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Wednesday, December 30, 2009

Le soliste, de Joe Wright

Steve est éditorialiste au Los Angeles Times. Séparé de sa femme, éditrice en chef du journal, il traverse une crise qui interroge son métier, son divorce, et à laquelle le journal, qui perd ses lecteurs, est aussi confronté. Cependant, Steve continue de s'attacher aux sujets de ses articles, et est spontanément attiré par un musicien qui joue sur deux cordes d'un violon en piteux état sous une statue de Beethoven. Le sans-abri connaît la musique, tient des propos décousus mais d'une indéniable poésie, et a passé deux années dans la prestigieuse université de Julliard. Steve s'attache à Nathaniel, comme sujet d'étude d'abord, et comme ami ensuite.




Steve Lopez a réellement existé et a tiré un livre de son aventure. Le réalisateur, Joe Wright, s'est permis des libertés par rapport au récit, comme de faire de son personnage un homme divorcé, mais a conservé cette incroyable relation entre deux hommes, l'un sain mais qui voit son monde dans une impasse, l'autre schizophrène et qui voit la beauté de son univers, et réussit à trouver la quiétude dans la musique. Joe Wright réussit à faire s'interroger son héros, et donc le spectateur, sur l'influence des individus les uns sur les autres. Peut-on, et doit-on forcer quelqu'un a rentrer dans une certaine norme, lorsque celui-ci ne semble pas le demander? Steve tente de sortir Nathaniel de la misère, mais se pose des questions sur la mission qu'il s'est assigné. Peut-être Nathaniel réussit-il à être heureux dans son monde imaginaire, et peut-être Steve, dans son désir de le confronter à la réalité, est-il poussé par la volonté de soulager sa conscience par une bonne action, plus que par une pure amitié. Bien entendu, la bonne morale conclue le film, et il se trouve que c'est Steve qui trouve le plus la tranquillité au contact de Nathaniel qui le contraire. La conclusion du film a beau être profondément honnête, cela n'enlève rien à sa force, et à l'extraordinaire histoire qui le tient.


Dans la forme, la réalisation est nettement plus osée que le scénario. Joe Wright filme une ville aux autoroutes tortueuses et aux recoins laids, peuplées de paumés, extraordinairement embellie par la photographie, comme observée du point de vue de Nathaniel. On plonge parfois sans transition dans un Los Angeles d'un autre âge, bruni, par les flahs-backs du jeune Nathaniel confronté à sa schizophrénie dès son enfance, dans une sombre cave qui lui tient lieu de chambre. La musique, évidemment omniprésente, et classique, permet au réalisateur d'entreprendre de grandes envolées lyriques, presque kitch si elles n'étaient pas si hardies, jusqu'à une ou deux minutes de flashs lumineux et colorés dans un écran totalement noir. Certains diront que c'est de la poésie et de l'audace, d'autres y verront une écœurante mise en scène soulignée par des orchestres trop virtuoses.


Pour ma part, j'y ai vu une grande sensibilité, et un quotidien des sans-abri montré sans fard, comme une Cour des Miracles moderne, avec même une petite ouverture vers l'ironie - à la suite de la générosité du maire... Sans non plus être un film extraordinaire, il possède la juste dose d'impertinence et de lyrisme pour transporter le spectateur.


Le soliste
de Joe Wright
avec Rovert Downey Jr., Jamie Foxx, Catherine Keener,...
sortie française: 23 décembre 2009

Saturday, December 26, 2009

Friday night lights

Encore une série ayant pour héros des adolescents dans une petite ville des Etats-Unis, et, plus cliché encore, des footballeurs et des pom-pom girls... Mais Friday night lights oublie de cadrer son image, prend le parti d'une caméra en mouvement, d'une photographie "réaliste", et montre la sueur et les dessous des matchs de football dans une petite ville du Texas. Lorsque la première saison démarre, le quaterback de l'équipe de football de Dillon voit sa vie basculer lors d'un match; il se blesse et est paralysé. Sa petite amie, Lyla, leader de l'équipe des pom-pom girls, tente de sauver leur couple; son meilleur pote, Tim, est déjà presque alcoolique; son coach, Eric, doit redresser l'équipe, privée de son meilleur joueur.


