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Thursday, March 25, 2010

L'arnacoeur, de Pascal Chaumeil

Alex est un briseur de couple, professionnel. Lui et sa petite équipe, complétée par sa soeur Mélanie et son mari, Marc, montent de toutes pièces des scénarios enchanteurs pour ouvrir les yeux de femmes malheureuses en amour sans le savoir. En leur montrant le Prince Charmant, Alex leur donne la force de quitter un conjoint qui est bien loin de cet idéal qu'elles peuvent trouver ailleurs. Cependant, ces petites mises en scène sont coûteuses, et l'entreprise frôle la faillite. Les trois compères sont bien obligés d'accepter un contrat qui les remettrait à flots, quitte à aller à l'encontre de leurs principes. Voilà comment ils se retrouvent une semaine avant un mariage, à devoir briser un couple heureux. Mais Juliette, leur jolie victime, n'est pas simple à aborder; Alex se présente à elle comme son garde du corps à Monaco, alors qu'elle règle les derniers préparatifs pour la cérémonie qui fera d'elle la femme de son fiancé américain une semaine plus tard.


Le scénario, celui d'une comédie à l'eau de rose, légère et réussie, possède la bonne entrée en matière. Le spectateur plonge dans le film facilement, rapidement; les personnages sont installés avec une grande efficacité, tout comme le contexte et le ton. On rit dès le début, grâce à des gags subtilement mis en scène, toujours simples mais plaisants. La comédie ne vire ensuite jamais à la grossièreté - et l'on sait que l'humour gras a pourtant la côte en France -, et le ton est toujours entraînant, et plein de bonne humeur. C'est une petit miracle qu'une comédie romantique à la française n'atteint pas souvent - jamais.


On en oublierait quasiment les points faibles du scénario, qui se veut justement un peu trop américain et qui ajoute des rebondissements obscurs au lieu de se concentrer sur une bonne base. La situation de départ, celle d'une petite entreprise qui fait trop de frais, à force de monter des mensonges de contes de fée, suffisait largement pour justifier que la fine équipe se retrouve contrainte à accepter un contrat "malhonnête", où le couple à briser semblait parfaitement heureux. Le script du film ajoute à cela une sombre histoire d'emprunt et de dette, qu'Alex aurait auprès de celui qui, finalement, s'avérera être leur client et le père de Juliette, dans le seul but semble-t-il, d'introduire un personnage de grosse brute; cette bête humaine grommelante ne participe pas aux gags les plus réussis du film. L'intérêt du père de Juliette dans les affaires de couple de sa fille reste également injustifié; jamais la moindre information ne filtre sur les avantages qu'il tire de la rupture du mariage de Juliette avec son fiancé américain. Pour terminer sur ces points peu expliqués, et qui auraient mérité un développement plus poussé, Juliette elle-même semble pleinement équilibrée et peu encline à briser son couple et son mariage; les doutes qu'Alex instille en elle ne sont jamais assez fondés et n'ont que peu de puissance.


En règle générale par ailleurs, si le film réussit à éviter l'écueil de la farce lourdaude, cette sensibilité et cette tendresse permanente peut parfois manquer de force. On aimerait plus de violence et de passion. Le ton reste peu franc, dans l'esquisse de l'amour, et avec des gags trop mignons pour provoquer le fou rire incontrôlable. L'arnacoeur reste drôle, et jamais (trop) niais; et il est plus agréable de sourire à un humour tendre, que de s'ennuyer devant un humour gras et balourd. Romain Duris et Vanessa Paradis s'accordent à merveille, lui prêt à tout pour la séduire, jouant de son charme populaire et de ses pas gracieux sur (I've had) The time of my life, elle campant une petite fille riche mais pas idiote, qui aurait pu naître moins sage dans un milieu social moins cadré. Les seconds rôles ne sont pas en reste; Héléna Noguerra est touchante en délurée nymphomane, et le couple Julie Ferrier/François Damiens parfaitement adorable et crédible, unis par leurs différences mêmes et par leur amour commun pour les jeux de rôles.


Le réalisateur, au-delà du romantisme, dit aussi poser la question sous-jacente de l'ordre social, celui dans lequel on naît et duquel il est difficile de s'émanciper totalement. Je soulèverais également tout personnellement la question du conflit franco-américain sur le plan des relations amoureuses. Qui choisira Juliette, tiraillée entre le charme français des mensonges d'Alex, et le calme tranquille sans excentricité de son joli fiancé américain?


Le film ne restera pas dans les annales, mais reste une excellente comédie, dans la verve du chef-d'oeuvre dont elle se revendique, l'unique et génial Dirty Dancing...


L'arnacoeur
de Pascal Chaumeil
avec Romain Duris, Vanessa Paradis, Julie Ferrier,...
sortie française: 17 mars 2010

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