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Saturday, October 31, 2009

Lucky Luke, de James Huth

Lucky Luke, tout le monde connaît; le héros de Morris et de Goscinny est adapté, à nouveau, au cinéma. On découvre ce qui a motivé l'enfant qu'il était à devenir et dévouer sa vie à la poursuite du crime, sans cependant jamais tirer directement au cœur des criminels. Le président Winston H. Jameson missionne le cowboy pour rétablir l'ordre à Daisy Town, ville dans laquelle Lucky Luke est né et a vu ses parents assassinés sous ses yeux, et dans laquelle le président souhaite faire passer la ligne de train qui reliera l'est à l'ouest de l'Amérique du Nord et qui l'aidera à renouveler son mandat présidentiel. Lucky Luke se voit donc confronté à l'origine de sa vocation, et remet en cause sa propre justice.


Plusieurs BDs sont à l'origine du scénario du film; c'est pourquoi on y retrouve Calamity James, Jesse James et Billy The Kid, que Lucky Luke croise, séparément, dans les dessins et sur le papier. C'est aussi l'occasion  pour le réalisateur de s'amuser avec des personnages historiques et de les croiser avec une autre légende, imaginaire. L'histoire du film voit aussi Lucky Luke tomber amoureux, chose qui n'arrive que peu dans les BDs - une seule fois, à mon souvenir, dans l'album La Fiancée de Lucky Luke. On mêle donc un peu d'action, des coups de feu, une bonne dose de romance, et on assaisonne le tout de flash-backs, voilà de quoi faire un film grand public. L'humour pince-sans-rire de la BD est également adapté, et Jean Dujardin, avec beaucoup de sérieux, enchaîne les blagues et les bons mots.


Sur ce dernier point, on ne peut nier que Jean Dujardin ne soit extrêmement doué. On découvre également Sylvie Testud, parfaite en garçon manqué qui rit des coups et les rend, avance la mâchoire et n'ose tenir tête à la féminité incarnée par Alexandra Lamy. Par contre, Daniel Prévost incarne un super-méchant ridiculement impersonnel, Melvil Poupaud et Michaël Youn des seconds rôles aux répliques plates.


Les nombreux clichés du film sont accentués par une mise en scène qui se veut allégorie de la case de bande dessinée, et par une image saturée de couleurs. La réalisation abonde de plans caricaturaux, s'amusant des stéréotypes des cowboys et de l'Ouest américain. Les cadres sur le large et vide désert, sur des silhouettes en contre-jour, ou les gros plans sur la tenue idéale du cowboy parfait remplissent les presque deux heures de film; ils sont redondants et s'enchaînent sans cohérence. La saturation des couleurs n'avantage en rien l'image, et tentent vainement d'embellir un scénario trop peu ordonné.


On s'ennuie dans la salle, malgré quelques rires, rares, qui surgissent à l'improviste. On a envie de retrouver la verve de Goscinny et le trait de Morris en rentrant chez soi, pour oublier la pauvreté d'un film qui avait pourtant toutes les chances de plaire.


Lucky Luke
de James Huth
avec Jean Dujardin, Daniel Prévost, Sylvie Testud
sortie française: 21 octobre 2009


En bonus, les petits bonheurs quotidiens:






Monday, October 26, 2009

La danse, le ballet de l'opéra de Paris, de Frederick Wiseman

Frederick Wiseman est un pionnier du documentaire; il a commencé avec Titicut Follies en 1967, où il pose sa caméra dans un hôpital psychiatrique. Son premier film de fiction, La dernière lettre, il ne le tourne qu'en 2002, et il y dépeint le génocide des juifs durant la deuxième guerre mondiale. Il s'est déjà intéressé au milieu de la danse avec Ballet, réalisé en 1995, qui plonge dans l'univers de l'American Ballet Theater. L'institution du Ballet de l'Opéra de Paris est bien différent, plus hiérarchisé. Il se montre fasciné par les dessous du bâtiment de l'Opéra Garnier, par la vue depuis son toit, et par les répétitions harassantes visant la perfection du moindre geste des danseurs et de leurs professeurs et chorégraphes.


Il me paraît important de noter que Frederick Wiseman n'en est pas exactement à son premier documentaire. C'est un choix que de ne pas faire intervenir de voix off descriptive, de ne pas non plus faire parler les protagonistes à la caméra. Il ne s'agit pas d'un témoignage, ni d'une recherche de faits répondant à une problématique. Frederick Wiseman s'insinue discrètement, et sa caméra est un œil, qui voit parfois de manière imparfaite, mais qui n'est jamais inquisitrice. D'où les longueurs de son film, qui aurait pu nécessiter quelques explications, ou du moins des titrages. Si l'on comprend facilement le cheminement, depuis le choix des danseurs aux répétitions, jusqu'aux représentations, ce qui le ponctue est parfois incongru; les transitions se font sur des plans fixes, photographiques, de couloirs vides, d'escaliers qui tournent, et de vues de Paris à toute heure. Ces derniers plans ont cependant ma bénédiction, car qui n'aurait pas pu être fasciné par les toits de la ville et ses rues grouillantes vus depuis un monument tel que l'Opéra Garnier?


