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Monday, January 18, 2010

Invictus, de Clint Eastwood

Clint Eastwood a montré avec Gran Torino son intérêt pour la lutte anti-raciale. Il place le thème au centre de son dernier film, prenant comme support et contexte l'Afrique du Sud dans les années 90. Nelson Mandela a fait l'Histoire lors de sa présidence, réussissant le tour de force de réconcilier Noirs et Blancs, Africains et Afrikaners, dans un pays alors dominé par l'apartheid. L'une des ficelles qu'il tire pour y arriver, et dont Clint Eastwood joue, a été d'user de l'émotion populaire engendrée par le sport. La coupe du monde du rugby, en 1995, est organisée par l'Afrique du Sud. Le film se concentre sur l'engouement de Mandela pour l'équipe des Springbocks et sur son calcul politique par rapport à l'image des joueurs. Il se sert de l'évènement sportif pour prouver que Blancs et Noirs peuvent cohabiter en paix, et construire une nation.


Clint Eastwood concentre absolument tout son propos autour de la pacification, sans quasiment évoquer les autres priorités du président Mandela. Son objectif est clair: il veut montrer un monde de paix, où serait effacée tout idée de race. Dès lors que cet objectif est défini, il ne s'en détourne jamais, et chaque scène le répète encore et encore. La fin de l'apartheid concerne évidemment un pays tout entier, mais Eastwood a l'intelligence de concentrer son attention sur un  petite groupe de gardes du corps évoluant autour de Mandela pour simplifier le jeu de relation entre Blancs et Noirs. Le petit univers composé par ses fidèles, Noirs, auquel Mandela adjoint les gardes du corps du Président précédent, Blancs, est une représentation en miniature de ce qui se déroule au sein de toute la nation. Au départ méfiants et en colère contre ces collègues, anciens opprimants, les hommes de Mandela font contre mauvaise fortune bon cœur. Ils sont au premier plan pour montrer au monde, devant les caméras, qu'ils peuvent travailler, et sympathiser avec leurs anciens persécuteurs. Ils sont aussi les premiers influencés par la passion naissante de Mandela pour le rugby, et toute l'équipe de gardes du corps se soude alors avec l'espoir d'une victoire en coupe du monde.


Le rugby est, bien entendu, l'autre grand présent du film. Si le réalisateur utilise l'entourage de Mandela pour expliquer l'opinion des Noirs, il expose les ressentiments des Afrikaners autour de l'équipe des Springbocks, presque exclusivement composée de joueurs blancs. Le capitaine de l'équipe, interprété par Matt Damon, est entouré d'une famille aux idées ouvertement racistes. L'équipe qu'il mène est soutenue par les Blancs du pays. Ses joueurs ont également du mal à accepter le nouveau Président et son implication dans leur sport. Le personnage de François Pienaar est le premier à comprendre et à changer au sein de ce cercle. Il devient auprès de son équipe le messager des idées de Mandela.


Évidemment, cette équipe démarre sans soutien, enchaînant les défaites, soutenue par la minorité blanche, huée par la majorité noire. Au fur et à mesure que leur envie de représenter leur pays grandit, les victoires se font toujours plus grandioses. Grandiloquent, Eastwood se sert de ces clichés simplissimes pour faire passer son message et les accompagne d'une réalisation d'un classicisme qui lui est propre. Chaque plan est au service d'une seule et même idée, celle de montrer l'opposition entre deux peuples, puis l'évolution de cette relation qui finira par confondre Noirs et Blancs au centre des cadres. L'image est légèrement embrumée par la poussière et la chaleur de l'Afrique du Sud. La caméra suit toujours un mouvement avec harmonie pour évoluer vers un nouveau personnage, ou une autre scène. Un bémol cependant: les premier matchs filmés sont brèves, intenses, et réussissent à montrer la sueur et les chocs du terrain, la ferveur des gradins; mais les deux dernières rencontres, les plus importantes, sont trop longues, et redondantes. Un effet de slow motion vient perturber le rythme , par une durée démesurée, et les perturbations de son qu'il engendre. Mais l'émotion resurgit sur la conclusion d'Eastwood, qui termine son film sur les mots de Mandela, militants, et optimistes.


Le génie et la rigueur du réalisateur servent une idée pacifiste d'un manichéisme exemplaire. Le cinéma se devrait d'être toujours ainsi, merveilleusement efficace et porteur de messages universels, autant que le cinéma de Clint Eastwood.


Invictus
de Clint Eastwood
avec Morgan Freeman, Matt Damon, Bonnie Mbuli,...
sortie française: 13 janvier 2010

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