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Monday, May 25, 2015

Trois souvenirs de ma jeunesse, d'Arnaud Deplechin

Alors qu'il rentre en France, après des années passées à l'étranger, Paul Dédalus est arrêté à la douane : un homme vivrait en Australie avec son identité. Paul Dédalus se rappelle trois souvenirs, trois époques, et éclaire son passé.


Paul Dédalus, Mathieu Amalric l'a déjà incarné, en 1996, dans Comment je me suis disputé... (ma vie sexuelle). Dans ce film, il avait passé 10 années avec Esther, 10 années sans s'entendre. Arnaud Deplechin réalise des films différents, avec les mêmes acteurs, et parfois, les personnages ont les mêmes noms. Le Paul de Trois souvenirs de ma jeunesse n'est pas tout à fait celui de Comment je me suis disputé... et Esther/Lou Roy Collinet pourrait être une Esther/Emmanuelle Devos plus jeune.... mais pas tout à fait. Le réalisateur s'amuse, s'inspire lui-même et s'auto-cite sans étouffer d'ego.


Les trois souvenirs annoncés se complètent avec une quatrième partie, dans laquelle, adulte, Paul retrouve son identité. Et les trois souvenirs ne sont pas précis, mais s'étalent dans le temps jusqu'à couvrir une bonne partie, plusieurs années de l'adolescent Paul lors de son passage à l'âge adulte. L'enfant qui quitte la maison, l'adolescent qui s'investit d'une mission secrète en Russie, dépeignent le Paul qui tombe amoureux d'Esther. Et ce Paul là, cet amour là, font de Paul celui qui rentre en France après un exil volontaire, avec sa blessure toujours ouverte.


Sur la forme, Arnaud Deplechin filme sobre, et parle compliqué. Pourtant, c'est avec naturel que les jeunes acteurs s'expriment. Cette expression maniérée ancre, bizarrement, le film dans le passé, pour peu que le passé soit cette forme de vie qu'on regrette et qui ne reviendra jamais. On peut toujours y rêver, on n'y retournera pas. Paul ne retrouvera pas Esther. Leur couple, s'il survit au cinéma, ne survit pas aux aléas de la vie. Paul et Ester vivent cet amour qu'on pourrait rêver : idéal, pur dans sa jeunesse, exclusif mais pas exempt de sauteries extra-conjugales, qui perdure sans s'étioler ; épistolaire, bourré de déclarations qu'on peut croire.


Un amour de cinéma qui n'existe pas et se termine, même sur l'écran. Mais comme ce couple a inspiré, vingt ans après, le cinéaste, il continue de marquer Paul Dédalus. Et le spectateur.



Trois souvenirs de ma jeunesse
d'Arnaud Deplechin
avec : Quentin Dolmaire, Lou Roy Lecollinet, Mathieu Amalric,...
sortie le : 20 mai 2015

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