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Monday, August 10, 2015

La dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil, de Joann Sfar

Dany, jeune dactylo solitaire et apparemment un peu coincée, n'a jamais vu la mer. Quand son patron lui demande de venir travailler tard chez lui, et le lendemain lui demande de l'accompagner, lui et sa femme, à l'aéroport pour ramener la voiture chez eux ensuite, Dany accepte. Mais sur le chemin du retour, elle bifurque vers le sud avec la voiture de son patron.


J'ai beau ne pas apprécier Joann Sfar, réalisateur, dessinateur, donneur de leçons, présent, partout, trop, je ne peux pas m'empêcher de reconnaître son génie. Il est fort. Heureusement, il prouve aussi qu'il est humain avec ce film dans lequel il se casse sacrément la gueule, dévoré par ses démons narcissiques et terrassé sous ses explosions créatives. Il met dans ce film, qu'il n'a pas écrit, et dans lequel il se donne donc peut-être du mal pour se rendre présent.


La photo est magnifique, et les cadres superbes ; mais le réalisateur enferme son héroïne dans ces jolies cases sans lui offrir beaucoup de substance. Qui est-elle ? Est-elle une jeune femme un peu coincée, sans amis ? D'où sort-elle, alors, sa petite tenue aguichante ? Est-elle secrètement amoureuse de son patron ? Elle répond à une gamme large de fantasmagorie masculine : fragile, appelant la protection, et femme fatale, fière de ses attributs dont elle joue largement ; perdue, et fonceuse. Son personnage est desservi par le jeu de Freya Mavor, qui a du mal à dire son texte naturellement ; il faut dire que le réalisateur lui demande de jouer ce personnage aux contours flous et, qui, dans ses dialogues, souhaite se rapprocher d'un personnage de Truffaut ou Sautet...


Lynch, aussi, fait partie des références. Effectivement, pour le côté chiadé de l'image, et aussi pour le mix étrangeté/thriller/sensualité. N'est cependant pas Lynch qui veut, même pas Sfar. La confusion des genres ne lui réussit pas et on s'agace du bavardage schizophrène de Dany, qui oscille entre pudeur de petite fille et appétit de lionne. Tout ça pour une histoire tirée par les cheveux, décortiquée par le meurtrier à la fin du film comme dans un bouquin d'Agatha Christie où les dernières pages sont toujours consacrée à la résolution de l'énigme, une solution simplissime mais impossible à deviner lors de la lecture.


Joann Sfar enlève sa casquette de génie et ca lui va aussi, d'être juste un type plein d'idées qui en aura encore en stock et qui continuera son bonhomme de chemin sans aura, rien que ses nouvelles envies.


La dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil
de Joann Sfar
avec : Freya Mavor, Benjamin Biolay, Elio Germano,...
sortie le : 5 août 2015

5 comments:

MM said...

Je ne pardonne pas à Joann Sfar d'avoir pourri ce livre magnifique.
On ne sait pas qui est Dany, qui est Anita, on ne sait rien de la relation entre les deux femmes (ou entre les époux Caravaille), ni du passé de Dany... Tout ça passe à la trappe. Du coup, on ne comprend rien au pourquoi de cette histoire, on n'en voit pas du tout l'intérêt, et on ne s'attache pas aux personnages.
Et puis, alors que le livre est à la fois grave et léger, voire drôle, le film est pesant, très insistant (au bout de la 10ème fois, c'est bon, on a compris que t'as jamais vu la mer). Bref, c'est très mauvais.
Sur ce, je m'en vais relire le livre.

Fanny B. said...

MM, tu réponds tout juste à une question que je me posais, la fidélité du film au livre dont il est tiré ! En général, un bon film me donne envie de lire le livre, et un mauvais film me rend tout aussi curieuse, quoique précautionneuse... Est-ce que tu as aussi vu la version d'Anatole Litvak ?

MM said...

Le problème ici, c'est que si je découvrais le film d'abord, je n'aurais sûrement pas envie de lire le livre, tant c'est lourd et tiré par les cheveux...
Je pense qu'une adaptation doit être fidèle dans le sens où elle doit reprendre les aspects importants du livre, or l'interprétation de Joann Sfar est fragmentaire et ne respecte pas l'esprit du livre. Ce n'est excusable que si le résultat est bon. D'après mes souvenirs, Jeunet s'en était plutôt bien sorti avec Un long dimanche de fiançailles.

MM said...

Non, je n'ai pas vu l'autre adaptation, mais j'aimerais bien du coup, histoire de comparer.
Et toi ?

Fanny B. said...

Ah bah oui, c'est vraiment parce que tu m'en parles que j'ai envie de lire le bouquin maintenant :-p