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Wednesday, April 17, 2013

Le temps de l'aventure, de Jérôme Bonnell

Alix, comédienne, en tournée en province, rentre à Paris quelques heures pour passer un casting. Dans le train, son regard croise celui d'un Anglais. Il lui demande son chemin, puis ils se perdent. Sur une impulsion, Alix le rejoint à l'église où a lieu une cérémonie de deuil. Le temps d'une journée, le temps d'une aventure, Alix questionne son couple qui bat de l'aile.


Le temps d'une aventure est une parenthèse, un fantasme que nul n'ose assouvir mais qui nous effleure parfois l'esprit. Alors qu'Alix a du mal à se situer dans sa vie, dans sa carrière qui ne décolle pas, dans son couple qui ne fait que se croiser, et encore, souvent grâce à un coup de fil seulement, débordée par de petits détails, trouve son existence bien moche. Elle se laisse alors tenter par l'herbe plus verte ailleurs, et regarde ses propres pas la guider vers une destinée inconnue, plus excitante. Est-ce la peine de se battre pour des choses plutôt vaines, est-ce que l'effeort est à la hauteur du résultat? Le film permet cette catharsis, permet d'effleurer, comme Alix, la possibilité de l'aventure.


Le temps d'une aventure se découpe en petits moments, partagés entre le quotidien d'Alix, trop rapide, plein de disputes et de rendez-vous manqués, et ses perpétuelles retrouvailles, par un hasard provoqué, avec l'Anglais croisé dans le train. Ces instants contrastes avec leur douceur, suspendent le temps et le flux continuel des soucis d'Alix. La journée s'étire. Elle s'étiole même un peu trop dans les transports en commun, lieux laids et pas faciles à filmer. On se serait bien passé des rames de métro, des fenêtres de bus, pour rester dans Paris, rive droite effervescente ou rive gauche, feutrée. Gabriel Byrne a le charme bourgeois de ce Paris-là, prêt aussi à exploser de passion. On ne sait pas trop ce qu'il pense, et son personnage pâtit de ce mystère, qui finit par le ternir. Mais Alix, spontanée, changeante, tour à tour timide, lumineuse, perdue, caractérielle, possède une gamme plus large qui emmène le film.


J'ai pourtant généralement du mal avec Emmanuelle Devos, dont le visage et le corps mou ne me semblent pas représenter un idéal (ni de beauté ni de charme). Filmée par Jérôme Bonnell, elle gagne un charme exaspérant, sa beauté, qui ne répond à aucune convention, irradie, attire la lumière et fait évidemment tomber les hommes et tous les spectateurs aussi.


Un peu d'indolence, donc, effacée par moment par une lumineuse actrice.



Le temps de l'aventure
de Jérôme Bonnell
avec: Emmanuelle Devos, Gabriel Byrne, Gilles Privat,...
sortie française: 10 avril 2013 

2 comments:

MM said...

J'ai été prise tout entière dans ce film, que je trouve bouleversant.
Emmanuelle Devos est sublime dans ses émotions, ses doutes, ses hésitations, elle nous fait ressentir tout cela avec un talent fou. Gabriel Byrne est plus effacé, plus en retrait, mais c'est certainement voulu, car tout est vu de son point de vue à elle, tout découle de sa volonté, c'est elle qui provoque les choses... Lui est un personnage mystérieux pour nous parce qu'il est mystérieux pour elle aussi.
Le sujet du film, c'est véritablement elle.

Fanny said...

Oui, tu as raison, le personnage d'Emmanuelle Devos domine le film... et l'actrice son rôle, elle est vraiment top.