Saturday, September 14, 2013

Le majordome, de Lee Daniels

Cecil Gaines a été majordome à la Maison Blanche, cotoyant ainsi sept Présidents. Sur son parcours, depuis les champs de coton dans le sud du pays, jusqu'à Washington, il a vu la condition noire évoluer, du ségrégationnisme à l'égalité.

Après Precious, et Paperboy, Lee Daniels réalise cette fois un film de facture extrêmement classique. La structure du film est un grand flash-back: on revient sur la première image, celle d'un Cecil Gaines vieilli, assis sur un fauteuil de la Maison Blanche, attendant... celui qui l'accueillera à la toute fin du film. La caméra est toujours fluide, au bon endroit, comme pour s'accorder à la rigueur d'un homme toujours au service des autres, dans la discrétion et sans jamais brandir le poing. Celui qui se démène, se lance physiquement dans la bataille, c'est le fils de Cecil, le jeune Louis.


L'histoire de la ségrégation passe par la relation entre un père et un fils: le premier, au plus près du pouvoir, ne fait pas la moindre vague; le second se bat pour faire reconnaître les droits des noirs, d'abord pacifiquement, puis en prenant les armes, et toujours des coups. Même si chaque avancée décidée par chaque Président (noirs et blancs à l'école, lois contre la discrimination, droit de vote,...) est associée, de près ou de loin, à une petite phrase entre Cecil et le Président concerné, Lee Daniels fait lentement mûrir l'idée que son héros a tort. Louis, en s'opposant sur le terrain, est celui qui participe à l'émancipation; Cecil n'influe que passivement sur les décisions.


Il faudra toute une vie pour que Cecil s'en rende compte, et rejoigne enfin son fils. Entremêlant ainsi l'Histoire et les sentiments personnels, Lee Daniels réussit à dépasser, et largement, l'accumulation de dates clés, piège du genre. Les années qui passent se voient dans les détails, dans les changements de présidence, l'engagement plus violent de Louis dans la bataille, auprès de noms juste évoqués comme celui de Malcolm X, ou Martin Luther King, l'autre investissement du second fils de Cecil, qui part au Vietnam. Elles se voient aussi dans la musique qui évolue, et un boulot considérable sur les costumes et les styles, de la bourgeoisie cossue à la fantaisie capillaire des Black Panthers.


Les anecdotes un peu baclées viennent cependant gâcher la fin du film: alors que Cecil a retrouvé Louis, et que le scénario aurait pu se fermer sur leur nouvel engagement commun, le film traine en longueur pour arriver jusqu'aux années 2000 et se clôre sur un évènement politique, plutôt que sur cette trame personnelle déroulée tout du long du film.


Sans cette errance de fin, qui donne au film vingt minutes de trop, Forest Whitaker, toujours formidable, donne corps à un Majordome charismatique, un homme témoin de plusieurs époques clés dans l'évolution de la condition noire, mais père avant tout.


Le majordome
de Lee Daniels
avec: Forest Whitaker, Oprah Winfrey, David Oyelowo,...
sortie française: 11 septembre 2013

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