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Saturday, September 28, 2013

Le transperceneige, de Bong Joon-Ho

Quelques années après avoir abusé d'un produit réfrigérant pour contrecarrer le réchauffement climatique, la situation est devenue incontrôlable et le monde a entièrement gelé. Les seuls survivants roulent à folle allure dans un train tout autour de la planète éteinte. A l'avant, le concepteur de la machine. Suivent les classes aisées, qui se prélassent, et à l'extrémité arrière du train, de pauvres hères survivent, nourries d'infâmes barres protéinées. Une révolte entraîne ces passagers à l'avant du train.
Il y a dix ans, Bong Joon-Ho trouve dans une petite librairie coréenne la bande-dessinée française de Jacques Lob, Benjamin Legrand et Jean-Marc Rochette, Le Transperceneige. Il lui a fallu arranger le scénario, différent de la BD originale; il lui a fallu la reconnaissance internationale, reçue avec The Host (à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2006), et avec Mother (Un Certain Regard à Cannes en 2009, au Festival de Toronto, Copenhague ou San Francisco,...). Il lui a fallu plus d'une année de pré-production pour arriver à imaginer l'univers du film. Ces étapes, Bong Joon-Ho les a franchies en travaillant avec les auteurs de la bande-dessinée. Présents lors de l'avant-première du film à Paris, Benjamin Legrand et Jean-Marc Rochette ont montré un visage ravi, témoignant de leur place sur le projet. Une si honnête collaboration, assortie de l'engouement d'un casting international (Tilda Swinton en premier lieu, l'acteur coréen Song Kang-Ho, pour la troisième fois fidèle à Bong Joon-Ho,...), prouvent qu'une équipe unie peut accomplir un travail formisable. Et ce résultat devrait plaire aux amateurs de film de genre, mais aussi au grand public sans distinction.


Filmer dans le huis-clos d'un train impose une chartre cinématographique. L'espace restreint donne peu de liberté à la caméra, obligée de se servir du seul point de fuite possible, celui envisagé aussi par les personnages du film: l'enfilade des wagons vers l'avant. On commence dans l'ombre, on termine dans la lumière. Peu à peu, des fenêtres s'ouvrent, permettant à la clarté d'entrer, aux héros de découvrir, avec le spectateur, l'extérieur gelé. Des buildings, des précipices, tous recouverts d'une blancheur absolue signifiant la mort. Ces codes issus du roman graphique sont, de prime abord, manichéens. Bien maîtrisés et intégrés à une intrigue de science-fiction, c'est pile dans le ton du film.


Le début, dans la noirceur et la crasse des classes inférieures, est développé avec lenteur. L'attente insoutenable du moment opportun conserve une cinématographie graphique et toute asiatique, éclairée d'improbables lueurs. Une fois que les portes des wagons commencent à s'ouvrir, le rythme change; les héros remontent rapidement dans le train, les classes supérieures, sagement rangées dans leurs wagons-salons, wagons-salle à manger, piscine, boîte de nuit,... s'agitent follement dans leurs univers colorés et éclairés. Les décors féériques s'enchaînent sans vraiment de discernement alors que la course vers l'avant se fait de plus en plus effrénée. Les combats commencent, aussi chaotiques et rapides. Je ne reprocherai cependant pas à Bong Joon-Ho de passer plus rapidement dans ces wagons: au moins ne s'appesantit-il pas dans des descriptions inutiles visant à montrer la maîtrise des décorateurs et des effets spéciaux du film.


Il n'y a pas que le rythme du film, qui s'appesantit de nouveau une fois le but atteint, à commenter. Les personnages peuplant le Transperceneige sont également pleins de surprises, derrière leur attirail très caractérisé (mitaines miteuses en queue de train, peignoir de soie en tête). L'incroyable transformation de Tilda Swinton en pion hautain, au service du train, cache une boucle complexe, caractéristique de la survie de ce peuple enfermé. Les autres personnages ne sont pas en reste, équilibrés entre l'image qu'ils donnent, proche du cliché, et leur véritable fond, plus subtile. Si mon féminisme s'en mêlait, je regretterais cependant un geste mettant de côté la seule femme dans une bataille, alors que son caractère aurait supporté sans broncher la baston. C'est un détail qui se perd dans la magnificence du film (mais bon, quand même).


J'ai mis un mois à vous pondre une grosse review sans dire la moitié des bonnes choses que je pense du film. Je vous laisse donc patienter encore un mois pour attendre beaucoup de bien du Transperceneige.


Le transperceneige
de Bong Joon-Ho
avec: Chris Evans, Tilda Swinton, Song Kang-Ho,...
sortie française: 30 octobre 2013

2 comments:

Anonymous said...

La première à se battre quand ils ont réussi avec le bélier et Octavia Spencer, elle asséne des coups de barre à mine comme une déchainée.

Fanny said...

[SPOILER ALERT]

Certes, certes, Anonymous, la femme sait se battre. Mais y'a un petit geste ultra macho, alors que le groupe entre dans le wagon aux hommes masqués, et qui la repousse derrière tout le monde, qui m'a fait tiquer. Je suis pointilleuse, je sais ;)