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Monday, August 13, 2012

Terri, d'Azazel Jacobs

Terri est un adolescent obèse, qui subit donc les quolibets de ses camarades de lycée, dans sa petite ville américaine typique où mieux vaut faire partie de l'équipe de foot, ou être cheerleader pour les filles. Terri vit avec son oncle James, qui perd la boule, c'est plutôt lui qui est sous la tutelle de Terri au lieu du contraire; Terri ne quitte jamais ses pyjamas, qui contiennent plus aisément ses kilos en trop. Ces particularités le mettent dans le colimateur du proviseur, qui le fait alors venir chaque lundi matin pour une petite conversation qui s'approche de la psychothérapie. Terri est heureux de ce privilège, mais découvre que Mr Fitzgerald ne reçoit pas que lui, mais tout un petit groupe d'adolescents mal dans leur peau, à part, les freaks du lycée.


Le sujet est suffisamment fort, les personnages bien caractérisés. Le scénario, issu d'un recueil de nouvelles écrit par Patrick Dewitt, semble avoir tiré le meilleur des personnages de ces historiettes, pour les placer autour d'un adolescent somme toute normal et très différent. De part son physique exceptionnel, Terri se démarque des autres. C'est de son obésité que découle son attitude, victime philosophe des plaisanteries des autres. Il ne laisse que peu transparaître ses émotions alors qu'on se moque de lui, mais vit dans un détachement mélancolique, éloigné de ses camarades de classe. On peut également s'interroger sur l'absence de ses parents, dont il ne paraît pas souffrir non plus. Mais être élevé par un oncle à la mémoire défaillante, au milieu d'une forêt, dans une maison saine, mais dont il doit lui-même s'occuper quotidiennement, joue certainement sur son éducation. Sans modèle, laissant passer le temps sur lui, Terri ne voit que du bon dans la présence soudainement quotidienne de Mr Fitzgerald à ses côtés.


Lorsqu'on s'éloigne du groupe des adolescents, il devient plus difficile de rester dans la poésie du film. Les changements du passage à l'âge adulte, les interrogations de ces gamins à part, plus matures que les autres peut-être, à force de regarder et d'étudier leurs camarades de l'extérieur, sont le vrai sujet du film. Les interventions de Mr Fitzgerald, que le réalisateur oublie de justifier - qu'est-ce qui pousse ce proviseur à s'improviser psy, aux dépens semble-t-il, de toutes ses autres responsabilités? - sont toujours hystériques, hurlées par John C. Reilly. Le proviseur ne change jamais de ton, et sa psychologie de comptoir passe très mal, surtout qu'il semble employer la même méthode avec tous, de Terri, gros garçon sensible, à Chad, petit, malingre et nerveux.


Ces adolescents auraient pu se trouver sans son aide, et se construire sur leurs propres expériences. Interposer entre eux un adulte décharge de toute sensibilité l'histoire, et fait étrangement ressortir les aspects pervers du passage à l'âge adulte. L'intervention de Mr Fitzgerald dans les histoires de ces adolescents qui découvrent le sexe, son implication et ce qu'il apprend de chacun lui ôtent son rôle de confident pour lui donner un regard malsain.


Le scénario de Terri partait d'une bonne intention, mais assume maladroitement son sujet. L'adolescent magnifique qu'aurait pu être Terri n'existe que trop peu face à un monde adulte qui tente de l'encadrer.



Terri
d'Azazel Jacobs
avec: Jacob Wysocki, Bridger Zadina, Olivia Crocicchia,...
sortie française: 08 août 2012

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