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Tuesday, January 15, 2013

Paradis: amour, d'Ulrich seidl

Teresa quitte, pour quelques semaines, sa fille et son job auprès d'handicapés mentaux, pour passer des vacances dans un club au Kenya. En Allemagne, elle se sent moche, grosse, seule. Au Kenya, comme un bon nombre de célibataires, elle est venue chercher l'oubli de soi et le changement. Les jeunes hommes kenyans sont prêts à lui offrir leur amour, et à lui rendre sa confiance en elle... contre quelques shillings.


Paradis: amour, a dans sa ise en scène la froideur de l'Europe, de ses villes grises et de son terne quotidien. Plans fixes, personnages immobiles, se figent dans des paysages paradisiaques sous le soleil brûlant. Deux mondes sont en constante opposition. Teresa rappelle, par sa blondeur, la pâle rougeur de sa peau, sa chair grasse et sa peur du monde, l'opulence d'un pays où les apparences régissent les relations humaines. Ses amies, dans le même esprit, lui ressemblent comme des clones, blondes, épaisses et seules. De leur point de vue cependant, ce sont les autres les clones. Elles ne savent pas, comme elles disent, distinguer un "noir" de l'autre.


En face d'elles est une ribambelle d'hommes. Ils sont maigres, oisifs, entreprenants et exotiques pour leurs yeux européens, dans un pays où la priorité est de se laisser aller au plaisir de chaque instant. Les rapports aux autres sont avant tout charnels au Kenya, et financiers aussi par la suite. Paradis: amour véhicule son lot de clichés, qui sont autant d'horribles réalités, celles d'un commerce du sexe qui ne se dissimule même pas. Il concerne une catégorie de personnes au-dessus de tout soupçon: les femmes. En Allemagne, comme en Europe, on plaint évidemment Teresa. Elle se démène pour un pauvre salaire, elle tient une maison, élève sa fille, et est jugée pour son corps, qu'elle laisse aller à l'abandon par compassion pour les autres. Comment lui reprocher la joie qu'elle retire sous d'autres latitudes?


Rien ne justifie cependant l'affreux marché auquel Teresa accepte de participer. Elle se rend même de plus en plus odieuse au fur et à mesure qu'elle s'enfonce dans sa fausse naïveté, et ferme les yeux sur ses actions. De prude, elle passe à dévergondée, de suiveuse, elle devient dominatrice. On hésite entre le rire, dans les situations follement absurdes, et la gêne, puis à l'indignation.


Teresa inspire parfois la pitié. Elle ne veut pas vraiment, du moins au début, faire tourner elle aussi ce trafic en offrant, en échange d'un peu d'intimité, de l'argent. Elle refuse de se faire soutirer quelques shillings - pas grand chose, pour sa bourse! -, pour un enfant malade, un frère à l'hôpital, un cousin en difficulté,... Elle se convainc d'abord de l'amour véritable qu'on lui donne, et qui n'a pas besoin, dans son esprit, de contrepartie. Mais on sent bien qu'elle se leurre et se voile la face. D'un autre côté, comment, pour ces hommes kenyans, ne pas profiter de cette crédulité? Sans éducation, sans projet, sans avenir, ils n'ont qu'à tendre les reins pour ramasser ces femmes esseulées et leur offrir ce qu'elles rêvent d'avoir, en échange d'une rémunération qui ne troue pas leurs poches, puisqu'elles ont les moyens de venir jusqu'à eux.


Dérangeant, percutant, Paradis: amour se déclinera en trilogie. Il faudra suivre le chemin des autres femmes, leurs étranges et perturbantes expériences en déconnexion totale avec leurs vies, et même avec leurs principes, ceux d'un autre monde.


Paradis: amour
d'Ulrich Seidl
avec: Margarete Tiesel, Inge Maux, Peter Kazungu,...
sortie française: 09 janvier 2013

2 comments:

Chris said...

J'ai trouvé pour ma part ce film fascinant, comme toi : http://www.christoblog.net/article-paradis-amour-114859383.html

Fanny said...

Et vas-tu aller voir Foi et Espoir alors?