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Wednesday, February 22, 2012

La Maison Européenne de la Photographie à Paris - Dominique Isserman photographie Laetitia Casta

La Maison Européenne de la Photographie est un lieu peu fréquenté par le public parisien. Pourtant situé vers le Marais, entre la station Saint Paul et le Pont Marie, cet ancien hôtel particulier vaut le détour autant pour ses expositions diverses et très riches, que pour sa jolie architecture ancienne et rénovée. On y entre par un jardin de graviers extrêmement zen et juxtaposé à de vieilles pierres de taille. Ensuite, sur trois niveaux, la Maison Européenne de la Photographie propose des expositions temporaires bien choisies et profite de sa grande clarté et de sa faible fréquentation pour se permettre des mises en scènes simples et aérées. Au sous-sol, l'exposition permanente se cache dans les caves voutées, tout comme un café où il doit faire bon se poser, loin de l'effervescence de la rue.


En ce moment est notamment exposé le travail de Dominique Isserman, célèbre pour ses photos de mode et publicitaires, qui a, durant trois jours seulement, effectué un travail probablement intense avec Laetitia Casta dans un lieu unique, les Thermes de Vals, en Suisse, pensés par l'architecte Peter Zumthor.


C'est l'exposition que je souhaitais voir en me rendant à la Maison Européenne de la Photographie. Fashion Week oblige, on en a quelques échos, malgré le peu de communication que fait en général ce lieu. J'ai découvert cet hôtel particulier, d'abord, avec son jardin, son café, son escalier tapissé de rouge, et sa jolie vue sur la rue de Fourcy, qui se termine dans la Seine.


J'ai erré, au fil des étages, dans les autres salles, larges, lumineuses et pourtant au fenêtres tapissées de papier pour éviter l'agression du soleil. Il y fait bon, l'ambiance est calme et feutrée, un peu désuète aussi et hautaine. Les murs de pierre de taille font un intérieur bourgeois, qui se prête merveilleusement à cet art moderne qu'est la photographie. La photo, qui aujourd'hui est pratiquée avec le numérique, semble souvent accessible et facile. La Maison Européenne de la Photographie lui rend ses lettres de noblesse et son titre d'Art. Elle privilégie les histoires, la sensibilité plutôt que la technique, et on se rend compte que nous, avec nos pauvres photos de vacances, on est bien loin d'exprimer les mêmes émotions.


Actuellement, des cinq ou six expositions temporaires, c'est surtout de l'Eloge du Vertige, une sélection de photographies du Brésil de la collection Itaù, que j'ai découvert quelques artistes qui m'ont émue. J'ai évidemment mal noté le nom de l'un des artistes, Munepe je crois bien; quant à l'autre, c'est Cao Guimarès. Leurs travaux mis côte à côté montraient deux utilisations différentes du support de l'image. Le premier met en scène, et raconte son histoire avec beaucoup d'onirisme - un homme qui mange des nuages, ou de la barbe à papa - tandis que l'autre s'attache à des détails très concrets - des lunettes dont les branches sont de fil de fer. L'un comme l'autre cependant donne une vision d'un pays.


Quant au travail de Youssef Nabil, qui est également exposé en ce moment, je ne peux pas dire qu'il m'ait touchée, mais l'étroitesse de ses liens avec le cinéma m'a parlée.


Revenons à nos moutons, et à l'exposition de Dominique Isserman. Les salles sont quasiment plongées dans le noir, et on prévient à l'entrée qu'il ne faut surtout pas toucher les tirages, très particulier, très fragile. Le noir et blanc des photographies est sublimée par cette délicate atmosphère. Ce projet, cette séance photo sur trois jours dans un lieu unique, fait suite à un autre travail réalisé en 1987, avec un modèle, Anne Rohart, et un lieu, les Châteaux de Maison Laffitte. Ces trois jours avec Laetitia Casta se concluent de nouveau avec un livre, ce qui m'a paru une fin tout à fait logique, tant les trente-trois clichés me semblent se suivre et narrer une histoire.


On voit d'abord Laetitia Casta quasiment en prises avec les murs. Les ombres que les Thermes créent, ses espaces découpés, sont découverts et apprivoisés. Les photographies montrent l'approche de la chair humaine vers des espaces, découpent une silhouette qui se perd ou se cherche parmi les détours des couloirs... Une étape est franchie quant Laetitia Casta semble s'abandonner, dénudée, à la chaleur du bois. Le corps reste sage, mais se détend soudain et s'abandonne. Enfin, une série de clichés plongent le modèle sous l'eau, et le corps devient à la fois plus flou et irradiant. Le visage de Laetitia Casta apparaît enfin reposé, sur une des dernières photographie, comme finalement en accord avec tous les éléments et l'espace.


Apparaissent clairement trois chapitres donc, dans cette exposition, mais il y également trois personnes qui s'expriment au travers de ces photographies. Evidemment, le modèle, qui est partout et se montre. Mais aussi, derrière l'objectif, il y a la photographe. Et l'architecte, Peter Zumthor, au travers de ce lieu duquel on s'approche, se dévoile aussi.


5 - 7, rue de Fourcy - 75004 Paris
jusqu'au 25 mars 2012

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