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Tuesday, February 12, 2013

Happiness therapy, de David O. Russell

Pat, en sortant d'hôpital psychiatrique, n'est pas totalement guéri; il ne le sera jamais, puisque sa bipolarité a été mise à jour par le traumatisme qu'il a vécu en surprenant sa femme sous la douche avec un autre homme, professeur comme lui au lycée de la ville; après avoir failli le tuer dans une explosion de rage, Pat a été interdit d'approcher à plus de 150 mètres de sa femme. Après son séjour en soins intensifs, il a néanmoins l'idée fermement ancrée en tête de la reconquérir. Ses parents tentent de l'en empêcher, mais Pat est adulte, plus ou moins libre de ses mouvements et clair d'esprit, et profite de l'amitié inattendue de Tiffany pour faire se rapprocher de sa femme.


Je vous disais dernièrement que le pitch de Happiness therapy me rappelait, dans ses bases, celui de Oslo, 31 août. Effectivement, on a un type qui sort d'hôpital après avoir complètement pété les plombs; il tente de revenir à une relation passée et sans doute enterrée par la femme qu'il veut reconquérir. Le scénario d'Oslo, 31 août, avance toute en délicatesse dans un certain pessimisme; celui d'Happiness therapy ne fait pas dans la dentelle et plonge son personnage principal, Pat, dans un débordant optimisme. Les deux films n'ont donc pas grand chose en commun une fois passée la phase du pitch, et j'ai été très touchée par l'un, complètement mise K.O. par l'autre, et certainement pas pour les bonnes raisons.


David O. Russell fait plus dans le film de commande, et est plus "produit" que Joachim Trier, au budget certainement mois lourd. J'entends par là que Happiness therapy est formaté, par son casting, son image colorée, ses décors sans surprise - on est dans une gentille banlieue américaine, jardins soignés, maisons alignées - et son happy end attendu, à faire une bonne audience et rentrer dans ses frais. Ce genre de films peut être très réussi, et Happiness therapy a avant tout pour lui un scénario intéressant, dans lequel la machination se met progressivement ne place pour remettre Pat dans le droit chemin. Ce chemin est très conventionnel, mais on ne peut en vouloir à personne de dire que l'amour et la paix de l'esprit sont des buts à atteindre.


La mise en scène est néanmoins totalement hystérique, dans un but humoristique, si je peux en croire les gloussements entendus dans la salle. Pat, déjà pas très calme, revient dans un environnement qui pousse à devenir fou. Ce qui est raconté sur la bipolarité est étrange, d'ailleurs: est-ce que Pat avait les gènes de la maladie, son père présentant déjà des signes de colère? ou est-ce qu'ayant été élevé dans une maison où le père est perturbé, la mère soumise, Pat a copié en grandissant les comportements de ses parents? Enfin bref, Pat n'est donc pas le seul taré de la maison, et ce petit monde hurle en permanence, foutoir appuyé par une mise en scène rapide, où chaque temps mort est violemment interrompue par la sonnerie de la porte d'entrée.


On se pose un seul instant dans le film, quand Tiffany provoque l'Emotion - avec une majuscule, oui - mais par un mensonge. Après ça, elle reprend elle aussi son petit jeu, moyennement subtil, de folle nymphomane. Une seule personne à peu près posée aurait pu donner plus d'équilibre, mais tout le monde semble être gravement atteint, ou alors l'hystérie se propage rapidement en collectivité. Ce rythme effréné n'aide pas à saisir la joliesse supposée de certains instants; on en profite juste pour reprendre son souffle, sans profiter des émotions, avant d'être à nouveau cloué au fauteuil.


Au risque d'aller à contre-courant de tous les pronostics, ou même des récompenses déjà données, je ne mise pas un kopeck sur cette comédie énervée.


Happiness therapy
de David O. Russell
avec: Bradley Cooper, Jennifer Lawrence, Robert de Niro,...
sortie française: 30 janvier 2013

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