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Tuesday, November 20, 2012

La chasse, de Thomas Vinterberg

Dans ce village danois, les hommes passent ensemble des weekends de chasse emplis de testostérone et de franche camaraderie. La semaine, glacée, se passe dans la chaleur lumineuse des femmes, entre boulot et enfants. Lucas, récemment divorcé, et souffrant d'être séparé de son fils Marcus, adolescent, travaille au jardin d'enfants où il est adulé des gamins. La petite Klara, fille du meilleur ami de Lucas, avoue cependant des attouchements sexuels. Le doute grandit, la peur se répand comme une maladie, et Lucas devient le mouton noir de tout le village, et s'isole.


Le cinéma est un art de fiction, à la base duquel est l'imagination. Même si le postulat peut être un fait véridique - ici, les propos d'un psychologue qui ont servi de base au scénario - et que toute l'idée est de romancer, pour faire avaler au spectateur l'idée d'une possible réalité, on sait bien que "ce n'est que du cinéma". Le spectateur est volontairement et heureusement dupe de ce jeu. Le scénario de La chasse joue sur ces entrelacs de vérités et de mensonges. L'accusation, énoncée par la petite Klara, avec des mots hésitants d'enfant, pas toujours complets ni oralement formulés, est un mensonge, nous dit, à nous spectateurs, le réalisateur. Thomas Vinterberg nous montre la vérité: des idées s’amoncellent dans la tête de Klara, des images s'y placent, et ce gros fouillis conduit au mensonge. Mais la vérité est censée sortir de la bouche des enfants, et les adultes, qui n'ont pas tous les éléments en main, croient Klara. Le mensonge est pris pour son contraire.


L'isolement auquel est conduit Lucas, par ses amis d'hier, jusqu'à la violence, est injuste et révoltant. Le spectateur, manipulé pour aller dans le sens de celui qu'il sait être innocent, qu'il est le seul à savoir la victime, se sent comme Lucas, floué. La mise en scène n'a absolument pas besoin d'en rajouter. On est plongé dans une ambiance nordique, enfants rois, maisons chaleureuses, valeurs proches de la nature,... La neige étouffe les sons, les rues sont calmes et figées par le froid. Noël approche. Ajoutons que l'action se déroule dans un village où tout le monde connaît son voisin, et où la camaraderie est une évidence... Il suffit qu'on refuse cette paisible atmosphère à Lucas, qu'on le condamne injustement à la solitude, qu'on lui refuse l'entrée du supermarché, qu'on ne lui parle plus, pour gâcher toute sa vie.


C'est drôle de voir comme à Cannes, où La chasse a remporté deux palmes - le prix d'interprétation masculine pour Madds Mikkelsen, et le prix du Jury œcuménique -, les critiques ont détesté se faire manipuler par le réalisateur; c'est pourtant, à moi, ce qui m'a énormément plu. Il y a même ce moment incroyable de doute, où on se dit que le réalisateur nous a menti sur toute la ligne, qu'il ne nous a montré que ce que bon lui semblait, et que, peut-être, Lucas était coupable... sans pour autant vouloir croire à la trahison du réalisateur. Ce n'est pas la première fois que je tombe sous le charme du cinéma de Thomas Vinterberg. La relation qu'il réussit à créer avec son spectateur pourra paraître perverse, mais c'est un exercice délicat que je trouve extrêmement et positivement fort agréable à vivre.



La chasse
de Thomas Vinterberg
avec: Madds Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Annika Wedderkopp
sortie française: 14 novembre 2012

2 comments:

Coline C. said...

J'ai beaucoup aimé ce film, un thème touchant, émouvant et un grand jeu d'acteurs !


http://fashioneiric.blogspot.fr

Fanny said...

@Coline C
Je suis contente de voir que d'autres (plein!) ont apprécié ce film :)