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Thursday, December 1, 2011

Photo for life, sur Arte.tv

Bientôt le bilan de novembre pour le 365Project... Et 31 derniers jours! Je continue à suivre des cours de photos à droite et à gauche, lorsque j'ai le courage de me replonger dans le passionnant hors-série du magazine Compétence photo  qui détaille le RAW dans tout ce qu'il a de plus technique. Bonne nouvelle, l'émission de NoWatch, Premier Reflex, est sortie du labo pour s'assumer en tant que quotidienne. Je trouve qu'elle manque encore de personnalité, qu'elle hésite entre amateurisme éclairé et détails plus professionnels. Mais elle s'affinera au fil du temps, c'est certain. Et elle présente le grand avantage d'être claire sur l'intitulé de chaque cours. Si c'est la profondeur de champ qui mène l'émission, elle sera décortiquée en long, en large et en travers (enfin pas assez, pas encore, mais ça viendra, l'émission est prometteuse). Évidemment, rien ne vaut jamais le terrain, et ces "cours" restent portés sur la technique. Il faut tester, habituer son œil à saisir le détail et chercher à transcrire sa personnalité via l'appareil. C'est plutôt ce que Photo for life, l'émission d'Arte, tente d'enseigner à ses apprentis photographes sous la houlette d'Oliviero Toscani.

Alors entendons-nous bien: si on se tourne trop vers la technique, on oublie l'artistique, la sensibilité. Mais on ne peut pas immortaliser son point de vue sur papier glacé sans connaître la technique. Il n'y a rien de plus frustrant que de trouver de la beauté et de ne pas savoir la retranscrire en appuyant sur le déclencheur. Mais lorsqu'Arte décide de faire Photo for life, ce n'est pas seulement pour se mettre au service de l'Art, ou d'un message plein de sens, et accessible universellement; c'est surtout pour parler au commun des mortels et à tous les téléspectateurs, ceux qui aiment et connaissent la technique photographique... et les autres, surtout les autres, qui constituent sans doute le gros de la cible. Photo for life, c'est avant tout de la télé-réalité. Il y a des élèves, un maître qui ne mâche pas ses mots, des épreuves à passer; des coups durs, des coups bas, des abandons; et des amitiés, des rires, de la solidarité... 


On suit, sur une semaine, une master class. Six élèves ont été choisis par Oliviero Toscani, jugeant des milliers de clichés pour dénicher de véritables talents. Sans doute que la production l'a-t-elle quelque peu influencé. Il y a la Parisienne, jeune, sensible, qui a du mal à s'exprimer à l'oral; elle a de jolies jambes en plus de son talent. Il y a l'Asiatique excentrique, qui cache un mal-être ou qui en joue, avec ses clichés ensanglantés et ses costumes osés. Les six élèves brassent des cultures différentes, viennent de milieux variés entre la France et l'Allemagne, et sont suffisamment assortis pour permettre à la production de trouver de quoi faire cinq émissions de 45 minutes chacune. Chaque émission est construite de la même manière, un peu lassante et redondante, mais efficace, tant qu'on n'a pas 20 épisodes de prévus. Au matin, les élèves se retrouvent autour d'une table ronde, à la Maison des Métallos; Oliviero Toscani fait son show, montre son propre travail et introduit un publiciste, une galeriste, une rédactrice en chef de magazine,... Le commanditaire entre en scène et expose son besoin; les élèves ont alors un temps imparti pour trouver les bons clichés, puis pour les retoucher. Ils se retrouvent ensuite autour de la table pour comparer leurs travaux; Oliviero Toscani a évidemment son mot à dire; le commanditaire, éventuellement, récompense le meilleur élève par la promesse d'une publication, d'un partenariat... Enfin, l'émission se clôt sur les impressions des élèves, seuls pour se confier face à la caméra. J'ai réussi à oublier ce côté extrêmement "télé-réalité" pour me laisser emporter, un petit peu. Qu'aurais-je fait à la place des élèves? Quel sujet aurais-je choisi?

J'ai été agacée par le manque de technique; les photos délivrées, au final, sont jolies. Mais on en trouve plein sur Tumblr, Instagram, ou toute autre communauté photographique du net. Mais j'ai aimé certains aspects de cette télé-réalité. Tout d'abord, personne n'en a entendu parler; tous les épisodes sont en ligne gratuitement sur internet, et de nombreux bonus, avis personnels et intimes, coulisses, sont disponibles pour ceux qui veulent en voir plus. Cette manière de regarder une émission est très agréable; on regarde si on veut, quand on veut, et ce qu'on veut. On découvre un des élèves en particulier. Des concours ont été proposés tout au long de la semaine. L'interaction est donc absolument idéale, plus proche de la structure web, ouverte à tous, que celle de la télévision, fermée, contrainte aux horaires et aux audiences.


Oliviero Toscani, grand photographe de publicité, célèbre pour détourner au profit des marques une image choc, est également un des aspects positifs de ce show Arte. Il remplit son rôle de critique et de maître sûr de lui, un peu prétentieux, faussement catastrophé, volubile et plein de personnalité. Mais aussi et surtout, à travers toutes ses gesticulations, on sent un œil aiguisé, une curiosité, un comportement aux aguets. Il s'amuse, mais sait soudain être sérieux, professionnel. Il installe des lumières d'une main sûre, et, derrière sa perpétuelle critique "ne regarde pas ton écran", on perçoit une assurance du bon cliché. Les réglages, il les a au bout des doigts. Il n'y a plus qu'à trouver l'angle, le sujet. Alors, certes, ses enseignements semblent bien faibles en termes de technique, comme en terme de recommandations: "ne regarde pas ton écran", "sens ta photo", "sois attentif aux détails", "de la rigueur!",... Mais, dans le fond, il ressasse la base de la base, et proclame que la simplicité fait toujours mouche, qu'un regard objectif a toujours son importance, sans qu'on lui rajoute une signification trop complexe, trop impénétrable.


Photo for life est donc un joli coup, discret, d'Arte, pour tenter d'expliquer un art qui ne s'apprend pas vraiment. Les épisodes sont toujours disponibles sur le net.


Photo for life
du 21 au 25 novembre 2011 sur Arte 
disponible sur Arte.tv

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