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Wednesday, November 7, 2012

Now reading #3

Je continue en ce moment à découvrir des auteurs dont j'ai entamé les œuvres récemment. Cette mono-maniaquerie permet peu de diversité, mais je retourne quand même vers le roman - j'ai l'impression de ne lire que des essais ou des documents en ce moment, en plus des bandes-dessinées - avec un nouvel auteur, chinois. Sans plus attendre, la sélection de ces dernières semaines!


Shenzhen et Pyongyang, de Guy Delisle
éd. de l'Association
Les deux premières bandes-dessinées / carnets de voyage de Guy Delisle, sortis respectivement en 2000 et en 2003 sont des brouillons de ce qui a ensuite fait son succès, notamment avec ses Chroniques, birmanes et de Jérusalem. L'auteur est alors encore chef animateur et envoyé par ses productions en Chine et en Corée du Nord pour superviser le travail des équipes d'animateurs. Guy Delisle se retrouve alors seul, ne parlant pas la langue du pays, en permanence accompagné et surveillé par un traducteur, un guide, un chaperon, dans ces pays où la liberté est très surveillée. Ses notes qu'il prend chaque soir, il les regroupe dans ces deux ouvrages. 

Étant donné que notre auteur est alors seul, à travailler toute la journée, sans vraiment pouvoir aller visiter comme bon lui semble les environs, ces deux bandes-dessinées semblent plus égo-centrées que Chroniques birmanes. Cela n'a rien de négatif, au contraire, Guy Delisle réussit à faire passer un certain malaise qu'il ressent à vivre confiné, et retranscrit alors à merveille l'univers au carré de ces régimes régissant la pensée de leurs habitants. Cependant, comme il ne sait pas vraiment encore ce qu'il va faire de ses notes, son trait est plus brouillon, sa ligne narratrice moins claire; on sent tout le potentiel de ses voyages, mais le tout est encore mal organisé. Cela donne un côté touchant à ces ouvrages. Ajoutez que, travaillant moi-même dans le milieu du dessin animé, je raffole des anecdotes très private jokes de certaines situations... Mon engouement pour Guy Delisle ne fait que grandir.


Cuisine d'indulgence pour générations futures, de François Simon
éd. du Chêne
Voilà ce que j'appelle un livre "document", pas un roman, pas un livre de cuisine, pas un essai,... C'est une sorte de témoignage, une leçon de vivre selon François Simon, critique gastronomique au Figaro, organisée en 50 chapitres qui alternent photos, expériences personnelles ou rêvées, et recettes. On retrouve sa plume élégante teintée d'une douce sensualité. L'auteur ne tient pas à nous convertir à son mode de vie, mais conseille néanmoins d'avoir envie et de profiter de chaque instant, pas forcément sur le moment, mais à l'avance, en y rêvant puis en le préparant à sa sauce... et c'est un précepte que je suivrais volontiers. Son ouvrage parle de faire bonne chère, mais aussi de se mettre en condition pour l'apprécier, en lisant, en se baladant, en respirant, en vivant. François Simon accepte de ne rien savoir mais de savoir apprécier. A lire absolument quand on est pris dans un tourbillon d'obligations et de contraintes, stressé par finalement peu de choses.


Grenouilles, de Mo Yan
éd. du Seuil
Chen le pied, surnommé Petit trot, prend le nom de plume de Têtard pour écrire une pièce de théâtre au sujet de sa tante gynécologue. Durant tout le temps d'écriture de cette pièce, le temps d'une vie, il entretient une correspondance avec son maître, un grand romancier japonais, et lui décrit sa tante, ainsi que sa propre vie. La tante fut d'abord une pionnière en matière de médecine moderne; elle devient au fil du temps une fervente du planning familial mis en place par Mao, et son talent servira à avorter les femmes. Ses hauts faits la rendent sublime et terrifiante, et elle est dans tous les villages alentours une figure reconnue. Têtard conte les vies de sa famille, de ses amis, et dresse le portrait de quelques décennies chinoises.

J'aime beaucoup ce genre de littérature, qui permet de se faire une image historique d'un pays, tout en étant entraîné dans une histoire de grande envergure; péripéties, amours, politiques, la plume de l'auteur, caché derrière Têtard qui parle évidemment dans ses lettres à la première personne, réussit un récit complexe tout en écrivant simplement. Têtard est un campagnard littéraire, ce qui lui permet de s'exprimer avec une grande honnêteté sans être pompeux; sa correspondance étant cependant importante, il met les formes en écrivant et raconte fidèlement la vie de la tante. Le roman se termine en farce, avec enfin la pièce terminée de Têtard, qui met un point final ironique à ce point de vue critique d'une Chine manipulée par son gouvernement.


Le livre qui rend dingue, de Frédéric Mars
éd. Storylab
Voilà encore une histoire d'auteur! Le narrateur a ravagé le monde de l'édition avec sa première et unique publication, un roman dans lequel chacun lit ce qu'il désire. Gros succès, prix littéraires à gogo... Mais les lecteurs connaissent des effets secondaires.

Le sujet est plaisant, flirtant avec la science-fiction, mais le style est redondant et trop simpliste. Assez ironiquement d'ailleurs, puisque l'auteur/narrateur/héros n'a pas de réel talent, mais a juste insufflé par hasard de la magie dans ses écrits... Cette dernière n'opère pas sur moi.

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