'une série que les célèbres SCUDS ont évoqué dans l'une de leurs émissions rattrape tout le reste.




On commence avec Dollhouse, dont la première saison, redoutablement efficace, se finissait en beauté sur un épitaphe prometteur, déçoit avec le début de la deuxième saison. Dollhouse est le nom d'une organisation secrète qui permet à ceux qui peuvent en payer le prix de leur fournir un rendez-vous idéal, avec un être dont la personnalité a été fabriquée de toutes pièces et qui croit dur comme fer à son scénario. L'épisode 13, non diffusé, lançait l'idée d'une deuxième saison orientée vers la science-fiction, et dans un futur proche où l'ordre du monde aurait été radicalement bousculé par cette nouvelle technologie mise au point par Dollhouse. La deuxième saison semble revenir en arrière par rapport à cette excellente ouverture, et toute tentative de science-fiction anéantie. On retrouve notre principale "doll" reprenant son rôle et répondant à un rendez-vous commandé par un riche trafiquant d'armes. La seule variante par rapport à la première saison réside en des éléments mineurs déjà mis en place auparavant: Echo n'est pas systèmatiquement "remise à zéro" entre deux rendez-vous et souhaite retrouver sa réelle personnalité. Il est regrettable que la série abandonne l'idée d'un saut dans le futur, varie aussi peu dans sa deuxième saison, et se base sur un scénario qui peut paraître banal par rapport à l'épitaphe.


La suite avec Cougar Town, qui marque le retour sur les écrans de Courteney Cox. Elle y interprète une femme encore jeune, divorcée, qui vit avec son jeune fils de dix-sept ans. Elle désespère de voir les hommes de son âge se taper des jeunettes (notamment son voisin sexy, qu'elle finira probablement par se taper) et tente néanmoins de les imiter, aidée en cela par ses copines. Ces dernières sont comme elles des clichés bien cadrés, de la jeune femme sympathique mais célibataire à la quadragénaire coincée avec son mari bouseux à la maison. Courteney Cox est désastreuse à conserver ses mimiques de jeune pucelle, et n'est aidée en rien par les dialogues sans humour qui se veulent toucher juste sans y parvenir, ni par le montage "dynamique" qui transforme les trente minutes de l'épisode en longue bande-annonce.


La bonne nouvelle vient de Flash forward, qui plaira aux geeks scudeurs sans nul doute. La série se base sur l'idée suivante: fin 2009, un blackout de deux minutes et dix-sept secondes touche tous les habitants du monde. A la même seconde, la planète s'écroule, et voit pendant ce court coma son futur six mois plus tard. Un agent du F.B.I. se découvre en train de travailler, voire peut-être de résoudre ce mystère; sa femme se voit le tromper; son collègue ne voit rien, et projette sa mort dans moins de six mois. Un jeune homme, sur le point de se suicider lorsque le blackout survient, apprend que la vie est plus forte; un alcoolique repentant doute de sa capacité à résister à sa dépendance; un autre doute de la véritable mort de sa fille en Afghanistan. Tous ces gens ont leurs visions ou leurs vies liées. Une immense enquête, menée parle F.B.I. se met en place, recoupant tous les témoignages. Avec en plus le questionnement "voit-on le futur pour avoir une chance de le changer, ou est-il immuable?", l'aspect psychologique s'ajoute au mystère, et voici une excellente série, au rythme impeccable, qui débute.


Il y a encore quelques pépites, ou pas, qu'il me tarde de découvrir ces prochains jours, en attendant on peut ajouter aux séries déjà en cours, ou découvertes en ce début d'automne, la prometteuse Flash forward.




Dollhouse
avec Eliza Dushku, Harry J. Lennix, Fran Kranz,...
2ème saison depuis le 25 septembre 2009 sur FOX

Cougar Town
avec Courteney Cox, Christa Miller Lawrence, Brian Van Holt,...
1ère saison depuis le 23 septembre 2009 sur ABC

Flash forward
avec Joseph Fiennes, John Cho, Sonya Walger,...
1ère saison depuis le 24 septembre sur ABC

Sunday, September 27, 2009

The september issue, de R.J. Cutler

Le sujet peut paraître futile, mais un documentaire sur la rédaction d'un numéro du magazine Vogue montre la puissance d'une seule personne sur le monde financièrement démesuré de la haute couture. R.J. Cutler s'immisce dans les coulisses de la création d'un numéro plein d'enjeux de Vogue, et aussi et surtout, suit les pas d'Anna Wintour et tente de capter quelques confidences d'une femme qui apparaît froide et dure.



Sur une rédaction et sur le journalisme, il faut avouer qu'on n'apprend pas grand chose. Personne ne sortira enrichi d'un nouveau savoir sur le fonctionnement réel d'un magazine de mode de la séance. La plupart des réunions de toute l'équipe sont oubliées, et le réalisateur se penche plutôt sur les séquences qui montrent Anna Wintour traiter individuellement ses collaborateurs. L'accent est alors mis sur ses décisions, tranchées, radicales, et son manque total d'explications. Elle désigne sèchement une silhouette, qui est alors évincée, elle coupe d'un mot les propositions qu'on lui fait. Les séances d'interview qui ponctuent parfois le film la montrent toute autre, souriante et un peu déçue par le manque de reconnaissance de sa famille, et on voit se dessiner une enfance qui a marquée la femme qu'elle est devenue.


