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Tuesday, September 30, 2014

Leviathan, d'Andreï Zviaguintsev

Kolia se bat contre le maire de la ville, d'un village plutôt, au nord de la Russie. Vadim Cheleviat a le pouvoir d'enlever sa terre à Kolia, sa maison, son atelier, et de laisser Kolia, sa femme Lillia et leur fils Roma avec juste une compensation financière ridicule. Dmitri, avocat à Moscou et ami de Kolia depuis toujours, monte un dossier contre le maire et s'apprête à rétablir la justice.

Le léviathan est un monstre marin à l'origine de tempêtes mais est également utilisé par le philosophe anglais Thomas Hobbes comme une métaphore de l'Etat. Dans le film, le monstre est celui de Hobbes, caché derrière le personnage du maire et ses conversations avec le prêtre de la ville, que Kolia ne rencontrera qu'une seule fois sans savoir qu'il est à l'origine de ses malheurs, forment les vagues de la tempête. Ce film-là vous emporte dans ses flots. Tour à tour submergé de paroles, souvent après quelques bouteilles de vodka, ou silencieux face aux éléments menaçants - le squelette de l'affiche, devant lequel est assis le jeune Roma, gît, silencieux et puissant dans son témoignage des dangers environnants -, Leviathan dirige le spectateur dans un monde différent.


Ce monde représente la Russie d'Andreï Zviaguintsev, corrompue dans sa politique et sa religion. C'est un monde bien réel, mais dans lequel les petits détails engendrent des catastrophes démesurées, à la manière du battement d'aile du papillon. Dans cette province russe, rude, montrée sans le moindre artifice de réalisation, quasi naturaliste (pas de caméra à l'épaule tout de même, on ne me la fait pas), un certain surréalisme fait son apparition dans les emportements des hommes sous le coup de l'alcool, dans des décors qui paraissent presque faux tant ils sont gigantesques, dans l'éclatement des vagues sur les falaises... et dans cette histoire qui débute par un "simple" abus de pouvoir et finit par détruire toute une famille sans aucune pitié.


Le film n'en est pas pour autant pesant. L'ironie du scénario entraine pas mal de rire. Et on ne se lasse pas de contempler cette beauté russe, aux couleurs ternes et illuminées comme un ciel d'orage. La caste cinématographique en Russie ne s'y trompe pas; le choix est audacieux mais artistiquement juste, Leviathan représentera le pays aux prochains Oscars.



Leviathan
d'Andreï Zviaguintsev
avec: Alexeï Serebriakov, Elena Liadova, Vladimir Vdovitchenkov,...
sortie française: 24 septembre 2014

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