Je ne suis pas exactement fan de football, pas plus que de sport en général, et je ne connaissais rien aux règles du football américain en particulier. La série ne rend pas plus que ça accro à ce sport, dont, par ailleurs, je suis toujours incapable de comprendre les règles. Mais, peu importe; le jeu permet d'approcher les différents membres de l'équipe et leurs vies personnelles, toutes plus ou moins reliées au football, que les personnages s'y adonnent ou refusent de s'en préoccuper. La réalisation est à l'opposé des séries d'aujourd'hui, plutôt colorées et assez lisses, et alterne plans serrés, cuts rapides, et focales courtes. Ce choix est parfois perturbant, mais suffisamment radical pour qu'on le souligne. De même, les choix des sujets sont loin de la niaiserie qui entoure souvent les sujets d'adolescents. Le handicap du personnage principal de la première saison n'est pas un thème léger, et il est traité avec toute la dureté possible. La galerie de personnages qui évolue à ses côté est subtile et complète; tous les personnages ne se connaissent pas intimement, et n'ont pas forcément de rapports entre eux. Mais, dans la petite ville de Dillon, tout le monde se connaît au moins de vue.


Ayant vu les quatre saison diffusées à ce jour plus ou moins rapidement les unes à la suite des autres, j'ai aussi été séduite par leur diversité et leur continuité. Eric Taylor, coach de l'équipe de football de Dillon, est le fil rouge de ces saisons. Les étudiants, eux, font le choix de partir à l'université ou de rester dans leur ville; ils décident également de continuer le football, ou pas. La série sait intégrer avec finesse ces évolutions de la vie adolescentes, alors que d'autres séries, bien souvent conservent leurs héros éternellement jeunes et étudiants, pour perdurer dans le temps. Dans Friday night lights, certaines choses, comme la passion de toute une ville pour le football, sont immuables, chaque saison a ses problématiques et ses thèmes forts.


Sans connaître ni aimer le football américain, Friday night lights est réellement une série à voir, et qui donne même envie d'aller plus loin et de découvrir le film éponyme, réalisé par Peter Berg, et jamais distribué en France. Ce film est lui-même l'adaptation d'un livre de Buzz Bissinger, auteur et aussi scénariste de séries.


Friday night lights
avec Kyle Chandler, Connie Britton, Taylor Kitsch,...
saison 4 en cours de diffusion sur NBC (US)

edit: J'ajoute ceci, en venant de voir un épisode... C'est l'Amérique profonde qui est décrite, celle que n'importe quel européen aurait quittée en courant, brisé par un solide hug texan, celle avec des vaches dedans, des santiags, des chapeau de cow-boy, des celebrations au karaoké et des grands discours pleins de mots forts et ultra simples. De préférence édictés d'une voix brève et soutenus par le regard intense du coach Eric.

Un aspect cependant me dérange dans la série, c'est celui du rapport à la religion, pas oppressante, mais tout de même omniprésente. La foi des Américains est indéniable, et a donc sa place ici, mais j'ai personnellement toujours du mal à accepter un parti pris catholique aussi total. La famille se rend à l'église le dimanche, rencontre les autres fidèles, a une haute opinion du mariage et un sens des valeurs qui peut parfois paraître extrémiste. D'autres ont été touchés par cet aspect de la série, positivement ou pas?

Monday, December 21, 2009

Persécution, de Patrice Chéreau

Daniel vit de chantiers, gagnant son pain en travaillant dans des appartements, plutôt luxueux, qu'il rénove; souhaite arrêter, sans que l'on sache vraiment quels sont ses autres talents. Quand il rentre chez lui, c'est pour continuer à se vider de son énergie dans un immense espace vide qu'il retape et où il dort. Il est avec sa compagne depuis trois années, et souffre de son absence fréquente, car elle voyage beaucoup, pour son boulot. Mais ils ont décidé, à deux, de mener cette vie de couple, chacun dans son appartement. Des espaces, des décors, différents lieux de vie, voilà ce qui compose l'essentiel des pérégrinations de Daniel. Persécution est l'histoire de son amour avec Sonia, qui se dégrade, en même temps que Daniel est envahi dans son espace par un homme qui jure être fou de lui, et qui sait que Daniel finira par l'aimer en retour.




Daniel dans tout les plans, envahit l'écran de son énergie. Les coups qu'il porte aux murs des appartements ne le vident pas de cette tension permanente. Toujours à fleur de peau, son travail physique ne le libère pas de l'intensité de ses émotions. Pas une seule fois Daniel ne se relâche, que ce soit avec ses amis, ou même avec Sonia. Elle, elle est douce, calme, elle le canalise jusque dans son lit où enfin, un fou-rire avec elle le soulage. Mais aussitôt après, ses nerfs se tendent à nouveau, et il s'inquiète, s'interroge, inspecte. Son véritable ami semble-t-il est un homme qui a été brisé dans le passé, et qui vit avec ses blessures profondément ancrées en lui depuis des années. Il y a aussi Thomas, que Daniel présente comme son frère de cœur, et qui, pourtant, en trois ans, n'a jamais rencontré Sonia. L'énergie bouillonnante de Daniel est permanente, trop; son personnage est admirable de force et de sensibilité, mais, composé sur trop de failles, manque de nuances.



