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Wednesday, July 16, 2014

The lunchbox, de Ritesh Batra

En Inde, à Bombay, une femme tente de reconquérir son mari en lui préparant de délicieux déjeuners. Chaque jour, ses petits plats sont transportés avec d’autres à travers le fracas de la ville pour atterrir sur son bureau. Malheureusement, ce n’est pas le bureau du mari d’Ila que la lunchbox arrive. Saajan, un homme solitaire et proche de la retraite, découvre avec surprise les repas d’Ila et commence une correspondance entre la jeune femme et le vieil homme.


Selon une étude d’Harvard sur le système des Dabbawallahs (du nom de l’entreprise de livraison), un repas ne peut arriver à la mauvaise destination qu'une fois sur mille. Le transporteur, mis en cause par Ila, s’emporte même jusqu’à affirmer que le roi d’Angleterre (!!) a approuve ce système. Ce n’est qu’un détail du quotidien dépeint dans ce joli film. D’autres éléments de cette vie sont sans doute planqués au grand public, qui ne souhaite pas voir la pauvreté de l’Inde, sa pollution,... On aperçoit à peine un homme qui agite curieusement la tête d’une épaule à l’autre, pour dire “oui”. Ce sont ces petits riens qui montrent l’Inde telle qu’elle est. Mais la fiction à ses propres regles et pour le bien de la distribution du film (et le plus grand bonheur des spectateurs autour du monde), la romance est plus importante que l’aspect purement documentaire.


La force de The lunchbox est de bien doser, comme Ila ses épices, les aspects “grand public” et la touche indienne délicate. Les enfants qui chantent bruyamment dans le bus, se frayant un chemin entre les travailleurs serrés comme des sardines; le travail consciencieux de Saajan, qui jongle entre ses feutres surligneurs et sa machine à calculer; les vendeurs de rue, les conversations criées d’un appartement à l’autre: tout cela dresse un portrait de Bombay qui ne s’américanise jamais trop et reste dans la vérité. Ila et Saajan s’imaginent un moment tomber amoureux l’un de l’autre; la relation, pour une production occidentale, aurait été plausible. Mais la différence d’âge, le gouffre qui sépare deux inconnus… ca aurait été tirer l’histoire par les cheveux. Le scénario reste plus indien, et plus subtil.


Quelques pistes m’ont semblées inutiles, ouvrant des possibilités qui ne mènent nulle part. J’ai ainsi un moment pensé qu’Ila allait monter son propre commerce de restauration pour payer les dépenses médicales du cancer de son père; qu’elle allait même être aidée par le nouveau collègue et futur remplaçant de Saajan, un piètre mathematicien et stabyloteur, mais excellent cuisinier. Cette piste m’a détournée de l’histoire principale, celle d’une réelle amitié qui rend possible le renouveau de l’avenir d’une jeune femme et palpables les regrets d’un vieil homme qui a encore le temps de se rattraper. 



En s’en tenant a ce fil conducteur, The lunchbox fait percer joliment le cinéma indien dans nos contrées (oui, nos contrées de l’Australie à la France, vaste monde occidental) en prouvant qu’il existe au-delà de Bollywood, ses chansons et ses couleurs criardes.



The lunchbox
de Ritesh Batra
avec: Irrfan Khan, Nimrat Kaur, Nawazuddin Siddiqui,...
sortie francaise: 11 décembre 2013
sortie australienne: 1er mai 2014


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