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Monday, October 1, 2012

Les saveurs du palais, de Christian Vincent

En Antarctique, dans un rude climat et entourée d'hommes, Hortense Laborie fait une cuisine de cantine, et prépare son départ. Elle quitte ce travail au moment où une journaliste australienne arrive dans la base pour filmer la vie de chercheurs qui y travaillent. Elle est attirée et intriguée par cette chef, qui a passé deux années à l'Elysée au service personnel du Président de la République. Hortense Laborie, pourtant, ne tient pas à lui raconter son histoire... qui se déroule alors en parallèle, car tout le monde la connaît, sans qu'elle n'en touche vraiment mot à personne.



Danièle Delpeuch a été la cuisinière de Mitterrand, première femme chef à l'Elysée. Elle sert de modèle à Hortense Laborie, mais le film est loin d'être une biographie. Le point fort du film est de décrire la manière dont s'impose une femme frêle au départ, qui doute de ses capacités, dans ce monde d'hommes, et qui finit même par gagner trop d'assurance, du dédain. En se confrontant ensuite aux éléments et à la simplicité de l'Antarctique, elle réapprend ce qu'elle avait perdu rue du Faubourg St Honoré, son but, ses joies.


J'aime quand un film se sert d'un thème - la cuisine - pour évoquer autre chose, de plus abstrait - la progression personnelle du personnage. La cuisine est une illustration de l'ambition réveillée d'une femme qui s'en laisse enivrer pour ensuite mieux retomber sur ses pattes et retrouver son rêve, plus terre à terre et certainement plus personnel que ces années passées à l'Elysée. Dans cette prison dorée, elle a tout: l'accès aux meilleurs producteurs du terroir français, ceux dont le savoir-faire et la tradition se nichent dans des fermes perdues sur des territoires encore vierges. La pluie tombe durant septembre? La récolte vaut bien un aller/retour en train dans la journée! Les plats sont exquis, malgré un certain manque de finesse - amoncellement de pâtés en croûte, de terrines et de beurre de truffe... - et ont le goût du vrai, d'un potager digne du jardin d'Eden. Hortense Laborie prône le goût des saisons et la fraîcheur de la terre. Cette divine cuisine, ancrée dans le temps, est cependant loin du quotidien des Français que cherche à connaître le Président de la République.


A l'Elysée, Hortense se plie facilement au protocole, répond convenablement, s'adapte à la hiérarchie. Elle a accès à un frigidaire empli de victuailles et une voiture l'emmener trouver au dernier moment les meilleures huîtres de Paris. Loin de son terroir, en Antarctique, elle réapprend la vraie simplicité. Car non, une tartine de truffe fraîche accompagnée d'un verre du meilleur cru n'est pas de la simplicité, même si ce n'est pas un plat bien compliqué à préparer pour réconforter un Président fatigué. Hortense retrouve le contact des hommes, loin de son univers confiné entre la Centrale et le téléphone qui la relie au Président et ses désirs. Dans le vent et le froid, malmenée par des hommes qui ne connaissent pas de formule de politesse hypocrite, ne font pas de ronds de jambe et ne prennent pas de pincettes, Hortense se rend compte de son aveuglement. Elle fait, en Antarctique comme à Paris, la même cuisine, avec la même passion, mais en percevant cette fois les éléments, en écoutant les mastications et les soupirs de joie d'estomacs comblés.


Je ne suis pas certaine que mon interprétation d'Hortense, dépassée par le pouvoir qui lui est conféré, au service du Président de la République, soit tout à fait celle désirée par la réalisation. Pour preuve, alors qu'elle gaspille visiblement l'argent de l'Etat - et donc du contribuable -, le film justifie les excès d'Hortense au nom du vrai, du goût, du terroir,... et la pose en victime quand il s'agit de réduire les quantités de truffe ou autres produits de luxe dans l'assiette du Président. Volontaire ou pas, le message que j'ai lu dans Les saveurs du palais m'est apparu intelligent, concentré sur les dérives d'un personnage à qui on offre un pouvoir illimité dans son domaine alors qu'elle ne l'a même pas recherché. La punition qu'elle s'inflige en s'isolant en Antarctique n'en paraît que plus sévère et la leçon plus importante.


Des ratés cependant, du côté de la journaliste australienne, justificateur inutile à la plongée dans les souvenirs d'Hortense, ou quelques dialogues superflus, viennent ponctuer de fautes de goût le film. Malgré tout, Les saveurs du palais est une excellente surprise, loin de la politique, plus humain que ce à quoi je m'attendais.


Les saveurs du palais
de Christian Vincent
avec: Catherine Frot, Arthur Dupont, Jean d'Ormesson,...
sortie française: 19 septembre 2012

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