Le couple que Daniel forme avec la fragile Sonia a du mal à tenir, et oscille dès le début du film. On peut le comprendre, car c'est justement sa chute qui est racontée. Mais cette chute est trop inévitable, pour tenir réellement le spectateur par ses inexistantes racines. Celui qui est particulièrement fascinant, c'est le troisième personnage qui vient s'imposer dans la vie de Daniel, cet énergumène dont on ne sait pas s'il est réel ou s'il intervient comme le témoignage flagrant et imagé de la relation chancelante de Daniel et de Sonia. Il est le seul à accepter ses failles, à passer de la force à la faiblesse, à ressembler à un être humain, tout simplement, qui n'a pas la force suffisante de rester immuable. C'est le fou, interprété par Jean-Hugues Anglade, qui surgit de nulle part et s'introduit dans la vie de Daniel par toutes les fenêtres qui semblaient pourtant bien fermées.


Persécution est un film bavard, aux espaces anxiogènes, dans un Paris très proche de ce qu'il est vraiment. La force qu'il transmet est probablement trop intense et trop linéaire pour en faire un film incontournable, mais son étrangeté et sa réflexion sur les relations d'amour et de haine en font une curiosité appréciable.


Persécution
de Patrice Chéreau
avec Romain Duris, Charlotte Gainsbourg, Jean-Hugues Anglade,...
sortie française: 09 décembre 2009

Monday, December 14, 2009

Idée pour Noël: NoWatch TV, THE boutique!

NoWatch souhaite réunir les podcasts indépendants français, à la manière de Revision3 aux Etats-Unis. Pour le moment, trois émission, SCUDS, que je ne vous présenterais jamais assez, GeekInc et ZapCast. NoWatch lance sa boutique, et offre les frais de ports juste avant Noël, avec le code NWTNOEL (jusqu'au 17 décembre). Y'a du beau t-shirt de qualité, et de jeunes et talentueux dessinateurs collaborent en proposant des illustrations, pour porter haut les couleurs de NoWatch.


Sunday, December 13, 2009

La route, de John Hillcoat

L'homme marche sur la route, trainant un caddie plein de couvertures, de sacs plastiques, de vêtements éliminés. L'enfant qui l'accompagne est son fils, très jeune, né dans ce monde post-apocalyptique. Il n'a jamais connu une vie autre que celle-ci, dans le froid, sans nourriture, seuls, à se dissimuler aux rares autres survivants, qui font probablement partie des "méchants", cannibales pour continuer à errer. L'homme et l'enfant marchent, suivant leur chemin sur une carte déchirée, vers le sud et vers la côte.


Cette destination n'a pas réellement d'intérêt, autre que celui d'un espoir qu'ils savent vains. Le sud ne sera pas plus chaud, l'horizon ne sera pas moins gris, couvert de cendres, et les bandes cannibales rôderont toujours, et il faudra se protéger du froid et des autres. Viggo Mortensen tient à merveille son rôle de père, à la fois doux et fou d'amour pour son fils, en vie pour ne pas le laisser seul, et torturé par les souvenirs; celui de sa femme, de leurs maisons, de la chaleur du monde, avant. Son fils n'a pas connu cette époque si douce. Le rôle du père est de lui enseigner des valeurs, de lui montrer ses points de repères, pour qu'il reste, une fois que l'homme sera parti, un des "gentils". La vague d'espérance propagée par un père à son fils dans un univers qui ne montre pourtant pas le moindre coin de ciel bleu, est l'une des forces du film.


La construction du monde post-apocalyptique dans lequel l'enfant devra continuer, seul, sa vie, est parfaitement haineux, violent. Gris, sous tous ses ciels, même la nature devient un danger. Les hommes qui le peuplent sont les seuls animaux, et ne sont plus régis par aucune autre loi que celle de la survie à tout prix. Ces bêtes errantes que croisent l'homme et l'enfant sont parfaites d'horreur humaine et de violence sauvage. Dans ce contexte, l'enfant réussit à montrer de la compassion, à ressentir de l'amour pour les autres, alors que même son père, qui lui inculque ces valeurs, les oublie à force de paranoïa.