Anna Wintour reste un mystère, comme son magazine. Un mystère que le réalisateur enrobe dans un déluge fascinant de créations magnifiques, de séances photos au coût exorbitant, de défilés éblouissants, d'une présence et d'une demande angoissée de couturiers qui se plient aux remarques acérées d'une icône, d'une reine. Le film se penche en particulier sur les derniers jours avant le bouclage du magazine, où une série mode mettant en scène Sienna Miller s'avère décevante et bouscule alors tout l'équilibre du numéro de septembre. On insiste également sur la taille du magazine, qui finit par ressembler à un bottin téléphonique par son épaisseur, et quelques mots sont lâchés sur les sommes que Vogue brasse.


La véritable héroïne du film est Grace Coddington, creative director du magazine. Véritable artiste, pas uniquement amoureuse de mode, mais aussi d'images, de couleurs, de lumières et de lieux, elle s'enthousiasme pour une série de photos, souffre amèrement de les voir écartées de la publication, regrette qu'il soit nécessaire de mettre en avant des célébrités. Tour à tour pleine de chaleur et de joie en prévision d'une nouvelle séance photo, d'un voyage, puis aigre et déçue, seule dans son bureau, à cause d'une décision qui ne va pas en sa faveur, elle ressemble à un vieil oiseau qui volette d'une fleur éclose à une fleur fanée, sans se soucier de la vente du magazine.


Malgré les clichés véhiculés, le film plaira forcément aux fans de mode, quitte à déplaire aux passionnés de journalisme.





The september issue
de R.J. Cutler

avec Anna Wintour, Grace Coddington, Jean-Paul Gaultier,...

sortie française: 16 septembre 2009

Saturday, September 26, 2009

Fish Tank, d'Andrea Arnold

Dans sa banlieue, Mia, quatorze ans, respire mal. Ses amies la laissent tomber, sa mère ne sait s'occuper que d'elle-même, et Mia n'a aucune perspective d'avenir. Elle se retrouve peut-être un peu dans ce vieux cheval attaché à une corde, gardé par trois frères un peu gitans, qu'elle tente de délivrer vainement, au risque de se faire bousculer violemment par les garçons. Quand Connor, le nouveau petit ami de sa mère s'installe chez elles, elle voit en lui un bonheur fragile, qui ré-équilibre sa famille. Mais c'est sans compter pour son attirance pour lui, ni sur sa véritable vie à lui, dont il dissimule tout à sa famille de passage.



Mia danse, quelques pas de hip-hop maladroits mais plein de passion, dans un appartement délaissé en haut d'une tour de son quartier. C'est son défouloir, et sa seule réelle ambition. Par ces mouvements désordonnés passe toute sa fragilité, difficilement visible sous ses grands mots vulgaires quand elle répond à sa mère, sous son maquillage un peu lourd qui la vieillit, ses joggings amples qui cachent sa féminité, et sous sa brusquerie qui est la réponse à toute tentative d'approche. Par ce personnage sensible, la tradition d'un cinéma social anglais tombe à nouveau juste. Mia véhicule tous les malaises d'une adolescente typique, un peu paumée sans être extrême, fâchée mais pas totalement dépourvue d'espoir. L'entourent ses amies, fillettes dénudées qui jouent aux femmes fatales, sa mère, jeune femme qui refuse d'admettre ses responsabilités, son copain gitan, sans le sou mais pris d'une réelle affection pour elle; tous ces personnages secondaires forment le monde au sein duquel Mia se sent enfermée, dans lequel elle se voit s'enliser.


Et Connor, beau parti, amant efficace, simulacre de père qui pourrait sembler idéal, bouscule quelques données infimes dans cet univers. Le semblant de famille qui s'organise autour de lui durant un peu de temps a des airs de perfection, avec une mère plus heureuse et plus douce, une petite sœur toujours exubérante mais soumise à une domination masculine qui lui manquait. Quant à Mia, elle est irrésistiblement attirée par ce qu'il représente de l'homme idéal. Fatalement, elle revient à la réalité, au mensonge dans lequel elle grandit depuis toujours. Cependant, même si Connor détruit lui-même l'image de perfection qu'il a créé, il a aussi donné à Mia la force de s'échapper.


Fish Tank possède comme son personnage principal la fragilité d'un film ancré dans la culture d'un cinéma social à l'anglaise; mais sa construction impeccable et la justesse de ses interprètes font qu'il ne sombre jamais vers la caricature et Andrea Arnold s'en sort haut la main.





Fish tank
d'Andrea Arnold
avec Katie Jarvis, Kierston Wareing, Michael Fassbender,...
sortie française: 16 septembre 2009