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Tuesday, September 29, 2009

Le dernier pour la route, de Philippe Godeau

Hervé, patron d'une agence de presse, s'habille sans bruit, regarde sa femme, qui fait semblant de dormir, prend son sac et va au bistro. Un premier verre, puis un deuxième, avalés d'un trait. A la gare, il patiente devant un nouveau verre de vin, et passe le voyage dans le wagon-bar... Alcoolique, il a décidé de suivre une cure, et se retrouve isolé du monde, dans une clinique au milieu de la campagne, à devoir se coltiner un groupe d'autres alcooliques 24h/24 et leur parler. Son histoire est celle d'une rédemption, entrecoupée de flash-backs qui exposent l'enfer qu'il fuit.



Le scénario est tiré du livre autobiographique d'Hervé Chabanel, directeur de l'agence Capa et ancien journaliste grand reporter du Nouvel Observateur. Venant d'une histoire vraie, le film ne tombe jamais (trop) dans le pathos, ne ressemble jamais non plus à un sermon. On n'oublie pas non plus de se moquer légèrement des thérapies - Hervé dit se trouver dans une secte -, de l'ambiance de colonie de vacances dans laquelle ces grands adultes dépendants se retrouvent. François Cluzet interprète à merveille ce père de famille qui n'a plus le contrôle de sa vie, dont le départ fait du bien à sa femme, et dont le fils s'éloigne au fur et à mesure qu'il boit. L'acteur a parfois cet étrange débit de paroles, un peu haché, sans sentiment; il voit sa vie de l'extérieur, s'observe sans oser y prendre part, de peur, peut-être, d'en perdre à nouveau le contrôle.


Mélanie Thierry a également un rôle d'importance, celui d'une toute jeune fille qui fout sa vie en l'air, qui est attirée par la force un peu distante d'Hervé. Mais leur relation gardera une certaine pudeur, ne succombe jamais à la facilité d'un amour naissant, et reste dans une vérité à laquelle on peut croire, sans fantaisie et sans exagération. L'image, comme le scénario, est légèrement sur le fil, proche d'une ambiance de télévision, tout en restant du côté cinématographique. L'environnement campagnard, l'atmosphère de colonie de vacances pourraient faire pencher du mauvais côté de la balance. Mais la caméra n'est jamais lourdaude, le rythme reste le bon.


On pourrait faire un reportage du thème et de son scénario; mais Le dernier pour la route est réellement un vrai film de cinéma, qui enchante et transporte, et fait partager des sentiments.



Le dernier pour la route
de Philippe Godeau
avec Philippe Cluzet, Mélanie Thierry, Michel Vuillermoz,...
sortie française: 23 septembre 2009

Monday, September 28, 2009

La rentrée des séries #3

Pour cette fournée, deux nouvelles séries, et une deuxième saison. Malheureusement dans cette sélection pas grand chose à retenir, et une grosse déception; mais le début prometteur d'une série que les célèbres SCUDS ont évoqué dans l'une de leurs émissions rattrape tout le reste.




On commence avec Dollhouse, dont la première saison, redoutablement efficace, se finissait en beauté sur un épitaphe prometteur, déçoit avec le début de la deuxième saison. Dollhouse est le nom d'une organisation secrète qui permet à ceux qui peuvent en payer le prix de leur fournir un rendez-vous idéal, avec un être dont la personnalité a été fabriquée de toutes pièces et qui croit dur comme fer à son scénario. L'épisode 13, non diffusé, lançait l'idée d'une deuxième saison orientée vers la science-fiction, et dans un futur proche où l'ordre du monde aurait été radicalement bousculé par cette nouvelle technologie mise au point par Dollhouse. La deuxième saison semble revenir en arrière par rapport à cette excellente ouverture, et toute tentative de science-fiction anéantie. On retrouve notre principale "doll" reprenant son rôle et répondant à un rendez-vous commandé par un riche trafiquant d'armes. La seule variante par rapport à la première saison réside en des éléments mineurs déjà mis en place auparavant: Echo n'est pas systèmatiquement "remise à zéro" entre deux rendez-vous et souhaite retrouver sa réelle personnalité. Il est regrettable que la série abandonne l'idée d'un saut dans le futur, varie aussi peu dans sa deuxième saison, et se base sur un scénario qui peut paraître banal par rapport à l'épitaphe.


