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Wednesday, October 17, 2012

Tell me lies, de Peter Brooks

1968, alors que la Guerre du Viêt Nam s'enlise depuis déjà quatre années, trois jeunes Londoniens, un couple et un de leurs amis, choqués par une photo du conflit, parlent de l'engagement de leur pays auprès des Etats-Unis et regroupent des informations sur cette guerre qu'ils refusent, et sur la manière de s'y opposer. En chansons, manifestations et discussions, ils approchent la complexité de l'engagement militaire d'un pays dans un conflit qui pourtant, ne le touche pas directement.


Voilà un film qu'il faut avant tout replacer dans son contexte. La Guerre du Viêt Nam débute par l'engagement des Etats-Unis auprès de la République du Vietnam, au sud du pays aujourd'hui réunifié. Le nord était alors communiste suite à la Guerre d'Indochine, terminée en 1954. En 1964, les Etats-Unis envoient des forces armées sur le terrain. En 1968, à l'époque durant laquelle se déroule Tell me lies, les Etats-Unis connaissent des élections chaotiques, qui finiront par placer Nixon au pouvoir. La guerre ne se terminera qu'en 1975.


Durant les quinze années qu'auront durées la Guerre du Viêt Nam, les dégâts furent considérables, les bombardements nombreux, les pertes humaines terrifiantes. De nombreux massacres eurent lieu. Aux Etats-Unis, l'opinion publique, inspirée par les images diffusées dans les médias, contestent l'engagement dans le conflit. De jeunes garçons fuient le recrutement de l'armée. La pression sur le gouvernement est extrêmement forte. Tell me lies se déroule au Royaume-Uni, où la prise de conscience de cette guerre est aussi présente, mais où la situation des manifestants est bien différente; effectivement, le Royaume-Uni n'est pas directement engagé dans le conflit, puisqu'il n'est qu'un allié des Etats-Unis. La question qui se pose est donc éthique. Quelle est la place de ces jeunes Londoniens - ceux de la frétillante Swinging London, déjà croisés dans Blow-up - dans un conflit dont ils se sentent bien loin, mais dont ils doivent accepter la réalité douloureuse et meurtrière?


Pour terminer ces repères historiques, il faut aussi savoir que Tell me lies a été produit en 1967, n'a pas été diffusé malgré sa programmation au Festival de Cannes en 1968 du fait des évènements politiques de l'époque, et a finalement reçu l'année suivante le Prix du Jury au Festival de Venise, ainsi que le Prix de la Critique. Bref, Tell me lies est certainement un film militant, et il ne me paraît pas totalement anodin qu'il ressorte, malheureusement dans un silence relatif, restauré, en 2012.


Le film n'apporte pas de réponse à la question posée par Mark, Pauline et Bob. Il soulève délicatement différents points de vue, tous à envisager, et qui finissent par tous se ressembler, car tous terriblement vains. Tell me lies, vu aujourd'hui, par une génération - la mienne - qui oublie de s'engager politiquement, et même dans d'autres domaines - on ne parle que de ces jeunes qui ne savent pas quoi faire de leur vie, sans passions, sans idéaux, sans avenir - possède peut-être encore plus d'ironie qu'au moment de sa première sortie en salle. Les Etats-Unis ont connu une cuisante défaite lors de cette Guerre du Viêt Nam. Et pourtant, aujourd'hui, les Etats-Unis sont présents ou l'ont été il y a peu, en Irak et d'Afghanistan.


Les trois jeunes gens s'interrogent, ou se font questionner: vaut-il mieux laisser un pays s'enliser seul dans ce que d'autres pays considèrent une erreur - le communisme, par exemple, pour les Etats-Unis? Ou faut-il intervenir militairement, dans l'idée d'établir une paix durable pour les générations futures? Qui peut se permettre d'envoyer des enfants se faire tuer, depuis son confortable bureau, entre deux réceptions d'ambassadeur en dégustant du champagne? Quoi faire pour protester, et est-ce que la protestation est réellement utile, impacte-t-elle sur les population considérées martyrisées? Alors que le film accompagnait lors de sa sortie un mouvement contemporain à la pensée populaire, il vient aujourd’hui comme un rappel. Peu de changement côté gouvernements, une lassitude du public.


Où sont passés Mark, Pauline et Bob?


Tell me lies
de Peter Brooks
avec: Mark Jones, Pauline Munro, Robert Lloyd,...
sortie française: 1968
version restaurée: 10 octobre 2012

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