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Friday, November 9, 2012

Frankenweenie, de Tim Burton

La solitude de Victor n'est pas une souffrance pour cet enfant, qui n'aime rien de plus que de rester enfermé dans le grenier de la maison familiale pour monter ses petits films sur pellicule, trafiquer des décors, mener des expériences et jouer avec son meilleur ami, son chien Sparky. La mort brutale de Sparky, combinée avec l'arrivée d'un étrange professeur de sciences passionné et pas très pédagogue, donne l'idée à Victor d'utiliser la force électrique des éclairs pour ressusciter son chien. Mais le secret ne reste pas longtemps enfoui, et les camarades de classe de Victor veulent eux aussi faire des miracles.


Animation en stop motion, comme au joli temps du Nightmare before Christmas et des Noces funèbres, l'ancien animateur de chez Disney est au top quand il s'agit d'utiliser ce support pour véhiculer son univers fantasque. Frankenstein est aujourd'hui désuet, filmé en live; le dessin animé le rend poétique. Le réalisateur a de plus choisi le noir et blanc, hommage au cinéma qui l'a formé et qui le nourrit encore aujourd'hui ainsi qu'aux grands auteurs de romans gothiques et fantastiques, Mary Shelley, Bram Stoker, ou Edgar Allan Poe, évidentes références. Frankenweenie a beau être une commande des studios Disney, connus pour leurs scénarios mièvres destinés au public le plus large possible mais surtout enfantin, il est l'aboutissement de projets très personnels à Tim Burton, qui a pu travailler comme il l'entendait sans doute. Frankenweenie fut d'abord en 1984 un court-métrage en prises de vue réelles; le scénario fait également écho à Vincent, autre court-métrage réalisé cette fois en stop-motion en 1982.


Le film est un petit bijou de clins d’œil, et mêle avec bonheur les thèmes de prédilection de Tim Burton - la mort, la solitude, les différences,... - avec des touches d'humour noir parfaitement placées. Ses personnages secondaires ont été piochés parmi les dizaines et les dizaines de dessins qui naissent dans ses nombreux carnets depuis des années; Staring girl, la petite fille du recueil de poèmes The melancholy death of Oyster Boy & other stories est hilarante de bizarrerie; son chat étrange émet des miaous qui valent mille discours. On bascule même dans l'horreur lors d'une fête foraine qui tourne au désastre, envahie par les monstres. Et même si la fin du film est en happy ending, Disney oblige, il ne s'agirait pas de montrer Frankenweenie aux plus jeunes; certaines scènes sont réellement terrifiantes.


Un reproche cependant, au niveau du scénario. Il est étrangement troué, et notre Staring girl si utile dans la première partie du film, resurgit soudain dans la seconde sans y avoir été conviée. Alors que les enfants détournent l'orage pour créer des créatures horrifiantes, son monstre à elle sort quasiment de nulle part, et disparaît uniquement pour mieux réapparaître en pleine confusion. Erreur à l'écriture, ou peut-être demande de raccourcissement de la durée du film, ce personnage fait cafouiller la narration.


Il n'empêche qu'on retrouve enfin Tim Burton où je le préfère, avec un dessin animé pas que pour les enfants.


Frankenweenie
de Tim Burton
avec (voix VO): Charlie Tahan, Winona Ryder, Martin Landau,...
sortie française: 31 octobre 2012

ps: pour ceux qui ne l'auraient pas vue, la masterclass donnée par Tim Burton à l'occasion de l'exposition passée à la Cinémathèque française est toujours disponible sur le site.

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