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Sunday, November 1, 2009

Micmacs à tire-larigot, de Jean-Pierre Jeunet

Je l'attendais depuis plusieurs mois... Et le voilà, le nouveau Jean-Pierre Jeunet. Dany Boon en est l'acteur principal, et interprète Bazil, un jeune homme qui a perdu son père, emporté par une mine provenant d'une grande fabrique française d'armes, et qui, des années plus tard, a lui-même reçu une balle perdue du fabricant adverse en plein dans le front. Depuis cette dernière aventure, il a perdu son boulot, son logement, et se retrouve à la rue. Bazil est récupéré par une bande de nus-pieds qui récupèrent et réparent tout ce dont les gens se débarrassent. Ainsi entouré, il fomente sa vengeance contre les deux PDG des entreprises qui l'ont l'une rendu orphelin et l'autre mis à la rue.



Le scénario attaque les fabricants d'armes et les ridiculise, avec légèreté et véhémence néanmoins. Alors, Jean-Pierre Jeunet aurait-il retrouvé son cynisme, si plaisant dans Delicatessen et La cité des enfants perdus? Ce n'est pas le cas, mais cependant, le réalisateur semble entamer un virage et virer de la ligne droite qu'il traçait depuis Le fabuleux destin d'Amélie Poulain. L'équilibre entre l'humour potache, la légèreté du ton, l'image usée et la pertinence du propos semble en voie d'être trouvée.


En voie seulement, car l'interprétation laisse à désirer; les dialogues sont certainement écrits avec brio, mais le ton sur lequel ils sont joués abuse d'innocence et s'appuie énormément sur la candeur un peu débile de la fine équipe entourant Bazil et Bazil lui-même. L'histoire d'amour qui se noue entre le héros et la femme-caoutchouc notamment tente de s'appuyer sur l'innocence et la pureté des personnages, et fait de cette intrigue secondaire un élément lourdaud qui vient entraver la compréhension globale de l'histoire.

L'image est reconnaissable entre mille, usée, jaunie, extrême dans ses cadrages au ras du sol ou en contre-plongée totale. Une douceur y est cependant décelable, elle apparait moins verdâtre, moins travaillée que dans les précédents films de Jean-Pierre Jeunet. L'histoire se déroule cette fois à une  époque contemporaine, et il semble inutile d'user d'un vieillissement inutile de l'image. La patine est moins extrême, moins écœurante, et correspond mieux au propos.


On sourit bien souvent, malgré qu'on ne soit pas totalement emportés par la verve intense qui caractérisait le duo Jeunet/Caro. Un pas est fait dans la bonne direction, celui de la critique acerbe, de la dénonciation sur un ton désinvolte.


Une dernière chose; Jean-Pierre Jeunet déclare en avoir assez de filmer Paris; mais il faut bien que j'avoue adorer reconnaître dans ses films tous les coins magnifiques de ma ville. Micmacs à tire-larigots regorge de coins astucieusement filmés, ces endroits où l'on passe en regardant ses pieds et qu'on manque souvent, à ne pas assez relever la tête et regarder devant soi. Je me demande souvent si Jean-Pierre Jeunet n'a pas fréquenté les mêmes quartiers que moi, tant je sais dès la première seconde l'endroit précis et l'heure auxquels il a placé sa caméra. C'est un bonheur de voir une ville si chérie.


Micmacs à tire-larigot
de Jean-Pierre Jeunet
avec Dany Boon, André Dussolier, Nicolas Marié,...
sortie française: 28 octobre 2009


Bonus: c'est quoi, notre problème, en France??


 

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