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Wednesday, December 12, 2012

Anna Karenina, de Joe Wright

1874, en Russie, entre Moscou et St Pétersbourg, les Karenine et les Oblonski s'empêtrent dans leurs mariages, leurs amours et leurs désirs. Anna Karenine, venue raisonner Dolly, la femme de son frère Stiva Oblonski, rencontre par hasard celui qui devrait proposer à la jeune sœur de Dolly, Alexis Vronski, et en tombe amoureuse. Le mariage d'Anna Karenine avec Alexis Karenine est en effet un peu fade. Cependant, la sœur de Dolly, Kitty, vient juste d'éconduire le meilleur ami de Stiva Oblonski, Levine, un fervent amoureux de la campagne, qui se comporte gauchement en sa compagnie si urbaine. Elle espère un mot doux de Vronski... qui ne montre soudain plus aucun intérêt pour elle alors qu'il a croisé le regard d'Anna Karenine.

Anna Karenine, encore un bouquin que tout le monde devrait avoir lu... Bon, je ne l'ai pas lu. Mais je l'ai acheté et commencé dès que je suis sortie du cinéma. Ceci devrait vous indiquer aussitôt que l'avis qui va suivre sera positif. Et pourtant, ça commençait mal. Keira Knightley, elle est jolie, mais son jeu est souvent le même. Dès qu'elle sourit, son visage la transfigure totalement et j'ai envie de lui hurler de se cantonner à des rôles terriblement dramatiques. Et puis l'idée de voir le beau Jude Law grimé en vieux machin frigide me désespérait. Tant mieux pour sa carrière d'acteur, mais quelle perte pour les spectatrices! Évidemment, ces considérations extrêmement futiles ont été faciles à dépasser, d'autant plus que le film passait à côté de chez moi pile au moment où je me décidais à sortir pour aller au cinéma. Une fois installée dans mon fauteuil - une fois passées les publicités, etc... Faudrait que je vous fasse le topo entre ces différences qui existent avant le film entre les groupes Gaumont et UGC... J'ai en ce moment les deux cartes, passant du côté bleu de la force (UGC) après avoir été pendant des années du côté rouge (Gaumont), et je peux vous dire que le changement est difficile. Pardon pour cette petite digression. Le film débute donc et paf, magie. Plus de deux heures de film, et je hais cette manie qu'ont les cinéastes de rallonger toujours plus les durées, je ne me suis pas ennuyée un seul instant.


Le réalisateur a fait le choix audacieux, qu'on pourra certainement détester tant il est tranché, de dérouler toute son action... dans un théâtre. La scène figure généralement les lieux plus ou moins publics, de la réception qui reçoit le beau monde russe, au théâtre où l'on se toise. Les coulisses figurent l'intérieur plus ou moins cosy de l'intimité des familles, et la rue fourmille dans l'envers du décor, entre les poulies et les cordes. Si l'espace est grand, on place dans le fond un tableau sur lequel sont figés la neige, la grandeur d'une gare... Et on passe de pièce en pièce en croisant musiciens, danseurs, tandis que la régie s'empresse de monter un nouveau décor, ou de tirer le rideau. On est clairement en représentation. Il n'est pas étonnant alors de voir cette mise en scène quelque peu maniérée, qui fait tourbillonner ses personnages jusqu'à les faire danser. L'ingéniosité de cette réalisation m'a envoûtée comme une chorégraphie bien menée.


On étouffe un peu d'être sans cesse entre des murs; cela résonne efficacement avec la chaleur de la ville, où, même si physiquement on gèle, les personnages ressentent l'oppression d'être toujours scrutés dans leurs moindres mouvements. De brèves excursions nous amènent chez Levine, retiré loin de Saint-Pétersbourg et de Moscou. Soudain alors, le décor disparaît, ou une porte s'ouvre sur une neige véritable. On respire, on s'éloigne des regards citadins. Le roman de  Tolstoï est effectivement dans cette dichotomie, de la ville à la campagne, de la représentation au naturel. Sans vouloir pousser l'explication de texte plus loin, la mise en scène semble d'une évidente simplicité pour répondre à l'auteur.


Elle permet également aux comédiens d’exagérer leurs sentiments, comme au théâtre. Honnêtement, un film en costumes, ne vous paraît jamais surjoué? Quand on transpose les sentiments d'un Tolstoï, d'un Flaubert, d'un classique, et qu'on les compare à nos ressentis contemporains, on a toujours l'impression d'un passé exalté, où l'amour, la jalousie, la bonté, ne connaissent pas de demi-mesure. On est bien plus modéré aujourd'hui. La réalisation un peu grandiose de Joe Wright autorise l'ardeur des sentiments, auxquels on peut alors croire.


Je pourrais peut-être réfréner mon enthousiasme en vous parlant du beau jeune homme qui cause la perte d'Anna Karenine. Aaron Taylor-Johnson, avec ses bouclettes blondes et son visage poupon, ne déclenche pas mes passions... et son jeu de Playmobil, terriblement fade face à la force des autres personnages, m'a paru peu en accord avec tout le reste du film.


Il n'empêche, sacrée bonne surprise que cette adaptation, qui m'a de suite donné l'envie de découvrir le roman!


Anna Karenina
de Joe Wright
avec: Keira Knightley, Aaron Taylor Johnson, Matthew MacFadyen,...
sorte française: 05 décembre 2012

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