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Thursday, July 28, 2011

The trip, de Michael Winterbottom

Deux vieux amis, acteurs connus et cependant en manque de travail sérieux, se retrouvent sur les routes de la campagne anglaise pour un tour romantique dans d'excellents restaurants de terroirs, planifié par la petite amie américaine de Steve Coogan. Cette dernière, rentrée aux Etats-Unis, le laisse en plan et donc accompagné de son vieil ami pour ce voyage d'une semaine. Les deux acteurs, autour de quelques plats fins, se disputent et discutent de leurs carrières, imitent Michael Caine à qui mieux-mieux et parcourent les routes.



The trip est un film absolument à part, qui rappelle le procédé déjà utilisé par Alain Cavalier dans son impertinent Pater. Entre documentaire et improvisation, Michael Winterbottom filme deux comédiens incarnant leur propre rôle avec une certaine distance, une dose de dérision. Leur amitié est bien réelle, palpable au travers de ces conversations qu'ils ont mille fois partagées, et qu'ils auront encore. Qui fait la meilleure imitation de Michael Caine? Qui peut se vanter d'avoir des rôles intéressants, à la télévision ou au cinéma? Et les voilà, intimes, qui partagent une chambre, une voiture, et entonnent Abba en duo, ou font des gammes. Leurs conversations sont à la fois dangereusement conflictuelles, basée sur la compétition entre deux acteurs en manque de reconnaissance; et terminent, grâce à leur complicité, sur des éclats de rire anglais - c'est-à-dire pas trop grands, mais bien présents.


La caméra, pas intrusive, mais tout de même réaliste - lumière naturelle, plans à l'épaule -, continue dans cet esprit documentaire. Elle espionne des conversations plutôt personnelles, capte soudain l'ambiance d'une salle de restaurant. Des plans de coupe d'ailleurs un peu étranges par leur changement subi d'étalonnage, de point de vue, sont là pour retranscrire rapidement le contexte dans lequel évoluent nos deux personnages principaux. Ils peuvent sembler incongru, détachés de l'action principale, mais restent en accord avec l'atmosphère d'un film réalisé entre amis. L'absence de générique de fin est une autre preuve de la grande liberté de ton et d'action que l'équipe, probablement plus que réduite, a pris lors du tournage et de la production d'un film qui est quasiment la retranscription véritable d'un road-trip à l'anglaise.


Au-delà du documentaire, qui n'attirerait que les aficionados de Steve Coogan et de Rob Brydon, qui ne sont sans doute pas nombreux en France, The trip réussit à évoquer un sens profond de l'amitié. Ces deux hommes qui se battent sur le terrain professionnel s'inspirent également, et surpassent ces clivages triviaux qui les opposent grâce à leur complicité. Leurs petites batailles d'imitation sont le fait d'une vieille "private joke" plus qu'une véritable compétition; et leurs discours sont émaillés de petites piques qui alternent avec de vrais moments de confidence. Rob est effectivement bien différent de Steve sur le plan sentimental: il a une maison, une petite fille, une femme; Steve s'interroge sur son avenir avec sa petite amie, tout en couchant avec une réceptionniste ou la photographe avec qui il a déjà couché par ailleurs; se sent bien seul dans son grand appartement londonien et jongle entre les coups de fils avec son agent américain et son agent anglais... The trip interroge sur des choix de carrière, l'ambition d'acteurs, et le besoin de reconnaissance. 


Touchant et drôle, Michael Winterbottom montre encore que son impertinence anglaise peut servir à plusieurs fins, divertissantes et instructives.



The trip
de Michael Winterbottom
avec: Steve Coogan, Rob Brydon, Claire Keelan,...
sortie française: 20 juillet 2011

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