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Wednesday, August 1, 2012

Adrienn Pàl, d'Agnes Kocsis

Une infirmière obèse est en charge de surveiller les rythmes cardiaques de patients en soins palliatifs. Autant dire qu'ils sont tous proches de la mort et que les attentions de Piroska ne fait que retarder un peu une issue fatale. Piroska accomplit sa tâche avec soin puis rentre chez elle auprès de son fiancé qui la réprimande sur son poids et va jouer avec sa ville miniature. Piroska a mis sa vie de côté et continuer à manger chaque jour un gâteau à la crème, chaque nuit du chocolat fondu dans un bol. Une patiente arrive, répondant au nom d'Adrienn Pàl. Ce n'est pas la petite fille que Piroska a connue et perdue de vue, mais son souvenir la remue. Piroska part à la recherche d'Adrienn, et sort un peu de sa vie léthargique en remontant son passé.


D'abord, HAHAHA, la réalisatrice s'appelle Kocsis; coccys, ça ne s'invente pas... sacrés Hongrois. Ce moment d'hilarité passé - veuillez m'en excuser, je m'appelle Ben-quelquechose, vous pouvez aussi faire des blagues -, on peut revenir à l'intense sérieux de son film. Il fallait que je débute sur une touche de légèreté pour ensuite passer à la gravité d'Adrienn Pàl.


Il y a d'abord un personnage, Piroska, cette femme, obèse, maladivement grosse, qui s'avale un gâteau entier tous les jours, et se mijote des mélanges savoureux sucre et chocolat le soir, ou cuisine des pâtes aux pommes de terre. Elle emplit tout l'écran de son corps; il pourrait presque sembler malsain de la voir engoncée dans un fauteuil trop petit, prendre toute la place à l'arrière d'une voiture, remplir constamment la moitié de l'écran. Son regard révèle cependant un détachement terriblement triste, et le malsain n'existe pas, au profit du sentiment de compassion. On l'aime, cette Piroska, et on voit bien que ce n'est pas de sport, de ce petit vélo d'appartement qu'elle écrase de son poids, dont elle a besoin. Piroska a besoin d'amour et qu'on cesse de la considérer comme étant là, tout bêtement, pour acquiescer à des monologues ou juste faire son boulot.


Le poids de Piroska n'est jamais tourné en dérision, pointé du doigt. Il est juste là comme le témoin de son existence passive. Ses patients eux-mêmes n'ont pas vraiment besoin d'elle. Et l'hôpital est la deuxième surprise du film. Comme on peut s'y attendre, on y trouve des lumières blafardes, des couloirs interminables et des couleurs vertes et roses lavées par le temps. Figés dans cet univers, entre la vie et la mort, les patients opposent leurs chairs décharnées à celle, pulpeuse, de Piroska. Et si Piroska, elle-même dans l'attente du temps qui passe, s'accrochait finalement quand même à la vie, en se goinfrant sans cesse? Malgré son apparent manque de volonté pour se sociabiliser, pour vivre en dehors de son travail, j'ai eu l'impression que ce ventre sur pattes lançait tout de même un message, inconsciemment.


Piroska ne sait pas qu'elle a la volonté de changer. Rien ne la motive pour cela. Le souvenir de sa meilleure amie à l'école primaire, sa seule amie de toute une vie, lui donne l'impulsion. Sans qu'elle sache vraiment pourquoi elle se met à la recherche d'Adrienn Pàl, ni ce qu'elle va lui dire quand elle l'aura trouvée, Piroska change ses habitudes et apprend à ouvrir les yeux sur le monde qui l'entoure. Son fiancé, ses collègues, sa solitude, tout lui apparaît doucement. Sans radicalement devenir une autre, elle évolue et s'ouvrent pour elle de nouvelles perspectives.


Le film sait donc rester léger tout en traitant de questions infiniment mélancoliques et ne s'évapore non plus jamais trop loin de sa gravité poétique.


Adrienn Pàl
d'Agnes Kocsis
avec: Eva Gabor, Istvan Znamenak, Izabella Hegyi,...
sortie française: 25 juillet 2012

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