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Friday, June 25, 2010

Puzzle, de Natalia Smirnoff

Maria del Carmen est mère au foyer; elle s'occupe avec amour de son mari et de ses deux enfants déjà grands. Maria del Carmen fête ses cinquante ans; ses garçons, peu à peu, s'éloignent et ont moins besoin d'elle. Elle découvre, en ouvrant ses cadeaux, qu'elle peut résoudre rapidement un puzzle; et profite de ce drôle de don pour s'émanciper elle aussi. Dissimulant ses sorties à sa famille, elle s'entraîne avec Roberto, riche et séduisant cinquantenaire célibataire, pour un grand tournoi international.





Le sujet n'est pas commun; mais ce n'est pas un film sur les puzzles qui ressort du scénario. Les petites pièces à assembler sont simplement l'idée d'un renouveau pour une femme qui n'a toujours vécu que pour les autres, qu'au service de ceux qu'elle aime. Elle découvre le bonheur de prendre du temps pour soi, de s'investir égoïstement. Et le jeu lui permet de découvrir des sensations: ses mains s'approchent de celles de Roberto, leur équipe les unit, et une compétition gagnée les enivre ensemble... Avec cette vie nouvelle qui s'offre soudain, cinquante bougies soufflées, Maria del Carmen regarde d'un œil aussi neuf son passé. Et toute la misère et le bonheur de la femme argentine est là, dans cette soumission à son mari, à ses garçons De la liberté, elle peut jouir; mais il faut aussi que le repas soit préparé, qu'elle ait pensé à acheter le fromage préféré de son mari dès que le dernier bout est mangé, qu'elle se préoccupe de l'installation de ses enfants loin de la maison familiale, qu'elle bénisse son petit dernier qui prend son indépendance vis à vis de sa mère,... Toutes ces préoccupations quotidiennes sont accompagnées de petits traits piquants, lancés par tous: "toi qui passe tes journées à la maison.."; "ça t'occupera,..." La vie de la femme argentine peut être dégradante, quand on n'a pas l'amour de Maria del Carmen pour ceux à qui elle dédit son temps et ses pensées.


Natalia Smirnoff sait nous entraîner dans une direction puis dans l'autre; elle maîtrise l'art de faire passer subtilement un message tout en nous menant sur un autre chemin. Son film n'est donc pas non plus un grand et furieux cri féministe. C'est avant tout l'histoire d'une famille, de l'union forte au sein d'un couple, plus forte que l'attrait et les charmes des découvertes. Des regards, de petits mots, créent la tendresse et le passé commun de cette femme si douce et d'un homme un peu brut, pas toujours subtil mais débordant d'amour pour sa femme. Les cadres sont serrés, tout le temps, dans une intimité presque gênante. Les focales très courtes concentrent le regard sur le détails sans cesse, comme si le spectateur était pris avec Maria del Carmen dans les méandres de son esprit. Ce n'est qu'au tout dernier plan que le cadre s'élargit, avec la conscience soulagée et sans plus de questionnements de Maria qui respire, enfin. Et on prend un bol d'air avec elle, en paix, comme elle.


Natalia Smirnoff, avec son premier film, en compétition officielle au Festival International de Berlin en 2010, réussit à brosser un très joli portrait, d'une femme, de l'Argentine, et d'une famille toute entière.


Puzzle
de Natalia Smirnoff
avec Maria Onetto, Gabriel Goity, Arturo Goetz,...
sortie française: 23 juin 2010

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