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Monday, December 21, 2009

Persécution, de Patrice Chéreau

Daniel vit de chantiers, gagnant son pain en travaillant dans des appartements, plutôt luxueux, qu'il rénove; souhaite arrêter, sans que l'on sache vraiment quels sont ses autres talents. Quand il rentre chez lui, c'est pour continuer à se vider de son énergie dans un immense espace vide qu'il retape et où il dort. Il est avec sa compagne depuis trois années, et souffre de son absence fréquente, car elle voyage beaucoup, pour son boulot. Mais ils ont décidé, à deux, de mener cette vie de couple, chacun dans son appartement. Des espaces, des décors, différents lieux de vie, voilà ce qui compose l'essentiel des pérégrinations de Daniel. Persécution est l'histoire de son amour avec Sonia, qui se dégrade, en même temps que Daniel est envahi dans son espace par un homme qui jure être fou de lui, et qui sait que Daniel finira par l'aimer en retour.




Daniel dans tout les plans, envahit l'écran de son énergie. Les coups qu'il porte aux murs des appartements ne le vident pas de cette tension permanente. Toujours à fleur de peau, son travail physique ne le libère pas de l'intensité de ses émotions. Pas une seule fois Daniel ne se relâche, que ce soit avec ses amis, ou même avec Sonia. Elle, elle est douce, calme, elle le canalise jusque dans son lit où enfin, un fou-rire avec elle le soulage. Mais aussitôt après, ses nerfs se tendent à nouveau, et il s'inquiète, s'interroge, inspecte. Son véritable ami semble-t-il est un homme qui a été brisé dans le passé, et qui vit avec ses blessures profondément ancrées en lui depuis des années. Il y a aussi Thomas, que Daniel présente comme son frère de cœur, et qui, pourtant, en trois ans, n'a jamais rencontré Sonia. L'énergie bouillonnante de Daniel est permanente, trop; son personnage est admirable de force et de sensibilité, mais, composé sur trop de failles, manque de nuances.



Le couple que Daniel forme avec la fragile Sonia a du mal à tenir, et oscille dès le début du film. On peut le comprendre, car c'est justement sa chute qui est racontée. Mais cette chute est trop inévitable, pour tenir réellement le spectateur par ses inexistantes racines. Celui qui est particulièrement fascinant, c'est le troisième personnage qui vient s'imposer dans la vie de Daniel, cet énergumène dont on ne sait pas s'il est réel ou s'il intervient comme le témoignage flagrant et imagé de la relation chancelante de Daniel et de Sonia. Il est le seul à accepter ses failles, à passer de la force à la faiblesse, à ressembler à un être humain, tout simplement, qui n'a pas la force suffisante de rester immuable. C'est le fou, interprété par Jean-Hugues Anglade, qui surgit de nulle part et s'introduit dans la vie de Daniel par toutes les fenêtres qui semblaient pourtant bien fermées.


Persécution est un film bavard, aux espaces anxiogènes, dans un Paris très proche de ce qu'il est vraiment. La force qu'il transmet est probablement trop intense et trop linéaire pour en faire un film incontournable, mais son étrangeté et sa réflexion sur les relations d'amour et de haine en font une curiosité appréciable.


Persécution
de Patrice Chéreau
avec Romain Duris, Charlotte Gainsbourg, Jean-Hugues Anglade,...
sortie française: 09 décembre 2009

1 comment:

farfadette said...

Ta description et ton avis me donne envie d'aller le voir ! jusqu'ici les autres avis ne m'avaient pas décidé !