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Thursday, June 27, 2013

Room 237, de Rodney Ascher

1980, Stanley Kubrick sort son Shining sur les écrans américains. Le film est mal reçu par la critique, qui n'y distingue plus le roman de Stephen King. Trente ans plus tard, le film, culte, fascine toujours. Et si Kubrick y avait mis plus que Stephen King? S'il n'avait pas réalisé seulement un film d'horreur, mais raconté aussi l'holocauste, ou l'extermination des Indiens par les premiers colons?

Tous les témoignages, les analyses du film, sont anonymes. Évidemment, on entend les voix, on voit les noms des personnes dont elles proviennent... Mais Room 237 n'est monté qu'avec les images de The Shining, ralenties, repassées, en marche avant, en marche arrière, image par image,... et entrecoupées d'autres extraits de films. Le début du documentaire est donc déstabilisant: il s'agit d'écouter plutôt que de voir. Les paroles et les images sont d'ailleurs redondantes, chose que j'évite absolument lorsqu'il s'agit de raconter une histoire; il me semble qu'au cinéma, comme à la télévision, l'image prime, et raconte plus que les mots. Pour un documentaire comme Room 237, l'image permet de visualiser un pseudo-narrateur: quand chacun se met à raconter son premier souvenir de The Shining, on voit une salle de cinéma, et on imagine le narrateur dans un fauteuil, quelque part dans la salle...


Ces illustrations sont finalement bien agencées, et permettent de faire un panorama sur le cinéma de Stanley Kubrick - de nombreuses images d'Eyes wide shut, d'Orange mécanique, et bien d'autres - et du cinéma qui aurait pu être dans la culture du spectateur à l'époque. On devient évidemment de plus en plus précis, en voyant de nombreuses scènes de The Shining, décortiquées, schématisées,...


La précision finit par virer à l'obsession; les analyses s'acharnent à faire un arrêt sur image, pour montrer le visage de Stanley Kubrick dans les nuages. On se marre bien, quand ça tourne même tant à l'absurde que les narrateurs eux-mêmes ne sont pas dupes. Ils se rendent bien compte de certaines spéculations ridicules. Mais, dans la masse de détails, et d'évidences, connaissant le caractère minutieux du réalisateur, il y a des choses qui pourraient vouloir dire quelque chose, et aller, certainement, bien plus loin que le simple film d'horreur.


Le documentaire est un joyeux foutoir, entre vérités et grand n'importe quoi, qui raconte, encore plus que le film lui-même, son impact au fil du temps. 


Room 237
de Rodney Ascher
avec: Jay Weidner, Buffy Visick, Scatman Crothers,...
sortie française: 19 juin 2013 

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