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Monday, February 18, 2013

Le feu follet, de Louis Malle - Plagiat, hommage, ou coïncidence?

Suite au commentaire d'une lectrice, j'ai été piquée de curiosité, et j'ai regardé Le feu follet, de Louis Malle. Critique ci-dessous. Le film m'intéressait aussi pour son pitch, similaire à Oslo, 31 août, tout comme celui d'Happiness therapy. M'étant légèrement emportée sur Twitter, en balançant 4 tweets à la suite, je me suis dit que ça valait bien une réflexion de plus de 140 caractères. Je ne suis pas une experte, mais je ne peux pas m'empêcher de donner mon avis; celui d'un journaliste est sans doute plus intéressant.


Tout scénario, réduit à sa ligne de pitch, ressemble certainement à un sujet déjà traité. Par exemple: un homme, une femme, ils se rencontrent, ils tombent amoureux, quelques rebondissements les empêchent de se voir. Vous avez certainement déjà entendu cette histoire? Elle peut se dérouler à Paris, à New York, dans un avion; le rebondissement, ça peut être une différence culturelle, le métier des personnages, ou même une jambe cassée; les héros peuvent être vieux, jeunes, blonds, moches, ou beaux. Ce sera toujours la même histoire.


Ce qui varie, c'est d'abord la manière de raconter. Le réalisateur, dans le cas du cinéma, tient sa caméra d'une certaine manière; regarde plutôt la femme, plutôt l'homme, se concentre sur les visages, ou sur le paysage,... La manière de dire fait changer le message, même quand la matière de départ est similaire. Et ce message fait aussi la différence. On peut raconter, avec une seule histoire d'amour, plusieurs choses: on peut dire la solitude des gens, on peut dire la société qui entoure les personnages, la manière de changer son destin, ou de l'accepter.


Notre ami Jean Ledieu, sur Twitter, nous donnait des exemples superbes. Wreck-it Ralph aurait plagié un projet d'étudiant. Effectivement, le méchant d'un jeu vidéo qui abandonne son poste, parce qu'il en marre d'être méchant, et de toujours perdre contre le gentil, c'est la même ligne de pitch. Mais dans un cas, le méchant accepte sa condition; dans le second, il trouve sa voie ailleurs. Paperman aurait plagié Paroles en l'air. Effectivement, un homme, dans chacun des deux films, tente d'envoyer des signes à une inconnue en balançant des avions en papier par la fenêtre. Mais dans un cas, l'homme ne réussit pas à attirer l'attention de la femme; dans le second, il rend le voisinage entier témoin de la romance qui s'amorce.


Oslo, 31 août, Happiness therapy et Le feu follet nous offrent encore un champ de possibles, basés sur le même pitch. Dans les trois cas, un homme sort de l'hôpital et revient à sa vie, tente de revoir la femme qu'il aime. Et pourtant, les films n'ont strictement rien à voir. Je vous laisse suivre les liens pour lire mes avis sur les deux premiers. Le feu follet est adapté du roman de Drieu La Rochelle, comme Oslo, 31 août, des années plus tard. Bon, donc, du coup, mon blabla sur le plagiat est injustifié. Cela dit, le film démontre qu'avec une même base, on crée deux choses bien différentes.


Il y a évidemment une question d'époque: le héros du Feu follet est un homme, assez propre sur lui, toujours en costume,  ravagé par l'alcool - et attention, un seul verre peut vous le mettre à terre - et la clinique qui l'accueille est une maison plus qu'un hôpital. Malgré sa condition de malade officiel, Jean Leroy est considéré guéri par tous; et même s'il clame son droit à mourir, personne ne le croit réellement. Au contraire, dans Oslo, 31 août, Anders parle en termes évasifs de son projet de suicide, mais tout le monde craint pour sa vie et sa santé mentale. Oslo, 31 août a beau se situer dans l'espace dès son titre, Le feu follet est plus encore concentré sur son décor. Paris et les années 60 sont vivantes, bouillonnantes, déjà fatiguées et blasées... On est rive gauche, dans le quartier de St Germain. L'époque et la vie sociale sont quasiment des personnages du film, à part égale avec Jean.


Même sujet, traitements différents... il vaut mieux tout voir, tout lire, goûter à tout! Quand il s'agit de création, ce ne sont pas juste quelques lignes, un résumé, qui font l’œuvre, mais leur finalité et les émotions apportées.



Le feu follet
de Louis Malle
avec: Maurice Ronet, Jeanne Moreau, Bernard Noel,...
sortie française: 1963

3 comments:

MM said...

Je n'ai pas suivi les discussions sur le plagiat, mais je pense que ce terme n'est pas approprié pour Le feu follet et Oslo, 31 août.
Ce qui est intéressant justement, c'est de voir comment un réalisateur va réinterpréter une histoire existante, ce qu'il va en faire (choix du personnage, du lieu, de l'époque, l'atmosphère)... Et franchement, j'aime les deux films, qui sont bouleversants.

(Je ne parle pas de Happiness Therapy — le peu que j'ai vu m'a plutôt ennuyée)

Fanny said...

Oui oui, vu que les deux films sont issus du même bouquin, finalement, ils n'entrent pas vraiment dans le débat. Mais c'est bien la preuve que de la même matière, on peut fabriquer des choses infiniment diverses.

Merci de m'avoir conseillé ce film ;)

MM said...

J'avais failli réagir aussi sur le billet sur Les Revenants, mais par paresse, je ne l'ai pas fait...
J'avais trouvé le traitement de la thématique zombie tout à fait inédit et captivant (malgré quelques lenteurs). J'avais du mal à décrocher après chaque épisode... MAIS c'était TRÈS AGAÇANT de voir toutes ces pistes développées longuement au fil des épisodes (les plaies mystérieuses, les animaux morts, etc) et qui n'ont débouché sur RIEN. Comme des promesses non tenues... Le dénouement de la saison m'a franchement déçue. J'ose espérer que la 2ème saison sera plus cohérente et exigeante.

(Pour en revenir au débat, je pense que le plus important n'est pas tant l'idée que ce que l'on en fait, non ?)