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Friday, February 28, 2014

Y'a plus de saison des séries #36 - Shokuzai

Emiri est violée et assassinée dans le gymnase de son école, après avoir suivi un homme qui a interrompu son jeu de ballon avec ses camarades. Les quatre autres petites filles refusent de communiquer sur l'identité de l'homme. Quinze ans plus tard, alors que la mère d'Emiri ne leur a jamais pardonné, les quatres jeunes filles expient, chacune à leur manière, pour se débarasser de leur culpabilité.


La série a été diffusée sous forme de deux films en France, sous-titrés, Celles qui voulaient oublier, et Celles qui voulaient se souvenir. Cette distribution est tout à fait absurde, car l'image est celle d'une série, de qualité, certes, mais d'une série; et surtout, le découpage en cinq épisodes est parfait, chaque partie possède une unité, et sa propre musique. J'ai donc regardé Shokuzai en cinq épisodes, et pas en deux fois, pour respecter le format original.


Les épisodes sont inégaux. Le premier passionne, mettant en place le sujet. Le deuxième est une histoire légèrement cliché, tirée par les cheveux pour un spectateur européen. Le troisième est sans doute le meilleur, mettant en scène une fille sauvage, qui se sait humaine mais se compare à un ours, refusant sa féminité. L'épisode suivant dirige vers le dénouement, et le dernier clôt brillamment la série à coups de retournements de situation.


Mais ce que j'ai surtout apprécié, dans Shokuzai, c'est la peinture, inhabituelle, de la société japonaise. Je me souviens avoir adoré, plus jeune, les romans de Pearl Buck: ils étaient parfaitement niais, mais décrivaient une société fascinante, complètement coincée entre tradition chinoise et modernité. Shokuzai, au-delà de son interêt en tant que série (cinématographique et scénaristique), est une peinture de la société japonaise. Les codes ne sont pas ceux qu'on connaît en Europe; la famille, la vengeance, sont des valeurs encore pesantes; la femme joue un drôle de rôle dans la société, dépassé pour nos pensées occidentales.


Les Japonais y ont également un drôle de rapport à la parole. Alors que, chez nous, la communication fait tout, les personnages de Shokuzai refusent le dialogue. Ils préfèrent ne pas savoir, ne pas développer. Les couples sont donc souvent coincés dans le silence, extrêmement cinématographique; mais frustrant, en réalité.


Shokuzai, à l'inverse de la tradition française, montre beaucoup de silences et d'intériorité. Pour découvrir ces codes, ces valeurs qui nous sont inconnues, la série est une belle introduction au cinéma asiatique en général.


Shokuzai
mini-série de 5 épisodes diffusée en janvier 2012 sur Wowow (JAP)
réalisé par Kiyoshi Kurosawa
avec: Kyoko Koizumi, Yu Aoi, Eiko Koike,...

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