Mais les interventions des costumiers, des balayeurs qui repassent l'endroit du décor et la salle de représentation, des fameuses ruches de l'Opéra, surviennent à des moments parfois inopportun. Lorsque l'on se concentre sur la danse et les relations entre les danseurs et leurs professeurs, l'accent est mis sur la dureté de l'exercice, sur la beauté de ces corps, cependant soumis et torturés, et qui ne dureront pas. Le film dans son ensemble apparaît décousu, mais se rattrape sur ces images d'un monde fascinant qui est celui des danseurs. Leur micro-société, hyper hiérarchisée, à la tête de laquelle règne Brigitte Lefèvre, directrice de l'Opéra de Paris, est un monde à la fois impitoyable et très doux. Car l'incroyable impression de facilité qui résulte du labeur fait presque oublier le travail de toute une vie qui est nécessaire pour y arriver.


La danse, le ballet de l'opéra de Paris
de Frederick Wiseman
avec Emilie Cozette, Aurélie Dupont, Dorothée Gilbert
sortie française: 7 octobre 2009

Thursday, October 22, 2009

Mademoiselle Chambon, de Stéphane Brizé

Mademoiselle Chambon est l'adaptation d'un récit d'Eric Holder. Elle est institutrice, et change de ville quasiment tous les ans; lorsque Véronique Chambon arrive dans cette petite ville de province, elle ne connaît donc personne et se consacre aux enfants qu'elle instruit en primaire, et rêve de violon. Jean la rencontre en allant chercher son fils à l'école alors que sa femme, alitée, ne peut s'en charger. Un lien se tisse, tout fin, entre l'institutrice et le maçon. Leur relation sera aussi délicate que le fil qui les relie.


Sandrine Kiberlain et Vincent Lindon ont vécu ensemble réellement, et ont même eu une petite fille; séparés, c'est la première fois qu'ils se retrouvent à jouer un couple à l'écran depuis. Mais ce ne sont vraiment pas les acteurs que l'on retrouve dans le film; on y voit une jeune femme frêle, seule, amoureuse de musique classique, instruite, sensible, et un homme ancré dans le sol de sa province, qui aime passer ses weekends en famille dans la nature, qui a du mal à aider son fils à faire ses devoirs, parle peu, et assouvit son désir de création par son métier très physique. On y voit donc une femme et un homme que tout oppose, mais qui restent inévitablement attirés l'un par l'autre.


On ne saurait apposer le terme de passion à leur attirance, qui n'a pas assez de sauvagerie; ni même le terme d'amour, car ce qui les relie est bien plus fragile que cela. Leur lien se fait dans leurs regards qui se croisent ou se détournent, dans les phrases banales qu'ils échangent sans savoir de quoi parler pour être connectés. Leurs vies divergent, leurs ambitions ne sont pas les mêmes, ils vont dans des directions différentes. Mais chaque cadre les maintient ensemble, fixe, les entourant de murs au-delà desquels ils se manquent.


Peu de dialogues, ou alors si banals, pas de mouvement brusque de la caméra, des décors simplissimes; Mademoiselle Chambon est un film épuré, sans fioriture à l'image de l'attirance entre deux êtres qu'il raconte. Le jeu de ses deux acteurs est parfait, simple aussi et d'une grande qualité. Aure Atika également, malgré un rôle secondaire, est bouleversante dans son rôle de la femme de Jean, compréhensive sans un mot, alors que son mari s'éloigne d'elle sans qu'elle ne puisse rien y changer.


Mademoiselle Chambon
de Stéphane Brizé
avec Sandrine Kiberlain, Vincent Lindon, Aure Atika
sortie française: 14 octobre 2009

Monday, October 19, 2009

La rentrée des séries #4

Elle commence à s'étaler un peu beaucoup dans le temps, cette rentrée des séries! Promis, c'est l'avant-dernier post et puis ensuite, on n'a qu'à se dire que l'année aura réellement commencé.



