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Wednesday, February 3, 2010

Mother, de Bong Joon-Ho

Une veuve veille sur son fils, léger déficient mental, tout en tenant sa petite herboristerie dans le village coréen de Jhye-Ja. Un soir, Do-Joon attend vainement son ami dans un bar; au petit matin, saoul, il suit une jeune fille en uniforme d'écolière. Elle disparaît dans un coin sombre; Do-Joon lui jette une pierre, qui lui revient. Il rentre et se couche auprès de sa mère. Le corps de la jeune fille est retrouvé le lendemain matin, sur le toit d'une maison, placé en évidence. La piste conduit à Do-Joon, emprisonné. Certaine de l'innocence de son fils, sa mère engage un avocat et mène son enquête.


Le film n'est cependant pas un polar, loin de là, et explore plutôt les relations quasiment incestueuses entre une mère et un fils. Lui, retardé, a du mal à contrôler une sexualité inassouvie; elle, ménopausée, compense sa frustration par un amour démesuré pour son fils. Kim Hye-Ja est en Corée du Sud immensément connue et incarne dans de nombreux téléfilms une mère idéale. Le réalisateur, en la mettant en haut de l'affiche et sur grand écran, pervertit donc cette relation entre l'actrice et ses spectateurs. La profanation des mœurs reste évoquée cependant, sans jamais que l'idée ne soit impudiquement changée en acte. L'ironie, dans les situations mettant en jeu le sexe, est prédominante.


Il ne s'agit pas évidemment que de sexe, mais aussi de l'exploration de la folie. Les évènements de la nuit du meurtre sont racontés du point de vue de Do-Joon. La mère y croit éperdument, et le spectateur est rendu, comme elle, comme Do-Joon, qui oublie des pans de sa vie, aveugle. Lors de son enquête, elle est humiliée, presque ruinée. L'amour maternel se change en acharnement furieux pour prouver l'innocence de Do-Joon. Innocence qui n'est peut-être pas si parfaite. 


Et l'innocence de son fils n'est pas seule à être en jeu. L'enquête soulève le voile sur les mœurs de toute une communauté. La jeune victime s'avère n'avoir pas été si pure; l'ami de Do-Joon se révèle être manipulateur; la mère elle-même se souvient d'actions passées qu'elle avait volontairement effacées de sa mémoire; la police chargée de l'affaire hâte bien souvent ses conclusions, pour ne pas y perdre trop de temps.


Côté réalisation, on ne peut rien reprocher à cette image un peu salie, toujours maitrisée.Kim Hye-Ja, sur tous les plans, offre un visage fatigué et furieux, transcendé par la foi en son fils. Le montage, qui offre un parallèle parfait entre le début et la fin, qui se confondent comme si tout n'était qu'un grand flashback, cauchemardesque, offre une grande homogénéité sur les deux heures de scénario qui se déroule.


Noir, le film de Bong Joon-Ho confirme, après Memories of murder, et The host, le talent de sociologue cynique et pessimiste du réalisateur.


Mother
de Bong Joon-Ho
avec Won Bin, Kim Hye-Ja, Jin Ku,...
sortie française: 27 janvier 2010

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