La route est donc un film plein de foi en l'humain, malgré ses décors torturés et la cruauté des rescapés. Cependant, l'image ne parvient pas à la hauteur des mots de Cormac McCarthy, qui a écrit le roman dont est tiré le film. L'image a beau être magnifique, la réalisation n'a pas su rendre le tranchant du phrasé de l'auteur, son aspect brut et l'avarice de dialogues. Quitte à en prendre plein la figure, mieux vaut donc lire le texte dépouillé de Cormac McCarthy.


La route
de John Hillcoat
avec Viggo Mortensen, Kodi Smit-McPhee, Guy Pearce,...
sortie française: 2 décembre 2009

Monday, December 7, 2009

The limits of control, de Jim Jarmush

Un homme, solitaire et sans nom, effectue des mouvements de taichi dans les toilettes d'un aéroport. Il transporte un grand sac de cuir, porte un costume bien coupé, rejoint deux autres mystérieuses personnes qui l'instruisent d'une mission. Cette mission le mène en Espagne, dans différentes villes dans lesquelles il couche dans des chambres calmes, attend avec deux expressos, servis dans deux tasses différentes, des interlocuteurs bavards qui lui transmettent des instructions codées qu'il avale une fois vues, dans de petites boites d'allumettes bleues ou rouges, avec le dessin d'un boxeur dessus.


La mission de l'homme est si secrète, qu'on n'apprend qu'à la toute fin ce qu'elle est réellement. Entre temps, il répète ses mouvements, ses poses, et croise des gens qui sont eux-mêmes tous semblables et tous différents. Ces intermédiaires qu'il rencontre ont chacun une histoire, une personnalité, un fantastique charisme fait d'étrangeté. Et chacun répète pourtant les mêmes gestes désinvoltes, naturels et terriblement redondants, prononce les mêmes phrases avec des voix qui ne sont pas les mêmes. Le film de Jim Jarmush est basé sur ces répétitions incessantes, qui frôlent l'ironie et font frémir les nerfs. La finalité de l'homme apparaît peu à peu, à force de redites, sans que lui-même ne dise un seul mot. Il est tout regard et concentration sur ces personnalités surréalistes qu'il croise. Les regards, notamment ceux, expressifs, profonds, du comédien principal Isaach de Bankolé, sont mis en valeur et sublimés par l'absence de dialogue de son personnage. La tension du spectateur est mise à rude épreuve, par le minimalisme des informations qui sont mises en sa possession.


Si le-dit spectateur sait suivre les cheminements vicieux de la caméra de Jim Jarmush, il apprécie alors ses cadres de dédales, ses décors enchevêtrés et son incroyable capacité rendre toute image passionnante. Il n'est pas un cadre qui ne soit complexe, tout en étant d'une évidence remarquable. jim Jarmush joue de tout, d'un escalier avec une rampe de cuir, des fenêtres, des intérieurs et des extérieurs, des matières, des éléments du décor, des personnages mêmes, pour créer des cadres dans ses cadres. La musique, évidemment, impose le rythme maîtrisé du film. Ni trop présente, ni absente, elle s'immisce avec grâce et discrétion pour souligner la force des personnages.


Les personnages justement, sont interprétés par une galerie impressionnante de "tronches" de cinéma. Isaach de Bankolé bein entendu, y tient la part belle, avec son visage ciselé et son regard éloquent. Mais on croise dans tous les seconds rôles des yeux au moins aussi parlants, et des personnages bavards à la limite de l'absurdité; Bill Murray notamment, tient avec panache son rôle, discoureur avec désespoir, indigne et pathétique.


Jim Jarmush est, comme à son habitude, surprenant et génial avec ce film indescriptible, lent et étrange.


The limits of control
de Jim Jarmush
avec Isaach de Bankolé, Alex Descas, Jean-François Stévenin
sortie française: 2 décembre 2009

Saturday, December 5, 2009

Samson et Delilah, de Warwick Thornton

Samson et Delilah vivent dans une région désertique du centre de l'Australie. Le village aborigène dans lequel ils vivent n'offre ni perspective ni animation. Les jours sont tous les mêmes; Samson se réveille au son du groupe de son frère, qui joue à longueur de journée la même mélodie lancinante, il plonge le nez dans une vieille conserve contenant une substance qui lui permet d'oublier la monotonie de son existence, il traîne ses pieds dans la poussière toute la journée, observant de loin Delilah. La jeune fille, elle, se lève pour forcer sa grand-mère à prendre ses médicaments, pose des taches de peinture sur une toile avec elle, pousse son fauteuil au centre de soin et la ramène, termine sa journée en écoutant de la musique traditionnelle, écoutée dans une voiture qui ne roule plus. Le frère de Samson le bat, et Samson décide de déménager son matelas chez Delilah, malgré les pierres qu'elle lui jette. La grand-mère de Delilah ne se réveille plus un matin, et la jeune fille, battue par les femmes du village qui l'accusent de négligence, part alors avec Samson vers une grande ville.