On commence avec une quatrième saison, celle de Brothers and sisters. J'en avais déjà parlé précédemment; les personnages m'avaient touchée, Calista Flockhart m'avait surprise, le scénario qui se permet des grands écarts entre les sujets et ses cibles m'avait enchantée.  Et bien, pour cette quatrième saison, c'est la même chose. On se recentre un peu sur le personnage principal, celui de Calista Flockhart, à bout, malade, et sur sa relation avec son politicien de mari. Autant dire que le climat n'est pas rose et la série m'arrache des larmes, ce qui prouve sa grande efficacité!




Ensuite, il y a Bored to death, qui me fait beaucoup rire, histoire de compenser. La série a été créée par Jonathan Ames et a pour personnage principal un jeune auteur du nom de... Jonathan Ames. Ce dernier a écrit un bon livre et, quitté par sa petite amie, se retrouve devant une nouvelle feuille blanche. N'arrivant pas à écrire, il dépose une petite annonce sur The Craigslist, où il vante ses mérites de détective amateur. Il est alors appelé au secours de quelques jolies jeunes filles, auxquelles il raconte ses déboires amoureux; Jonathan supporte et participe aussi aux excentricités de ses deux meilleurs amis, Ray Hueston, un auteur de comics qui se met en scène en héros bodybuildé, et George Christopher, un chef d'édition prétentieux et accro à l'herbe. Jonathan a la particularité de boire beaucoup, du vin blanc de préférence, et erre précédé de son grand nez dans les rues de Brooklyn.


La série est drôle, peuplée de ces personnages névrosés qui manient l'humour pince-sans-rire. Jonathan et Ray sont clairement à ranger du côté des pauvres types à qui pas grand chose ne réussit; George, malgré son succès professionnel, et son apparente facilité à séduire, a également le chic pour avoir l'air d'un looser insolent. Le générique de la série est aussi à ne pas manquer, jolie décomposition des caractères d'un livre de détective en une animation simple.


Brothers and sisters
avec Calista Flockhart, Rob Lowe, Matthew Rhys,...
saison 4 depuis septembre 2009 sur ABC

Bored to death
avec Jason Schwartzman, Zach Galifianakis, Ted Danson,...
saison 1 depuis septembre 2009 sur HBO

Wednesday, October 7, 2009

L'affaire Farewell, de Christian Carion - Mary and Max, d'Adam Elliot

Je n'ai pas un max de temps cette semaine - "not that anyone cares"... référence geek et récente! -, du coup, un seul post sur les deux derniers films que j'ai été voir au cinéma.


L'affaire Farewell pour commencer, se déroule à Moscou dans les années 80. Un jeune ingénieur français est pris dans les rouages  des services secrets internationaux, entraîné en cela par un colonel du KGB déçu par son pays et qui tient à participer au renversement du système mondial. Le scénario, tiré d'une histoire vraie, met en scène à la fois Reagan et Mitterrand. A la fois film d'espionnage, et film sur la famille et ses relations, Christian Carion n'hésite pas à mêler les genres. Le personnage d'Emir Kusturica, malgré son but très politisé, possède aussi une dimension très humaine, spirituelle, par son rêve d'un système neuf. La plongée au cœur des années 80, avec lunettes immenses et costumes marrons à gogo, est parfaite, tout comme la performance des deux acteurs qui tiennent le film, Guillaume Canet et Emir Kusturica. Mon avis sur ce film est donc plus que positif, notamment grâce au charisme de ses interprètes.


Mary and Max est le quatrième film réalisé en pâte à modeler par Adam Elliot. Ce long-métrage d'une heure et demi reprend dans ses grandes lignes l'histoire d'Harvie Krumpet, court-métrage ayant gagné le Academy Award for Animated Short Film en 2003. Harvie Krumpet parlait d'un homme atteint du syndrome de tourette et de ses difficultés à s'intégrer dans la vie sociale, malgré son optimisme inébranlable. Mary and Max suit la correspondance entre un homme de quarante ans atteint du syndrome d'Asperger et vivant à New York, et une petite fille de huit ans triste dans sa petite ville d'Australie, coincée entre un père ouvrier absent et une mère alcoolique. Le film comporte des longueurs, à cause d'une redondance certaine de plans sur l'un ou l'autre des personnages en train d'écrire son courrier, et aussi à une voix off quelque peu lancinante. Cependant, l'histoire de ces deux amis improbables est toute de même touchante et l'atmosphère grise et marron douloureuse mais finalement optimiste de ce film d'animation mérite le détour.


L'affaire Farewell
de Christian Carion
avec Emir Kusturica, Guillaume Canet,  Alexandra Maria Lara,...
sortie française: 23 septembre 2009


Mary and Max
de Adam Elliot
avec Toni Collette, Philip Seymour Hoffman, Eric Bana,...
sortie française: 30 septembre 2009