La suite avec Cougar Town, qui marque le retour sur les écrans de Courteney Cox. Elle y interprète une femme encore jeune, divorcée, qui vit avec son jeune fils de dix-sept ans. Elle désespère de voir les hommes de son âge se taper des jeunettes (notamment son voisin sexy, qu'elle finira probablement par se taper) et tente néanmoins de les imiter, aidée en cela par ses copines. Ces dernières sont comme elles des clichés bien cadrés, de la jeune femme sympathique mais célibataire à la quadragénaire coincée avec son mari bouseux à la maison. Courteney Cox est désastreuse à conserver ses mimiques de jeune pucelle, et n'est aidée en rien par les dialogues sans humour qui se veulent toucher juste sans y parvenir, ni par le montage "dynamique" qui transforme les trente minutes de l'épisode en longue bande-annonce.


La bonne nouvelle vient de Flash forward, qui plaira aux geeks scudeurs sans nul doute. La série se base sur l'idée suivante: fin 2009, un blackout de deux minutes et dix-sept secondes touche tous les habitants du monde. A la même seconde, la planète s'écroule, et voit pendant ce court coma son futur six mois plus tard. Un agent du F.B.I. se découvre en train de travailler, voire peut-être de résoudre ce mystère; sa femme se voit le tromper; son collègue ne voit rien, et projette sa mort dans moins de six mois. Un jeune homme, sur le point de se suicider lorsque le blackout survient, apprend que la vie est plus forte; un alcoolique repentant doute de sa capacité à résister à sa dépendance; un autre doute de la véritable mort de sa fille en Afghanistan. Tous ces gens ont leurs visions ou leurs vies liées. Une immense enquête, menée parle F.B.I. se met en place, recoupant tous les témoignages. Avec en plus le questionnement "voit-on le futur pour avoir une chance de le changer, ou est-il immuable?", l'aspect psychologique s'ajoute au mystère, et voici une excellente série, au rythme impeccable, qui débute.


Il y a encore quelques pépites, ou pas, qu'il me tarde de découvrir ces prochains jours, en attendant on peut ajouter aux séries déjà en cours, ou découvertes en ce début d'automne, la prometteuse Flash forward.




Dollhouse
avec Eliza Dushku, Harry J. Lennix, Fran Kranz,...
2ème saison depuis le 25 septembre 2009 sur FOX

Cougar Town
avec Courteney Cox, Christa Miller Lawrence, Brian Van Holt,...
1ère saison depuis le 23 septembre 2009 sur ABC

Flash forward
avec Joseph Fiennes, John Cho, Sonya Walger,...
1ère saison depuis le 24 septembre sur ABC

Sunday, September 27, 2009

The september issue, de R.J. Cutler

Le sujet peut paraître futile, mais un documentaire sur la rédaction d'un numéro du magazine Vogue montre la puissance d'une seule personne sur le monde financièrement démesuré de la haute couture. R.J. Cutler s'immisce dans les coulisses de la création d'un numéro plein d'enjeux de Vogue, et aussi et surtout, suit les pas d'Anna Wintour et tente de capter quelques confidences d'une femme qui apparaît froide et dure.



Sur une rédaction et sur le journalisme, il faut avouer qu'on n'apprend pas grand chose. Personne ne sortira enrichi d'un nouveau savoir sur le fonctionnement réel d'un magazine de mode de la séance. La plupart des réunions de toute l'équipe sont oubliées, et le réalisateur se penche plutôt sur les séquences qui montrent Anna Wintour traiter individuellement ses collaborateurs. L'accent est alors mis sur ses décisions, tranchées, radicales, et son manque total d'explications. Elle désigne sèchement une silhouette, qui est alors évincée, elle coupe d'un mot les propositions qu'on lui fait. Les séances d'interview qui ponctuent parfois le film la montrent toute autre, souriante et un peu déçue par le manque de reconnaissance de sa famille, et on voit se dessiner une enfance qui a marquée la femme qu'elle est devenue.