Les deux jeunes gens ne se parlent jamais, et il est difficile de croire à une réelle histoire d'amour. Samson et Delilah sont plutôt liés par un instinct de survie, le même sentiment d'abandon, et leur incapacité farouche à communiquer et à s'intégrer. Il est bien difficile de s'attacher à ces personnages sans histoire, qui ne suivent une route que par défaut et non par choix; ils ne sont pas acceptés dans la ville dans laquelle ils errent, et répondent par l'agressivité, sans tentative de dialogue. Leurs seuls outils de communication, ce sont les poignées de terre, voire les cailloux qu'ils se jettent.


Les routes qu'ils traversent ne sont pas plus accueillantes, juste monotones et terriblement poussiéreuses. Tout dans la réalisation en rajoute dans l'immobilité sociale de ces deux jeunes; les décors comme les situations et les personnages s'acharnent contre eux, et ils ne réagissent qu'en se refermant encore plus.


Caméra d'or à Cannes en 2009, il est difficile de comprendre que le choix se soit porté sur ce film complaisant et aussi hermétique.


Samson et Delilah
de Warwick Thornton
avec Rowan McNamara, Marissa Gibson, Mitjili Napanangka Gibson,...
sortie française: 25 novembre 2009

Wednesday, December 2, 2009

L'imaginarium du Dr Parnassus, de Terry Gilliam

Le Dr Parnassus est un homme joueur; son adversaire le plus redoutable est le Diable lui-même et leurs jeux absurdes ont mené le Dr Parnassus à vivre plus de mille ans, à connaître l'amour et de faire perdurer cet amour décédé par sa fille Valentina, portrait de sa mère. Toutes ces opportunités ne sont pas sans contreparties; Valentina approche de ses seize ans, et son père pourrait bien être obligé de la laisser aux mains du Diable lui-même à la date fatidique de son anniversaire. Évidemment, le Diable, plein de malice, envoie en la personne de Tony l'espoir d'une nouvelle chance pour le Dr Parnassus. Ce dernier pari est une collecte d'âmes, qui passent entre les mains du Diable ou retournent à la vie après être entrées dans le théâtre du Dr Parnassus; l'attraction de foire qu'il tire sur son chariot permet à celui qui passe de l'autre côté du miroir d'entrer dans son imaginaire et le met devant un choix, celui de la facilité ou celui de la réalité...


Il est bien difficile de résumer le dernier film de Terry Gilliam tant son écriture est proche de celle des surréalistes. Certains y verront une dérive, une incapacité à suivre un fil rouge, d'autres se laisseront emporter par l'imaginaire et un univers qui, suivant les sinuosités d'un esprit, est donc, par définition, subjectif et saute d'une image à une autre comme du coq à l'âne. Terry Gilliam a su jouer de ces incroyables entrelacs de chimères pour ne pas laisser sombrer son film à la mort de son acteur principal, Heath Ledger. Chaque fois que Tony passe de l'autre côté du miroir, c'est un autre acteur qui l'incarne, qui transforme Tony en un produit onirique. Et chacun des acteurs qui devient Tony, Johnny Depp, Jude Law, Colin Farrell enfin, sait respecter le jeu de Heath Ledger, reprendre son personnage sans écraser l'acteur. Chacun incarne une facette de Tony, personnage amnésique et menteur.


Le Dr Parnassus quant à lui, vieil homme alcoolique, qu'on sent avoir été déraisonnable et immodéré, est merveilleux de lassitude, de renoncement et de culpabilité pour avoir entraîné sa propre fille dans sa déchéance. Mais il regorge aussi d'éclairs d'espoir, d'amour pour sa fille et de perspectives positives pour sa fille Valentina. Le Diable, auquel il s'oppose, appelé ironiquement Mr Nick, est parfaitement interprété par Tom Waits, d'une nonchalance et d'un désabusement rares.


Il faut savoir se laisser envouter, pour saisir les fantaisies de Terry Gilliam, son décor de carton-pâte qu'il préfère à la surenchère d'effets spéciaux trop lisses. Son histoire est, comme ses paysages, un peu folle, démesurée surtout, à la hauteur du grand film qu'il souhaitait réaliser.


L'imaginarium du Dr Parnassus
de Terry Gilliam
avec Heath Ledger, Lily Cole, Christopher Plummer,...
sortie française: 11 novembre 2009