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Monday, September 13, 2010

Le goût de la vie, de Scott Hicks

Kate est chef d'un petit restaurant; professionnelle jusqu'au perfectionnisme, elle se lève à l'aube pour choisir ses produits et ne rentre qu'après le dernier service. Pas d'homme donc, une vie entière tournée vers la cuisine. Sa sœur, le seul être avec qui elle a un semblant de vie sociale - je ne compte pas son psy -, meurt brusquement, lui laissant sur les bras sa petite fille de neuf ans, Zoé. Kate adore Zoé, mais a du mal avec les rapports humains. La petite fille refuse de manger tout ce que Kate prépare... Après une semaine d'absence, Kate revient au restaurant, et découvre son nouveau sous-chef, Nick. Exubérant, d'origine italienne, il s'est mis l'équipe et la patronne du restaurant dans la poche. Mais il vient surtout là pour avoir la chance de travailler avec Kate.




Non, je n'ai toujours pas vu le Grand Prix de Cannes de cette année. Et oui, je remplace cela par des bluettes pas trop fatigantes pour l'esprit. Pour ma défense, j'ai eu une semaine chargée, pas le temps d'aller au cinéma, et un weekend passé au fond de mon lit pour rattraper les nuits blanches. Donc, No reservations - sincèrement, le titre anglais est nettement plus classe, non? - me semblait être une comédie sentimentale propre à me divertir tout en me reposant. C'est le cas, j'ai eu ce que j'attendais, une amourette qui se révèle être l'Amour avec un super grand A, quelques répliques qui tuent, des violons et des chandelles. Cependant, en y repensant un tout petit peu plus - pas beaucoup non plus, hein, la critique vient trop vite dans ce cas là -, je me suis dit que mince, c'était vraiment trop facile ce genre d'histoire, ce style de production paresseuse, et que jouer sur les clichés, c'était bien joli mais surtout très creux. Des exemples de comédies romantiques qui sont aussi intéressantes, j'en ai quelques une en stock: Recherche Susan désespérément, de Susan Seidelman, Garden State, de Zach Braff, Conversation(s) avec une femme, de Hans Canosa,...  Bref, la romance n'est pas incompatible avec l'originalité!


Plutôt que de vous dire que No reservations ne vaut pas le coup d'être vu - c'est faux, c'est très bien après une semaine douloureuse -, le point sur deux ou trois petites choses qui m'ont choquée.


Le choix de l'acteur:
Si l'actrice, Catherine Zeta-Jones en l'occurrence ici, est toujours de bon goût, l'acteur, se permet d'être moche/énervant/très peu sexy, dans le film romantique. La bombasse se tape donc un navet, et bien souvent, c'est pour la vie - vu que ça se termine dans un mariage, des déclarations pour toujours, etc. Mais on s'en fiche, vu que l'idée, c'est que l'amour est au-delà des apparences. 


Le problème du personnage de Nick, si on oublie son physique de blondinet à la large figure, qui peut cependant plaire à certaines, c'est aussi son attitude. Soit il est parfaitement insupportable - se plaire à hurler du Pavarotti en cuisine, erk - et dans ce cas, pourquoi Kate change-t-elle d'avis au cours du film? Soit il est tout à fait craquant, et, dans ce cas, pourquoi personne ne lui dit immédiatement d'ôter sa carapace et de foncer? Nick ne change pas d'un poil tout au long du film, Kate s'adapte, évolue, se contredit. Monsieur ne fait donc aucune concession, et il met la bombasse dans sa poche. Pff.


La scène d'amour:
Le film romantique se doit de nous gratifier d'une scène tendre. Mais chaste, bien entendu. Dans No reservation, la chasteté est plus que respectée. La scène de sexe est celle de baisers langoureux, de plans de nuque, de lèvres, mais pas la moindre épaule dévoilée, pas un soupir, rien. Sincèrement, cette bave qui a dégouliné pendant toute une séquence m'a passé l'envie d'embrasser qui que ce soit. C'était tout à fait ragoûtant. Le film romantique ne montre pas trop de chair, mais enfin, on est dans un monde d'adulte, là. Une allusion à un déshabillage nous ferait grand bien.


Le rapport des sexes:
Attention, rien de très érotique là-dedans, comme le point ci-dessus l'indique. Le film romantique se contente de jouer sur les clichés, et les plus sexistes sont de mise. Kate est donc parfaitement tirée à quatre épingles, sans instinct maternel, n'a pas eu d'amoureux depuis quatre ou cinq ans selon ce qu'elle avoue à son psy, passe sa vie à travailler. Caractère: frigide, check. Nick est l'opposé de Kate. D'une, c'est un homme; de deux, il est italien donc exubérant et expansif; de trois, il sait lâcher sa cuisine pour être un vrai papa poule pour la petite Zoé. La femme est donc carré, rigoureuse, froide. L'homme est chaleureux, drôle.


La vraisemblance des caractères:
La femme fait bien la cuisine; normal, c'est son métier. L'homme fait bien la cuisine; sa patronne le dit, les clients veulent lui dire merci et lui serrer la main. Le spectateur les croit sur parole, mais bon, Nick ne fait que des pâtes à la carbonara et des pizzas. Certes, il a le geste - les deux acteurs n'ont pas suivi des cours intensifs auprès de grands chefs pendant deux jours pour rien - mais enfin.. c'est un peu léger, non? On se rapporte au point précédent, qui souligne la sophistication naturelle féminine et l'insouciance masculine.


Bon, ne croyez pas que je suis une frustrée des comédies romantiques. J'ai bien aimé celle-ci. Mais quand même, je ne vous conseille pas d'aller en voir au cinéma. Faudrait pas que les producteurs se croient obligés d'alimenter le public avec de telles niaiseries.



Le goût de la vie
de Scott Hicks
avec Catherine Zeta-Jones, Aaron Eckhart, Abigail Breslin,...
sortie française: septembre 2007

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