Anna Wintour reste un mystère, comme son magazine. Un mystère que le réalisateur enrobe dans un déluge fascinant de créations magnifiques, de séances photos au coût exorbitant, de défilés éblouissants, d'une présence et d'une demande angoissée de couturiers qui se plient aux remarques acérées d'une icône, d'une reine. Le film se penche en particulier sur les derniers jours avant le bouclage du magazine, où une série mode mettant en scène Sienna Miller s'avère décevante et bouscule alors tout l'équilibre du numéro de septembre. On insiste également sur la taille du magazine, qui finit par ressembler à un bottin téléphonique par son épaisseur, et quelques mots sont lâchés sur les sommes que Vogue brasse.


La véritable héroïne du film est Grace Coddington, creative director du magazine. Véritable artiste, pas uniquement amoureuse de mode, mais aussi d'images, de couleurs, de lumières et de lieux, elle s'enthousiasme pour une série de photos, souffre amèrement de les voir écartées de la publication, regrette qu'il soit nécessaire de mettre en avant des célébrités. Tour à tour pleine de chaleur et de joie en prévision d'une nouvelle séance photo, d'un voyage, puis aigre et déçue, seule dans son bureau, à cause d'une décision qui ne va pas en sa faveur, elle ressemble à un vieil oiseau qui volette d'une fleur éclose à une fleur fanée, sans se soucier de la vente du magazine.


Malgré les clichés véhiculés, le film plaira forcément aux fans de mode, quitte à déplaire aux passionnés de journalisme.





The september issue
de R.J. Cutler

avec Anna Wintour, Grace Coddington, Jean-Paul Gaultier,...

sortie française: 16 septembre 2009

Saturday, September 26, 2009

Fish Tank, d'Andrea Arnold

Dans sa banlieue, Mia, quatorze ans, respire mal. Ses amies la laissent tomber, sa mère ne sait s'occuper que d'elle-même, et Mia n'a aucune perspective d'avenir. Elle se retrouve peut-être un peu dans ce vieux cheval attaché à une corde, gardé par trois frères un peu gitans, qu'elle tente de délivrer vainement, au risque de se faire bousculer violemment par les garçons. Quand Connor, le nouveau petit ami de sa mère s'installe chez elles, elle voit en lui un bonheur fragile, qui ré-équilibre sa famille. Mais c'est sans compter pour son attirance pour lui, ni sur sa véritable vie à lui, dont il dissimule tout à sa famille de passage.



Mia danse, quelques pas de hip-hop maladroits mais plein de passion, dans un appartement délaissé en haut d'une tour de son quartier. C'est son défouloir, et sa seule réelle ambition. Par ces mouvements désordonnés passe toute sa fragilité, difficilement visible sous ses grands mots vulgaires quand elle répond à sa mère, sous son maquillage un peu lourd qui la vieillit, ses joggings amples qui cachent sa féminité, et sous sa brusquerie qui est la réponse à toute tentative d'approche. Par ce personnage sensible, la tradition d'un cinéma social anglais tombe à nouveau juste. Mia véhicule tous les malaises d'une adolescente typique, un peu paumée sans être extrême, fâchée mais pas totalement dépourvue d'espoir. L'entourent ses amies, fillettes dénudées qui jouent aux femmes fatales, sa mère, jeune femme qui refuse d'admettre ses responsabilités, son copain gitan, sans le sou mais pris d'une réelle affection pour elle; tous ces personnages secondaires forment le monde au sein duquel Mia se sent enfermée, dans lequel elle se voit s'enliser.


Et Connor, beau parti, amant efficace, simulacre de père qui pourrait sembler idéal, bouscule quelques données infimes dans cet univers. Le semblant de famille qui s'organise autour de lui durant un peu de temps a des airs de perfection, avec une mère plus heureuse et plus douce, une petite sœur toujours exubérante mais soumise à une domination masculine qui lui manquait. Quant à Mia, elle est irrésistiblement attirée par ce qu'il représente de l'homme idéal. Fatalement, elle revient à la réalité, au mensonge dans lequel elle grandit depuis toujours. Cependant, même si Connor détruit lui-même l'image de perfection qu'il a créé, il a aussi donné à Mia la force de s'échapper.


