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Wednesday, September 2, 2015

Dheepan, de Jacques Audiard

Au Sri Lanka, Dheepan combat le gouvernement de son pays. Quelques morts de trop, il fuit vers la France. Pour obtenir l'asile, il trouve dans un camp de réfugiés un passeport, un autre nom, celle qui se fera passer pour sa femme, et celle qui se fera passer pour leur filles. Trois inconnus embarquent alors pour la France, où des appartements miteux et des jobs à la sauvette les mènent jusqu'à une cité mal famée où une autre sorte de guerre semble faire rage.

Palme d'or méritée pour Jacques Audiard au dernier Festival de Cannes. Je l'ai écouté parler de son film sur France Inter samedi dernier et le mot qui revenait était "cinématographique". Ah bon, parce qu'un film pourrait ne pas être cinématographique ? L'analyse est pourtant percutante. Jacques Audiard fait d'une zone grise et violente un décor, de ses personnages des héros. Le quotidien est banal, et sans être sublimé, réussit tout de même à être unique, important, vital. Car il s'agit de trois vies particulières, de trois passés unis par la guerre, transplantés sur un terrain nouveau où les règles sont différentes. Dheepan, sa "femme" et sa "fille" sont des graines infimes sur ce terrain régi par une autre violence que celle qu'ils portent à jamais en eux. Et Jacques Audiard, en fournissant leur point de vue à chaque seconde du film, fait du quotidien, de leur apprentissage, une chose unique et merveilleuse.


Que la France, en revanche, parait laide dans le cinéma d'Audiard ! La banlieue elle-même est surprenante, hérissée de HLM, soupoudrée de pelouse râpée. La nuit, elle s'illumine, le jour, ses recoins sombres sont des cachettes où on trouve des autels. Les entrées des immeubles deviennent des palaces. Les truands qui composent aussi le paysage, dans leurs traffics et leurs guerres de territoires, sont, eux, absurdes, petits, ridicules et vains. Et l'accueil fait aux étrangers frappe par son incongruité, sa fourberie. Le film se termine dans la lumière, mais pas celle de la France. Parce que la cité dans laquelle vivent un temps Dheepan et sa fausse famille est un passage douloureux nécessaire avant de renaître, ou parce que Jacques Audiard, dicrètement, politise son discours ? 


Le cinéma trotte dans la tête encore après un visionnage ; et Dheepan est de ceux-là, de ces films, oui, cinématographiques.


Dheepan
de Jacques Audiard
avec : Antonythasan Jesuthasan, Kalieaswari Srinivasan, Claudine Vinasithamby,...
sortie le : 26 août 2015

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