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Monday, June 20, 2011

Une séparation, d'Asghar Farhadi

Simin et Nader semblent former un couple heureux, relativement aisé et ouvert sur la question religieuse; ils élèvent leur fille de 15 ans Termeh de manière à ce qu'elle devienne une femme libre dans un Iran plutôt oppressant. Cependant, Simin souhaite que leur avenir à tous les trois se contruise aux Etats-Unis, pays pour lequel elle a bataillé pour obtenir leurs visas; Nader, lui, souhaite rester en Iran, auprès de son père malade, atteint d'Azheimer, et qui ne peut se passer de soin. Sans Nader, Termeh ne part pas; sans sa fille, Simin ne part pas non plus. La jeune femme retourne donc vivre chez ses parents tandis que Nader engage une jeune femme très religieuse pour s'occuper de son père durant la journée. L'aide, enceinte sans qu'il ne le sache, doit cependant aussi gérer sa situation, celle de son mari au chômage, sa jeune fille et sa grossesse. Elle n'apporte pas les soins demandés par la maladie du père de Nader qui la renvoit alors, avec une brutalité mesurée; un geste inconsidéré entraîne une fausse couche de Razieh; une bataille judiciaire s'engage, en même temps que continue la pression dans le couples formé par Nader et Simin, déchirés en présence de leur fille.

Le scénario du film est difficilement résumable en seulement quelques lignes, tant il est complexe. Il se concentre sur deux idées imbriquées: un certain aspect documentaire du film lui donne une teinte très sociale; il conserve en même temps l'histoire très simple d'un drame humain et universel, l'histoire d'un couple qui prend ses distances malgré un attachement fort et commun à leur enfant. Ces points abordés s'entremêlent facilement, soulageant la pesanteur de la didactique par un sujet universel commun à tous les couples.


Le sujet de la religion, celui de la politique iranienne répressive, est au cœur du scénario, et compose sa base même. C'est d'abord l'atmosphère d'un pays qui est en cause, et qui engendre la séparation du couple Simin/Nader, déchiré pour leur fille et son avenir. La raison qui les oppose est l'histoire de leur pays, qu'ils aiment chacun différemment, et dans lequel ils ne veulent pas vivre selon les règles strictes. La solution de Simin est de partir s'installer à l'étranger; celle de Nader est de rester mais d'éduquer sa fille selon des principes moraux qui la rendront forte et libre. C'est ensuite pour une cause religieuse que tous les non-dits sont engendrés par Razieh, qui n'ose avouer à son mari qu'elle travaille, qui a du mal à se trouver seule avec un homme même malade et impotent; et c'est à cause de la peur du péché, qui s'oppose à une éducation plus libérale, que tous les quiproquos naissent, que la bataille judiciaire est engagée et s'embourbe. Derrière cette histoire difficile, le réalisateur réussit donc à montrer la réalité d'un pays.


Mais l'aspect document du film ne réussit pas à prendre le dessus; on est avant tout au cœur d'une histoire d'adultes en prise avec leur descendance. Simin et Nader n'osent pas avouer à leur fille qu'ils se séparent. Avec intelligence, et délicatesse Termeh comprend peu à peu que sa famille se déchire et que ses parents reportent leurs problèmes par peur de la blesser. Razieh, qui n'ose avouer une fausse couche, qui prend sur elle la dépression d'un mari intransigeant et qui croit dur comme fer à sa religion, cachée sous son jihab, paraît vivre dans une réalité étrange, loin de l'amour que semblent encore se porter Simin et Nader aux yeux de leur fille; pourtant, quel couple partage le plus? Et lequel se déchire? Joliment, le réalisateur dépeint une situation délicate dans la vie d'un couple marié.


Une séparation a remporté l'Ours d'or de Berlin en 2011 et la distribution entière, masculine et féminine, ont reçu des Ours d'argent (merci @Melle Pot à crayon pour la correction). J'aurai également récompensé ce beau scénario, subtil, qui aborde des points terriblement difficiles avec une belle sensibilité.


Une séparation
d'Asghar Farhadi
avec Leila Hatami, Peyman Moadi, Sareh Bayat,...
sortie française: 08 juin 2011
la fiche sur UniversCiné

1 comment:

Anonymous said...

Vraiment interressant

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