Fish Tank possède comme son personnage principal la fragilité d'un film ancré dans la culture d'un cinéma social à l'anglaise; mais sa construction impeccable et la justesse de ses interprètes font qu'il ne sombre jamais vers la caricature et Andrea Arnold s'en sort haut la main.





Fish tank
d'Andrea Arnold
avec Katie Jarvis, Kierston Wareing, Michael Fassbender,...
sortie française: 16 septembre 2009

Tuesday, September 22, 2009

La rentrée des séries #2

Après les premières découvertes, voici les saisons 05 et 03 de How I met your mother et The big bang theory. Pour ceux qui vraiment seraient encore passés à côté, un petit briefing s'impose.


How I met your mother suit les aventures de cinq amis, dont Ted, le narrateur, qui tente depuis quatre saisons maintenant, de raconter à sa progéniture la façon dont il a rencontré leur mère. Evidemment, il fallait tout reprendre depuis le début. Plus mature que Friends, avec des personnages un peu plus âgés et ayant chacun un travail, et une home sweet home bien à eux, How I met your mother crétinise légèrement l'âge adulte de façon jouissive. Les situations sont banales, les cadres ne varient pas beaucoup, mais les dialogues et un montage dynamique font de cette série une comédie hilarante.


The big bang theory se base sur le même concept d'un groupe d'amis, de lieux reconnaissables par leur récurrence et par des dialogues fuselés. Le côté "à la recherche de l'amour" est également là, mais contrecarré par la geekerie phénoménale de nos quatre héros. Truffé de références plus ou moins accessibles aux fans de Star Trek et autres, The big bang theory entame cet automne sa troisième saison.



Rien ne change vraiment dans ces nouvelles saisons. Ted amorce une nouvelle étape de sa carrière, et se rapproche, comme toujours, de la future mère de ses enfants; Barney et Robin ont toujours autant de mal à admettre leur relation; et Marshall et Lily forment toujours un couple parfait, et font office de figures parentales au sein du petit groupe. Du côté de The big bang theory, les personnages rentrent chez eux au bout de trois mois passés au Pôle Nord, hirsutes et abordant une toison velue sur leur tête. Malheureusement, seul Howard accorde une seconde vie à cette désopilante pilosité. On n'avance que peu également dans la narration, Penny et Leonard ébauchent une véritable liaison, mais le retour à la normale va peut-être être plus rapide que prévu... Des deux côtés, les rires enregistrés sont toujours présents, le dynamisme reste le credo principal, et les dialogues demeurent percutants.


On prend grand plaisir à se retrouver ainsi en terrain connu, et ces valeurs sûres peuvent être suivies avec toujours autant de bonheur.






How I met your mother
avec Josh Radnor, Neil Patrick Harris, Cobie Smulders,...

5ème saison depuis le 21 septembre sur CBS



The big bang theory

avec Johnny Galecki, Jim Parsons, Simon Helberg,...

3ème saison depuis le 21 septembre sur CBS



p.s. : Pour info, le deuxième épisode de Glee est toujours aussi pétillant; le second épisode de Vampire diaries range définitivement la série à la poubelle.

Thursday, September 17, 2009

A deriva

Filipa, l'été de ses quatorze ans, commence à basculer dans le monde adulte. A l'image d'une relation qui se déteriore entre ses parents, elle malmène son jeune amoureux. Le pauvre garçon ne sait pas qu'il est la réponse à un désespoir de jeune fille soumise à croissance, et qui quitte avec douleur l'âge de l'innocence. Elle découvre l'infidélité de son père, un romancier connu qu'elle aime et qu'elle admire, l'alcoolisme de sa mère, et fait ses propres expériences dans le domaine de l'amour.


