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Saturday, January 28, 2012

Sherlock Holmes 2: jeu d'ombres, de Guy Ritchie

Sherlock Holmes, visionnaire, décèle des rapports entre des meurtres apparemment sans liens entre eux. Il remonte jusqu'à la source de ces meurtres, et jusqu'au professeur Moriarty, tenté par ses intérêts à créer la tension nécessaire entre les Etats pour lancer une guerre mondiale. Alors que le Docteur Watson se marie et refuse toute aventure risquée, Sherlock Holmes se retrouve seul... Jusqu'à ce que le professeur Moriarty, sûr de remporter la bataille, n'oblige Watson à se remettre en selle... et le duo Holmes/Watson se lance à sa poursuite à travers la vieille Europe qui risque la crise.


Le premier opus de Guy Ritchie avait été un bijou d'extases, entre rythme et découpage, batailles musclées et dandys anglais. Le couple formé par un Sherlock Holmes et un Watson revisité, tout en demeurant dans une époque d'aristocraties et de manières fortes, au pistolet et au couteau, fonctionnait à merveille avec dans les rôles principaux Robert Downey Jr et Jude Law. Encore une fois, cette association fait des étincelles. Watson en prend en permanence pour son grade, jamais hors du jeu, bougon et attaché, néanmoins, à son vieil ami, qui en profite pour jouer sur la corde homosexuelle alors que le Docteur Watson s'établit enfin avec sa femme. Sherlock Holmes, lui, reste drôle et élastique, avec un coup d'avance et un cerveau qui fonctionne à toute allure. Allure tordue, cependant, d'une intrigue qui ne prend pas le bon chemin et préfère être tirée par les cheveux.


Le scénario tente d'introduire du grandiose alors que l'image reste clairement dans l'action. En résultent des scènes superbes d'explosion et de combat au corps à corps - les prévisions de Sherlock Holmes en matière de combat sont toujours aussi bien intégrées et n'excluent pas la touche d'humour alors qu'il met à terre un mécréant. Ces scènes jouissives viennent remplir 90% de l'écran au détriment de la réflexion et d'une enquête. Cette dernière ne peut d'ailleurs être résolue par un seul homme, fut-il Sherlock Holmes, même secondé du Dr Watson. Effectivement, ce que veut Moriarty, ce n'est plus le détective à la pipe, mais le pays tout entier, le monde et plus encore, la fortune, la gloire et éventuellement la fin du monde, qu'il pourra alors panser. Cette super-mécanique visant à détruire l'univers aurait mérité une encyclopédie à elle toute seule. Elle n'a, pour être démontée, droit qu'à quelques scènes et indices quelconques qui donnent autant de piste que dans un jeu vidéo mal écrit. D'une séquence à l'autre, seuls quelques bouts de papier envoient dans le lieu suivant ou, après acrobaties, Sherlock trouvera d'autres détails perceptibles par lui seul pour prendre un train ou chevaucher un poney. Ce scénario, a priori pompeux, avec guerre mondiale en prévision, est finalement du plus bas niveau.


Beaucoup de décorum pour un scénario auquel on ne comprend rien, même s'il est joliment mené par un Robert Downey Jr et Jude Law très en forme. A côté d'eux, les actrices font pâle figure: Noomi Rapace compense le manque de profondeur de son personnage avec un regard vide, et occupe l'espace en mangeant à tous les plans, se goinfrant pour se donner l'air d'avoir une utilité; Kelly Reilly, la femme de Watson, tente vaguement son regard malicieux, mais personne n'est dupe: elle n'est supérieure qu'au pauvre Inspecteur Lestrade; Rachel Mc Adams meurt trop rapidement pour que leur amour ainsi interrompu perturbe de trop un Sherlock Holmes rapidement oublieux des sentiments. Avait-on vraiment besoin de ce personnage en introduction d'une course-poursuite qui aurait eu lieu, avec ou sans assassinat? Rappelons-nous que Sherlock Holmes court après les esprits tordus, et ne se bat pas pour venger son cœur meurtri.


Histoire de rester un tout petit peu positive, si on se laisse porter par le doux son des canons et des mitraillettes, l'image reste époustouflante et les reconstitutions de Paris et d'ailleurs engloutissent un budget qui se doit d'être colossal - même si, honnêtement, le fantasme d'une Forêt Noire comme un décor de western est très peu crédible. Le travail du son est lui aussi géré à la perfection, et on se délecte de craquements d'os et de chutes de pierre. Il y a eu une petite restriction de budget sur les paroles en off des figurants français - la même phrase qui revient en boucle -, mais l'ambiance sauciflard/pinard est pour une fois juste et honnête.


Ce deuxième Sherlock Holmes marque déjà le début d'un essoufflement, et la saga, pour son bien, ne devrait pas compter plus de trois films, puisque le suivant est déjà prévu.



Sherlock Holmes 2: jeu d'ombres
de Guy Ritchie
avec: Robert Downey Jr, Jude Law, Jared Harris,...
sortie française: 25 janvier 2012

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