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Monday, February 4, 2013

Dune, de David Lynch

L'équilibre de l'Univers, régi par l'Empereur Corrino, repose tout entier sur l'Epice, une substance rare qu'on ne trouve que sur une seule planète, Dune. Contrôler Dune donne donc un immense pouvoir à la Maison qui s'en charge. L'Empereur, pour éliminer la maison Atreides, envoie ces derniers sur Dune, aussi appelée Arrakis. Les Harkonnens, leurs ennemis de toujours, ne pourront faire autrement que de les déloger pour récupérer la gestion de la planète. C'est effectivement ce qui se passe, mais le fils de Leto Atreides se découvre sur Dune d'étranges pouvoirs conférés par sa lignée génétique; il a été élevé par sa mère dans des principes Bene Gesserit, et devient le premier et le seul homme avec les pouvoirs de cette puissante organisation féminine.


Je résume l'intrigue en quelques lignes extrêmement grossière, mais Dune n'est que le premier tome d'une longue saga de Frank Herbert; le premier livre de la série est sorti en 1965 et le dernier en 1985 (sans compter les suites et les dérivés posthumes édités par le fils de l'auteur). Dune est considéré comme un classique de la littérature de science-fiction. Les enjeux de Dune sont complexes, l'univers comporte moults planètes, Maisons-mères (Corrino, Atréides, Harkonnens,... ) et organisations (la Guilde, le Bene Gesserit,... ); la portée de l’œuvre de Frank Herbert est écologiste, mais elle plonge aussi au sein d'une culture, entre la culture arabe et une forme de religion basée sur le contrôle du corps par l'esprit, assez zen. Ce sont ces derniers côtés qui m'avaient le plus passionnée, jeune, quand j'ai découvert Dune. L'odeur du désert me faisait rêver, la domination du mental sur le physique m'a toujours paru un thème passionnant.


Dune a été adapté une première fois par David Lynch, après plusieurs tentatives d'appât de la production dans les années 1970 pour attirer divers réalisateurs,qui ont tous décliné. Une version de dix heures a un moment été envisagée par Alejandro Jodorowsky, avec au casting Salvador Dali et Mick Jagger, entre autres. Les droits d'auteur récupérés par Dino De Laurentiis donnèrent encore lieu ensuite à différentes versions de scénarios, tous rejetés; le producteur dût négocier les droits une seconde fois pour arriver enfin à mettre David Lynch sur le projet. Le film terminé durait quelques heures de trop. Le montage s'avéra complexe, évidemment, pour aboutir à une version de deux heures, dont David Lynch n'était pas satisfait. D'ailleurs, le film sorti, en 1984, cumula les mauvaises critiques. Des années plus tard, De Laurentiis ressortit une version télé allongée d'une heure, et signée Alan Smithee... aka David Lynch, qui n'a pas voulu voir son nom au générique de cette nouvelle version de montage.


Le Dune de David Lynch reste cependant pour les aficionados un film assez culte. Dans mon souvenir, il était très mauvais. Mais ce nouveau podcast, dont je vous donne le lien au passage, m'a donné envie d'y replonger, par curiosité. Le monsieur qui papote dans la vidéo donne en effet une critique très positive du film. Alors je ne peux aller à contre courant de ce que dit le Fossoyeur de films. Oui, certains passages sont osés, la lignée Harkonnen va loin dans le répugnant, les univers sont bien définis selon les Maisons et les planètes. Mais mon idée de l'univers d'Arrakis est à mille lieux de celui de David Lynch. Je peux encore passer sur les décors de carton-pâte, mais, technologiquement, Star Wars, dont la trilogie sortit juste avant Dune, entre 1977 et 1983, est franchement au-dessus. Dune souffre indéniablement de la comparaison, notamment sur les ignobles boucliers qui me font penser à cette version 3D du Roi Lion. David Lynch a une patte surréaliste, mais manque d'imagination quand il s'agit de pallier des défauts techniques. Une pincée de Michel Gondry pour éviter des effets spéciaux ratés aurait été bienvenue. Je vais aussi passer sur le fait que, à cause de la complexité du scénario, et du montage à la moissonneuse, la voix off explique absolument tout et surenchérit systématiquement sur l'image. La majorité des "dialogues" sont en fait des pensées des personnages formulées oralement. Le tout sur un regard particulièrement pénétré, de préférence. Disons que les effets spéciaux, c'est la faute aux années 80, et ces voix off ridicules, à la nécessité de faire tenir le film sur deux heures seulement.


Au-delà de ces défauts "excusables", je déplore aussi le choix des acteurs, Paul Atreides en premier. Kyle MacLachlan (Dale Cooper dans Twin Peaks) est bien trop vieux pour le rôle, et n'a pas l'innocence du Paul Atreides rattrapé par son destin dans le roman de Frank Herbert. Il a l'air d'avoir l'âge de sa mère, interprétée par Francesca Annis (et qui a pourtant quinze ans de plus que lui). Jessica Atreides, d'ailleurs, est loin d'avoir la force Bene Gesserit de son éducation, et celle donnée par l'amour qu'elle porte à son mari le Duc Leto Atreides; c'est une pauvre femme faible qui tremble pour son fils, pleure pour son mari,... Et on ne voit qu'à peine le peuple des Fremen, obnibulés par l'eau, et en attente du Messie qu'ils verront en Paul! Alors qu'en fait, dans le livre de Frank Herbert, ils sont clairement le mystère à explorer, ayant une manière de vivre à part, une manière de raisonner totalement en adéquation avec le milieu hostile dans lequel ils vivent.


Tiens, ce milieu, parlons-en; Dune, la planète de sable, est une horrible boule orange, dans laquelle le désert ne se distingue pas du ciel. Dans mon imagination, Dune doit être lumineuse, avec un ciel pur et presque blanc, pour signaler la chaleur intense. L'Epice s'y distingue par des tâches plus foncées, et les vers, qui sont les bestioles attirées par l'Epice, et maîtrisés uniquement par les Fremen, se fondent dans le décor. Evidemment, dans cette cacophonie brouillardeuse, toute orange, sans nuances, les gens et les bêtes sont noyés. On ne passe également que peu de temps sur Caladan, la planète d'origine de Paul Atreides, mais tout ce qu'on en voit, ce sont des vagues. Plus concis, tu meurs. La planète devrait être également plus en demi-teintes, de verts et de gris... Dans le concept même de départ, l'univers créé par David Lynch ne me plaît pas du tout.


Je jetterai tout de même un œil cette semaine sur la version du film remontée, quitte à accélérer de temps en temps. Je suis curieuse de voir les scènes ajoutées, et si le rythme semble différent, ou toujours aussi brouillon et condensé; si des voix off ont été supprimées, l'intrigue rendue plus claire par les nouvelles séquences,... Mais je crois que le film a été finalement gardé en l'état et simplement agrémenté d'ajouts. Ce n'est pas le cas d'Apocalypse now, qui a lui aussi subi un remontage; le monteur a cette fois replongé dans les rushes, pour trouver éventuellement d'autres nuances et modifier légèrement l'impact de certaines scènes; tout en en ajoutant aussi des complètes. Enfin bref, on en reparlera, du montage d'Apocalypse now.


On reparlera aussi éventuellement de Dune, une fois que j'aurais regardé la mini-série sortie en 2000 sur ScyFy, et Les Enfants de Dune, sorti en 2003. Oui, quand j'ai une idée en tête, elle m'obsède jusqu'au bout, même quand je n'aime pas trop ce que je regarde...


Dune
de David Lynch (1984)
signé Alan Smithee (1989)
avec: Kyle MacLachlan, Francesca Annis, Sting,...

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