Le sujet est banal, mais son traitement a le mérite d'être intéressant. S'attachant à filmer le cœur même d'une famille qui se décompose, ainsi qu'une relation père/fille intense et qui éclate en morceau, le réalisateur prouve une jolie sensibilité, loin des clichés brutaux et souvent violents qu'offrent parfois d'autres cinéastes sur cette période entre l'adolescence et l'âge adulte. Plus qu'une histoire de sexe et d'amour physique, ce sont les couples et le ciment qui les lie, difficile à casser, qui sont observés. Vincent Cassel incarne un père plus que crédible, absolument dévoué à ses enfants; son personnage, comparé à celui de sa femme, représente l'immaturité d'un homme qui se refuse à lâcher prise, malgré les signes apparents de son mariage qui se dégrade. La jeune Filipa, interprétée par Laura Neiva, est troublante de séduction enfantine, entre un jeu de jambe de femme et une moue têtue d'enfant triste.


Malheureusement, le réalisateur, Heitor Dhalia s'y laisse lui-même prendre. Il joue probablement trop de ce visage lisse, naïf et de ce corps jeune et sans pudeur. Le soleil du Brésil offre des couleurs éclatantes, au point de brûler la pellicule et de recouvrir toutes les images d'un voile orangé. La lumière, trop violente, embrase les yeux du spectateur qui regrette de ne pas avoir pris ses lunettes de soleil. Heitor Dhalia pêche par l'excès, et à trop vouloir poser ses personnages dans un cadre idyllique, en oublie son sujet.


A voir donc uniquement pour Vincent Cassel, qui ose prendre des risques dans ce premier film décevant.




A deriva
de Heitor Dhalia

avec Vincent Cassel, Laura Neiva, Debora Bloch

sortie française: 09 septembre 2009

Sunday, September 13, 2009

Cendres et sang, de Fanny Ardant

Judith est une femme forte, qui garde la tête haute. Mais ses trois enfants doivent se battre pour être respectés; ils vivent tous les quatre dans un petit appartement; et la vie n'est pas facile au milieu d'un voisinage hostile à la mère solitaire et à ses enfants étrangers. Judith ne veut pas revenir vers sa famille, torturée par des guerres de clans, pleine de batailles pour la fierté d'un nom et pour l'honneur d'une terre. Elle s'est exilée après l'assassinat de son mari, tué sous les yeux de ses enfants peut-être trop jeunes pour s'en souvenir précisément, mais qui gardent des séquelles de cette tragédie. Elle cède cependant à leur désir, et toute la famille se rend en Roumanie - quoique l'endroit ne soit jamais nommé... dans un pays de l'Est en tout cas - à l'occasion d'un mariage. Là-bas, les rites sont clairs et n'ont pas changé depuis le départ de Judith. Elle doit les respecter, et ses enfants doivent les apprendre rapidement. Car trois familles, aux terrains mitoyens, sautent sur le moindre faux pas pour régler leurs vieilles haines. Pashko, le vif, tête brûlée, ne résiste pas à répondre à la moindre provocation; Ismael, plus doux, se laisse entraîner par son frère; Mira, la petite dernière, sourde, et vivant dans son monde d'images rêvées, patine sans précaution sur des terrains glissants...




Fanny Ardant a travaillé son scénario avec Paolo Sorrentino, en se basant sur un roman d’Ismail Kadaré Eschyle ou le grand perdant. En ayant su ainsi s'entourer, son histoire touche à des choses fortes, au milieu de paysages ruraux, d'une terre qui porte les traces de sa sanglante histoire. Les secrets qui entourent ces familles, leurs traditions immuables, cette grand-mère au regard intraitable qui gère toute une famille d'une main de tyran, grand nombre d'éléments aident à fabriquer un contexte hors du commun. Ronit Elkabetz, actrice miroir à la réalisatrice avec sa voix rauque, son regard cerné de noir, sa grande force apparente et une éventuelle détresse sous-jacente, donne du crédit à la femme qu'elle incarne; Judith, refusant les intrigues familiales qui ont, jusqu'à son exil volontaire, dirigé sa vie, retourne vers les siens pour répondre à l'attraction sanguine qui attire ses enfants au plus près de leurs racines.


