Wednesday, December 5, 2012

Les invisibles, de Sébastien Lifshitz

Ils sont nés dans l'entre-deux guerres, ont grandi en cachant leur sexualité, et ont fini par revendiquer le droit au bonheur, le droit d'être homosexuel sans honte. Ils ont maintenant plus de 70 ans, et vivent en paix. Ils racontent leurs parcours, évoquent leur révolution, en couple ou célibataires, toujours joyeux et fiers d'avoir parcouru tant de chemin.


J'ai adoré ce principe de donner la voix à des gens âgés, heureux de faire un retour sur une sexualité souvent réprouvée par la morale, à une époque où tout ce qui débordait des conventions - et celles-ci étaient restrictives - était tabou d'abord, réprimandé ensuite, si les différences avaient le malheur de se montrer au grand jour. Alors se battre pour ces différences, pensez vous! Avec beaucoup d'humour, en couple parfois, seul, dans la campagne ou dans la ville, les héros des Invisibles dévoilent tout. Leur enfance, dans les années 30/40, est souvent stricte; les jeunes filles se marient et font des enfants; les jeunes hommes souffrent à l'armée, entourés de tentations qu'il s'agit de dissimuler. Et puis il y a mai 68. Certains s'émancipent, participent, se découvrent, propagent leur liberté. Ce n'est souvent que vers la quarantaine que les homosexuels nés dans l'entre-deux guerres sont enfin heureux. Et rattrapent alors le temps perdu.


De belles images placent les participants de ce beau documentaire dans leur quotidien. Et les laissent parler, surtout. Au-delà de la revendication homosexuelle, il s'agit aussi d'entendre et de voir parler des personnes âgées de leur corps et de leur sexualité. On fait souvent l'impasse sur ce qui se passe au niveau des hormones, passé un certain âge, un peu comme on refusait d'accepter l'homosexualité. Le désir est cependant toujours présent, plus forcément dans l'exaltation des draps, mais aussi dans le plaisir de plaire, de séduire encore, de s'aimer toujours, de profiter de mille manières.


Le documentaire manque cependant de tout ce qu'il ne montre pas... Les vieux, c'est bien, le passé castrateur, super, mais aujourd'hui? Qu'y a-t-il de changé? Les esprits sont-ils vraiment plus ouverts? Qui sont les homosexuels refoulés du présent? La société les accepte-elle vraiment plus? Le film sort alors que l'actualité met en avant les couples homosexuels... Je n'aime pas le travail pré-digéré, mais il n'aurait pas été de trop de tendre des fils entre avant, et maintenant. A force de ne rien construire, de rester dans le souvenir, les récits s'enchaînent sans rien apporter de concret. On ne tire pas de conclusion, on ne fait pas de constat global, on se demande, en fait, à quoi ça sert. Laisser parler les gens et les écouter, c'est bien joli; mais le but d'un film est aussi de lancer le spectateur au-delà des images et de lui apporter matière à réflexion. Les pistes tendues, au bout de quasiment deux heures de film, lassent finalement.


Les invisibles
de Sébastien Lifshitz
sortie française: 28 novembre 2012

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