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Friday, March 19, 2010

Bad lieutenant, de Werner Herzog


Terence McDonagh est inspecteur à la Nouvelle-Orléans. L'ouragan Katrina, en 2005, envahit la ville sous les eaux. Dans la prison, un homme toujours enfermé va se noyer. Terence et son acolyte prennent les paris sur l'heure de sa mort... Mais, bien avant que l'eau ne monte, Terence sauve le prisonnier. En se jettant à l'eau, son dos en prend un coup. Terence devra pour le reste de sa vie prendre de puissants calmants pour oublier sa douleur. Six mois plus tard, il est promu lieutenant et chargé d'enquêter sur le crime d'une famille d'immigrés africains. C'est un règlement de comptes entre dealers; Terence connaît le coupable, reste à réunir les preuves. L'enquête patine: le témoin, un jeune garçon, refuse de parler, protégé par sa grand-mère qui travaille dans une maison de retraite; le policier naïf qui mentait sur les récépissés des drogues conservées au commissariat n'ose plus fournir Terence en cocaïne; sa petite amie prostituée tombe sur les mauvais clients, qui ont le bras long; il perd tous ses paris sur des matchs et s'endette. 


Bad lieutenant: Escale à la Nouvelle-Orléans est un remake du film d'Abel Ferrara sorti en 1993, et que Werner Herzog affirme n'avoir jamais vu, pas plus qu'aucun des films du réalisateur. Tant mieux, moi non plus. Je me contente donc d'avoir découvert ce film sans le moindre a priori, et sans la moindre attente de performance "à la manière de". Et après un tel éclat, j'ai bien envie de regarder la version originale, pour comparer les forces des deux réalisateurs. Werner Herzog réussit un film à la limite de la perfection, au rythme lent et pourtant riche en action; son personnage principal, campé par un Nicolas Cage époustouflant, tombe dans les enfers avec un rire sadique génial.


Le réalisateur privilégie les plans séquences, ce qui donne au film ce rythme tranquille. On prend aussi le temps, parfois, de s'attarder en plan fixe sur un visage, une respiration, pour donner plus de force à la reprise de l'intrigue. Werner Herzog joue également parfois sur un changement radical d'image, lorsque des iguanes - des reptiles en tous genres semblent perpétuellement errer dans la Nouvelle-Orléans - envahissent l'écran et le cerveau atteint de Terence McDonagh. Les plans serrés qu'il tente alors donnent une image très "vidéo", du fait de leur zoom intense et tremblant. Werner Herzog surprend le spectateur, prenant ainsi son temps, et atteint presque le burlesque lorsque l'action éclate. Les situations, tant elles sont installées avec force, font rire, alors que le scénario s'apparente à la tragédie.


Nicolas Cage, le personnage central de ce thriller, offre une performance formidable. L'homme qu'il incarne, sans cesse entre corruption et fidèle combattant du crime, possède les caractéristiques d'un psychopathe doublé d'un homme blessé et amoureux. L'acteur entre complètement dans le costume de Terence McDonagh, et de plus en plus tout du long du film, les mimiques qu'il lui donne, sa démarche coincée, ses gestes crispés s'intensifient. Terence McDonagh est un homme malade et fou, prêt à tout pour coffrer les truands, tout en continuant à se droguer lui-même et offrir aux autres une apparence saine.


Une réalisation sans faute, osée et classique à la fois, qui donne toujours plus de force à un scénario de très bon goût, et des acteurs géniaux, avec un Nicolas Cage épatant... que demander de plus? Certainement un film dont je me rappellerai dans mon bilan de l'année 2010!



Bad lieutenant: Escale à la Nouvelle-Orléans

de Werner Herzog
avec Nicolas Cage, Eva Mendès, Val Kilmer,...
sortie française: 17 mars 2010

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