Fanny Ardant brise ainsi son image de femme bourgeoise, habituée aux grands appartement haussmaniens, pour se jeter dans une belle sauvagerie à l'opposé de tous les clichés qu'elle a incarnée dans sa carrière. Sa poésie est également palpable, dans les liens intenses qui unit Judith à ses enfants. C'est cette sensibilité qui fait faillir, aussi, la réalisatrice débutante. Si le scénario est fort, l'image est pleine de maladresses. Ces erreurs sont touchantes, car la volonté de faire du beau est là; mais la composition des cadres est parfois trop formelle, les personnages se pétrifiant au centre pour offrir les plus jolis clichés. Les personnages secondaires, plus naïfs que l'héroïne, semblent dirigés de manière un peu fade à côté de Ronit Elkabetz. Une course éperdue de chevaux furieux, se désirant tragique, en devient légèrement ridicule, par les clichés qu'elle utilise.


Si Cendres et sang n'est pas un film parfait, c'est certainement une jolie première, et qui a le mérite d'une sortie en toute discrétion malgré l'immense aura de sa réalisatrice.




Cendres et sang
de Fanny Ardant
avec Ronit Elkabetz, Abraham Belaga, Marc Ruchmann
sortie française: 09 septembre 2009



ps: quelqu'un sait pourquoi mon billet sur les séries de la rentrée a tout cassé ma mise en page?

Non ma fille, tu n'iras pas danser, de Christophe Honoré

Léna, séparée de Nigel, dont elle a la garde de leur deux enfants, cherche encore à retrouver un équilibre de femme et de mère depuis son divorce. Elle a quitté son travail à l'hôpital pour se consacrer à ses enfants, et sa famille s'inquiète de son absence de revenu et de cette focalisation intense sur sa progéniture. A l'occasion d'un départ de vacances des parents de Léna, toute la famille se réunit à la campagne. C'est le moment idéal pour tous ,de mettre à exécution un plan visant à séparer pour un temps Léna de ses enfants, et de la pousser à retrouver un travail. Frédérique, la soeur, est là avec son mari et leur petit garçon; Frédérique, enceinte, sent son mariage vaciller. Gulven, le frère, est là avec sa petite amie, une jeune fille qui semble comme son ami, vivre sur un nuage; Gulven profite de cette réunion familiale pour annoncer ses fiançailles. Anton et Augustine, les enfants de Léna, sont balloté au milieu de toutes ces histoires d'adultes. Annie et Michel, à la tête de toute l'assemblée, essaient de donner l'exemple d'un couple parfaitement uni avec les années...



Après sa "trilogie parisienne", Dans Paris, Les chansons d'amour et La belle personne, Christophe Honoré retourne vers sa Bretagne natale; il s'attaque à des relations plus mûres que celles, adolescentes, évoquées dans ses trois premiers films. Mais l'ambiance reste la même, avec une galerie de personnages tous réunis dans un même lieu, spacieux, mais où ils ne peuvent éviter de se croiser. Cela donne un joli méli-mélo de dialogues, qui, comme d'habitude chez Christophe Honoré, s'énoncent de manière un peu théâtrale, affectée, et dans le plus grand respect de la langue française. Pour cette petite tragédie qui se souhaite plus terre à terre que la trilogie parisienne, ça fait un peu tache. Et ces histoires que chacun déclame ne nous éclairent en rien sur les raisons du malaise de Léna.


Car Léna, qui est au centre du film, est incommensurablement triste, se cherche, hésite entre son rôle de mère, celui de femme libre, et celui d'une jeune fille romantique qui cherche à se lier à un homme pour la vie. Ses questionnements sont vains, elle ne trouve pas de réponse, et erre en pleurant un peu, en criant, mais pas trop fort, parfois. Cet égarement la pousse à marcher, hésitante, dans une direction, pour finalement s'orienter dans une autre, et ainsi de suite. Le film, comme son héroïne, piétine, sur place, et n'emmène le spectateur vers aucun extrême, le laissant flotter entre deux eaux, entre le bonheur et l'hystérie, tous deux effleurés, jamais franchement filmés.


Et c'est bien dommage que le scénario, trop faible, ne donne pas à Chiara Mastroianni un rôle à sa hauteur. Car il est bien agréable de la voir à tous les plans, à la fois touchante et exaspérante. Christophe Honoré dirige d'une main de maître des acteurs avec qui il semble établir des relations toutes particulières, très confiantes. Et ses acteurs déjà fétiches ont chacun leur place dans ce film: Louis Garrel joue le jeune amant, Alice Butaud la fiancée légère, et Julien Honoré, "frère de", interprète avec brio une âme d'artiste. Mais, encore une fois, n'aimerait-on pas mieux voir le cinéaste tenter autre chose, s'offrir le luxe du risque?


