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Wednesday, June 30, 2010

Les mains libres, de Brigitte Sy

Barbara, réalisatrice, entame l'écriture d'un scénario, s'appuyant de l'expérience vécue de prisonniers; elle n'en est pas à son coup d'essai dans le milieu carcéral, elle en connaît les règles, et la rudesse des hommes. Elle tombe néanmoins amoureuse de Michel, détenu, et lui d'elle. Les répétitions les amènent à se découvrir et se rapprocher, et le scénario évolue en fonction de leur histoire. Barbara en vient à transgresser la loi, par des gestes insignifiants mais interdits. L'amour de Barbara et de Michel est découvert, laissant le film inachevé.




Cette histoire vraie mêle la réalité du scénario à la fiction de l'écriture; la mise en abîme, de la réalisatrice qui se filme sous les traits de l'actrice Ronit Elkabetz, elle-même filmant des personnages réels, joués par des comédiens, qui interprètent des détenus interprétant leurs propres rôles, donne une dimension volontairement mystique et involontairement embrouillée à une histoire d'amour somme toute assez simple et jolie, qui n'aurait pas eu besoin de tant d'entrelacs autour d'elle. Maladroit, ce mélange entre réel et fiction est lourdement souligné par les instants pris par la caméra de Barbara, souvent figés sur le regard supposément intense de Michel.


Que dire de cet amour, si ce n'est que les yeux noirs que fait le soupirant ont du mal à séduire? Ses mots, rudes comme ceux de la prison, ne connaissent pas la poésie; et la cour de coq qu'il mène auprès de Barbara, femme, élégante, ne convainc pas. Elle, certes, a un passif amoureux de jeune fille inconsciente, facilement tombée dans les bras d'hommes indifférents ou délinquants. Mais on a du mal à passer outre le visage découpé de Ronit Elkabetz, si belle, vibrante, et à la poser sur le corps lourd d'un Michel bien gauche à côté de ses manières fières.


Une mise en abîme pataude, une histoire d'amour désaccordée; il y a aussi ces incessantes musettes montmartroises, qui veulent sentir bon la réalité, fleurer la sincérité des vrais gens dans un vrai milieu carcéral où tout n'est pas toujours rose. On se croit dans un téléfilm, bon pour TF1 mais mauvais au cinéma. La prison n'est que le décor du film; la réalisatrice souhaite se concentrer sur l'histoire d'amour, mais, tentant de ne pas oublier de raconter ce dur milieu carcéral, elle s'égare un peu, entre sentimentalisme et film documentaire.


J'ai été étonnée de l'accueil unanimement favorable de ce film qui partait bien sur le pitch, mais qui, mal raconté, et malgré la présence toujours extraordinaire de Ronit Elkabetz, ne décolle jamais.


Les mains libres
de Brigitte Sy
avec Ronit Elkabetz, Carlo Brandt, Noémie Lvovsky,...
sortie française: 16 juin 2010

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