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Wednesday, May 29, 2013

La grande bellezza, de Paolo Sorrentino

Jep Gambardella a écrit, dans sa jeunesse, un roman qui l'a propulsé au sommet. Depuis, il se prélasse dans son appartement, se balade dans Rome, organise de somptueuses fêtes la nuit, et n'a plus jamais rien écrit autre que dans le journal d'une amie, des interviews percutantes et cinglantes sur l'art contemporain. Jep fête son anniversaire et s'interroge, réellement, sur ses motivations, ou plutôt sur sa démotivation: pourquoi n'écrit-il plus?


Personne n'est sans savoir que j'adore Paolo Sorrentino. Après une réalisation américaine et décevante, This must be the place, il revient, à Cannes d'ailleurs (où il n'a remporté aucun prix), avec cette Grande bellezza, une plongée dans l'Italie fastueuse, fêtarde. La vie de Jep Gambardella ressemble à celle d'un empereur, décadente, les yeux fermés à la misère et au monde autre que celui qui l'entoure: des jardins, des bonnes soeurs, de l'argent et de l'art.


Comme d'habitude, Paolo Sorrentino suit les pas errants d'un homme perdu dans sa propre vie, dans son tourbillon. Soudain il stoppe, et cherche à changer de direction. Evidemment, ses interrogations sont intérieures. Comme Jep Gambardella est un écrivain, ou journaliste au moins, il n'est pas étonnant d'entendre résonner en voix off ses réflexions, comme les lignes d'une histoire qu'il devrait écrire. Je déteste d'habitude les voix off, trop explicatives, mais bien dosées, et intelligemment intégrées, en accord avec le personnage, elles sont parfaites.


Elles résonnent d'autant mieux dans un décor super, celui d'une Rome qui réussit même à couper littéralement le souffle à un touriste japonais, terrassé par tant de splendeur. Un peu d'ironie, dans des déambulations un peu vaines, mais si belles... Je crois que les images de Paolo Sorrentino ne peuvent pas plaire à tout le monde; beaucoup les trouveront vides de sens, et sans but. Etant monteuse image, je crois que je suis sensible au rythme que Paolo Sorrentino arrive par-dessus tout à insuffler dans ses films. Il ne suffit pas que la mélodie soit jolie, il faut aussi que la chanson, dans sa continuité, sursaute, charme, égaie, tour à tour devienne trépidante et langoureuse. Et alors, sans comprendre les paroles, on aime la chanson. Les paroles seraient le scénario, la mélodie serait chaque séquence, et le tout formerait le film.


Pour une balade un peu perchée dans Rome, sous le soleil, La grande bellezza est un film parfait.


La grande bellezza
de Paolo Sorrentino
avec: Toni Servillo, Carlo Verdone, Sabrina Ferilli,...
sortie française: 22 mai 2013

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