Les trois premiers films de Christophe Honoré donnaient aux hésitations adolescentes un charme désabusé. Le réalisateur emprunte le même chemin tout en voulant donner le change, mais on n'est pas dupe. Les ficelles sont grossières, déjà utilisées, et il est temps de consommer le divorce et de passer à du nouveau. J'espère que Non ma fille, tu n'iras pas danser n'est qu'une étape un peu manquée dans la carrière si joliment amorcée de Christophe Honoré.



Non ma fille, tu n'iras pas danser
de Christophe Honoré

avec Chiara Mastroianni, Marina Foïs, Marie-Christine Barrault,...
sortie française: 02 septembre 2009

Friday, September 11, 2009

La rentrée des séries #1

Fin du summer break, les séries redémarrent sur les chaînes américaines! Il y a celles dont on attend avec impatience le retour, et celles que l'on découvre. Les premières saisons, probablement les plus risquées, les plus attendues, les plus critiquées... Alors, quoi de neuf, au hasard, sur la FOX et sur The CW Television Network pour commencer?



Le pilote de Glee a été diffusé en mai 2009, mais la série n'a vraiment débuté que le 09 septembre 2009. Glee, c'est le nom de la chorale du lycée de la ville de Lima, Ohio. Le premier épisode montre un jeune professeur d'espagnol qui en reprend la direction et qui tente avec un optimisme entraînant, d'y attirer les élèves. Les quelques participants ont certainement de grands talents vocaux, mais sont aussi les souffres-douleur de leurs camarades, les loosers du lycée, des freaks en puissance. Le quaterback de l'équipe de football est lui aussi plus ou moins forcé à rentrer dans la bande.


Nous voici donc face à une disposition assez banale, au sein de laquelle les personnages sont tous clairement identifiés par leur position sociale au lycée: les débiles contre les leaders, les chanteurs contre les sportifs, Glee contre Cheerios. On agrémente tout cela d'un personnel éducatif névrosé, et voilà une petite série sympa sans prétention qui se lance. Certainement rien de transcendant ni d'original chez Glee, mais une bande originale dynamique nous garde devant l'écran.





The CW nous propose avec Vampire Diaries un énième regard sur le thème des suceurs de sang, sur la base d'une série de livres de L.J. Smith. Dans Vampire diaries, les vampires restent dans l'ombre, bien qu'ils puissent se promener au soleil, n'ont pas trop l'air de dormir dans des tombeaux, ont des yeux tout noirs et les sourcils froncés quand ils s'énervent et sont annoncés par des corbeaux et un épais brouillard. L'un de ces vampires, vraisemblablement voulant s'intégrer dans la communauté humaine, s'approche d'Elena, une jeune lycéenne dont les parents viennent de décéder, qui lui a tapé dans l'œil. Évidemment, le jeune homme dégage une aura qui attire toutes les filles comme des mouches. Il entame une relation avec Elena, mais son frère, moins sympa, et qui aime bien grignoter les cous, vient l'embêter.


J'avais personnellement été extrêmement déçue par True blood, qui, partant d'une bonne base - les vampires faisant leur coming out dans la société - tombait finalement dans la vulgarité. Vampire Diaries ne ressemble en rien à True Blood; la série verse plutôt dans la romance un peu niaise qui plaira aux fans de Twilight, sans rien apporter de nouveau au genre. L'intrigue semble clairement manichéenne, l'horreur n'est pas le credo de la série; reste donc une caricature sans grand intérêt. On lui laissera le temps d'un deuxième épisode pour remonter le niveau, mais la série n'est probablement pas à suivre.




Glee
avec Matthew Morrison, Lea Michele, Corey Monteith,...
1ère saison depuis le 09 septembre 2009 sur la FOX




The Vampire diaries
avec Nina Dobrev, Paul Wesley, Ian Somerhalder,...

