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Tuesday, November 10, 2009

Les herbes folles, d'Alain Resnais

Un portefeuille trouvé par terre, et voilà Georges qui s'imagine la vie et le caractère d'une inconnue. Hanté par elle, sans la connaître, il tente de l'appeler et finit, paranoïaque, par déposer l'objet au poste de police. Marguerite, bien évidemment, appellera la bonne âme qui lui a permis de retrouver tous ses papiers. Et c'est le début d'un chassé-croisé incessant; lui désire la rencontrer, elle n'en voit pas l'intérêt; il s'obstine, elle s'en veut de ne pas lui répondre, mais a tout de même peur de ce harcèlement. Ils finissent par se voir, et c'est elle qui vient vers lui alors, qui tient à le découvrir vraiment. Une histoire d'amour, ou d'attirance un peu tordue, jamais réciproque au même moment, les lie.


Le scénario est tiré d'un livre de Christian Gailly, et Edouard Baer tient le rôle du narrateur, suivant l'histoire d'un oeil omniprésent; mais ses interventions, brillament interprétées, ne sont jamais pesantes, et sa voix off est un perpétuel délice. La voix off est par ailleurs utlisée tout au long du film, par les personnages eux-mêmes. Rares sont les fois où on les voit en direct se répondre l'un à l'autre. Leurs pensées sont exprimées, apparaissant par un procédé désuet dans une bulle à côté d'eux, et expliquées à voix haute, comme s'ils réfléchissaient tout haut. Le téléphone, premier moyen de contact entre nos deux héros, offre aussi la possibilité d'entendre une voix sans que l'on expose celui qui s'exprime, en mettant l'accent sur le destinataire des paroles et ses réactions. Dans une scène réunissant la famille de Georges, ce procédé est également utilisé; la caméra balaye la table, et le temps qui s'écoule est ponctué de phrases banales, offrant un panorama significatif des liens qui unissent les personnages.


Le couple maintes fois porté à l'écran par Alain Resnais montre ainsi son étrangeté. Chacun des personnages possède cette vie, simple, bien rangée, pleine d'habitudes, qu'un évènement banal, mais inattendu, vient bouleverser dans des proportions surdimensionnées. Apparaissent alors leurs failles, immenses, cachées auparavant derrière une apparence bien sage. Qu'est-ce qui hante ainsi l'esprit de Georges, pour qu'il se change d'un bon père de famille en un psychopathe extravagant? Que peut imaginer Marguerite pour répondre aux appels de cet homme qui lui fait peur, et la fascine également?


La galerie de personnages qui les entoure possède comme eux ce mélange d'ordinaire et de douce folie. Les dialogues se répondent sans s'entendre, s'enchaînent et sont entrecoupés de silences, dans lesquels les regards remplacent les mots. Le titre original du livre, L'incident, ne plaisait pas à Alain Resnais. Il décide de faire de chaque personnalité une herbe folle, comme celles qui interviennent par moment en gros plan dans le film, ces plantes innocentes et qui pourtant, s'obstinent à sortir du bitume et à grandir où elle ne sont pourtant pas autorisées à pousser.



C'est un carcan dont se dégagent les personnages, tout en poésie, que montre Alain Resnais, une graine de folie à laquelle il donne la permission de s'épanouir.


Les herbes folles
d'Alain Resnais
avec Sabine Azéma, André Dussolier, Emmanuelle Devos,...
sortie française: 04 novembre 2009


ps: et l'affiche du film, n'est-elle pas juste merveilleuse?

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