1ère saison depuis le 10 septembre 2009 sur The CW Tv Network

Le Petit Nicolas sur M6


Première diffusion de la série animée Le Petit Nicolas ce dimanche 13 septembre 2009. Deux épisodes, dont le premier débutera à 11h, passeront dans l'émission M6Kids. Des images sont visibles un peu partout sur le site de l'émission, et on peut déjà voir le générique début de la série. Vers 11h20, un mini-reportage sur Le Petit Nicolas sera diffusé.


Monday, September 7, 2009

Un prophète, de Jacques Audiard

Malik a dix-neuf ans et arrive à la Centrale pour écoper de six années de prison. Ce qui l'a conduit là, on ne le saura pas dans les détails; un geste qui a probablement dérapé, suite logique d'une enfance sans famille, d'une adolescence sans instruction, d'un désœuvrement somme toute plutôt courant. Malik n'est pas innocent, mais a l'air d'une oie blanche parmi les véritables loups du crime au milieu desquels il débarque. Malgré sa prudente mise en retrait volontaire, il attire le regard d'un truand de passage à la Centrale. Le clan corse, César à sa tête, profite de l'air prude de Malik pour approcher l'homme et le tuer. A partir de ce meurtre terrible auquel il a été acculé, Malik se range du côté des Corses, qui lui offrent une protection. La prison sera son école: il rattrape une éducation toujours incomplète, apprend à lire, à jongler entre les langues, apprend, aussi, des criminels qui l'entourent. Cette éducation n'a pas pour but sa ré-insertion dans la société, car Malik a la ferme intention de se faire une place dans le monde du crime.



Jacques Audiard mérite amplement son Grand Prix reçu à Cannes en 2009. Le réalisateur est loin d'être prolifique, mais sa production est toujours d'une force incroyable, et d'une sensibilité déroutante. La formation de son personnage, qui passe du statut de jeune délinquant à celui de froid meurtrier, chef d'une meute au moins aussi dangereuse que lui, est terrifiante de réalisme; le milieu de la prison qu'il décrit, s'il est quelque peu caricaturé pour les besoins de la fiction, offre une galerie de personnages, de "gueules" de taulards, troublante de vérité. La force de Jacques Audiard est dans ses personnages et dans ses acteurs; mais aussi dans une image maîtrisée, et dans un scénario qui laisse une grande place à l'onirisme.


Les nombreuses allégories que se permet le réalisateur sont autant de détails qui nous permettent de cerner son personnage principal, Malik; il ne dévoile pas son but mais le laisse se deviner, se former jusqu'à la fin du film, jusqu'au jour où les autres s'aperçoivent qu'il a réussir à se faire sa place, à créer son gang, et à gagner le respect des criminels. Cette progression en douceur laisse entrevoir la force et l'intelligence de Malik. Tout entier à son objectif, il tisse des liens, dévoile des informations au compte-goutte, et ne laisse éclater la dureté dont il est capable que dans les moments de grande violence, quand plus aucun autre choix ne lui est laissé.


Il a l'air seul et perdu, lors de son arrivée; son assurance grandit au fur et à mesure de son apprentissage, son regard se fait plus froid, son but plus précis. Chaque petit geste est une subtilité destinée à l'aider à avancer. Sans que rien ne soit explicitement décrit, Malik est tout entier à son but, celui qui l'aidera à devenir quelqu'un, qui refusera à jamais de se laisser dominer par un autre. La vengeance aussi, celle contre César qui lui enseigne sa vie, mais qui a aussi fait basculer la sienne, est toujours présente via ce fantôme qui le hante, ni glauque ni menaçant, mais là pour le soutenir dans sa solitude. Le personnage est, on ne le relèvera jamais assez, brillamment interprété par ce jeune comédien qui joue ici son premier grand rôle de manière magistrale, Tahar Rahim.


Un prophète est un film d'une grande dureté, d'une immense poésie, et qui lance un acteur d'une phénoménale envergure... A voir à tout prix.




Un prophète
de Jacques Audiard

avec Tahar Rahim, Niels Arestrup, Adel Bencherif,...

sortie française: 26 août 2009